Alain Jean-Mairet » 2007 » May

Une femme pour les droits de l’homme

Interview (cliquer sur l’image pour voir la vidéo) de l’activiste saoudienne des droits humains Wajeha Al-Huwaidar traduite en anglais par MEMRI. Al-Huwaidar est aussi l’auteure du texte suivant:

Quand votre voisin déverse des ordures sur votre chemin en vous traitant de tous les noms, pousse ses fils à interpeller vos fils à l’école et dans la rue, monte les hommes et les femmes du quartier contre vous afin qu’ils harcèlent votre épouse et vos filles – pour la seule raison que vous appartenez à une minorité non intégrée, c’est qu’un odieux racisme a pris racine. Et vous pouvez être sûr que ce n’est pas là un complot occidental qui s’est tramé contre vous. C’est le produit de votre propre pays.

Quand vous avez le sentiment qu’à chaque fois que vous sortez de chez vous, des yeux cachés vous espionnent, suivent vos mouvements, vous observent avec suspicion et méfiance, vous poussant à revenir prestement sur vos pas – c’est que vous [vivez dans] la culture de la peur. Et il ne fait aucun doute que ce n’est pas là un complot occidental qui se trame contre vous, mais le produit de votre propre pays.

Quand vos jeunes enfants rentrent de l’école pour vous dire qu’ils ont appris que les ‘autres’ sont méprisables et ne méritent aucun respect, acceptation ou appréciation, et que Dieu leur a ordonné de haïr [‘les autres’] et de les combattre, partout et toujours, vous avez affaire à un plan institutionnalisé de propagation de la haine. Ne vous en faites pas : ce n’est pas un complot contre vous ; c’est le produit de votre propre pays.

Quand vous vous trouvez privé de nombreuses possibilités données aux autres, comme la possibilité d’étudier, de travailler, de vivre avec un minimum de dignité, simplement parce que vous n’affichez pas une [loyauté] hypocrite ayant pour objectif de corrompre les hauts responsables et que vous ne flattez pas les employés qui ont les faveurs du régime – prenez garde de ne pas penser que c’est là un complot de l’Occident contre vous ; ces agissements et comportements sont le produit de votre propre pays.

Quand toutes les années de votre vie vous sont volées…, que votre vitalité, votre esprit et votre âme vous sont arrachés, et tout cela au nom de la religion, des coutumes et des traditions… et d’un héritage dépassé – et que vous savez que l’on a usurpé votre droit à la vie, ne pleurez pas, ne versez pas de larmes, et n’imaginez pas qu’il s’agit là d’un complot occidental contre vous ; ces actions et comportements sont le produit de votre propre pays.

Quand tout, autour de vous, ne cesse de vous rappeler que vous êtes un être humain sans valeur aux yeux du pouvoir politique et religieux et que vous ne valez pas plus que le sol que vous piétinez, du seul fait que vous êtes le citoyen d’un pays arabe, vous avez atteint le sommet de la gouvernance par l’arbitraire. Mais sachez que ce n’est pas là un complot occidental tramé contre vous, mais le produit de votre propre pays…

Quand le nombre des personnes qui attendent d’émigrer est deux fois plus élevé que celui de ceux qui souhaitent vivre au pays, et que tous ceux [qui le peuvent] s’emparent de leurs affaires pour partir, qu’il n’y a pas de place pour les intellectuels, les artistes, ni même pour les personnes banales, il y a de quoi être affligé, car il s’agit de rabaissement et de déportation prémédités. Mais je vous prie de ne pas voir là un complot occidental tramé contre vous ; c’est le produit de votre propre pays.

Quand votre fille, étudiante appliquée, vous informe qu’elle est renvoyée pour une semiane de l’université parce qu’elle ne s’est pas correctement voilé le visage en quittant le campus – ce qui est considéré comme honteux par les lois du pays – alors que dans les palais des hauts et influents responsables se tiennent des soirées de débauche où sont conviées des prostituées et des filles de joie de tous les milieux, appelez cela ‘maîtriser son âme’ et ‘enrayer [les désirs de] l’âme’. Ce n’est pas un complot occidental tramé contre vous ; c’est le produit de votre propre pays…

Quand tout ce que vous entendez, voyez, ressentez et percevez vous dit que la femme a été créée pour être le récipient de l’homme, que la femme est l’incubateur de votre descendance, que vous pouvez en changer quand bon vous semble et en disposer comme bon vous semble, quand vos amis agrémentent leurs tanières d’un harem de pauvres femmes qu’ils considèrent comme leurs propriété, comme des poules dans un poulailler ou des brebis dans un enclos…, ne soyez pas surpris. Sachez que ce n’est pas là un complot monté contre vous, mais le produit de votre propre pays.

Quand vous voyez que la pauvreté et la faim gagnent du terrain…, que le dirigeant demande à son peuple de se serrer la ceinture et de ne pas gaspiller l’eau et l’électricité, affirmant que le pays traverse une crise économique depuis de longues décennies, et quand vous apprenez soudain que le vénérable dirigeant, que Dieu le garde, a acquis une île, avec tous ses palais, dans l’Océan indien, pour quelques millions de dollars – c’est le pillage des ressources nationales. Mais ne le prenez pas mal, ne le prenez pas mal. Croyez seulement que ce n’est pas un complot occidental qui se trame contre vous ; c’est le produit de votre propre pays.

Quand vous, adulte en pleine possession de vos sens, vous voyez privé de votre plume et traité comme un être irresponsable ; quand vous n’êtes pas autorisé à vivre sous votre propre surveillance, quand chacun devient votre tuteur légal, décidant de votre ligne politique, religieuse et nationale – c’est une humiliation [que vous subissez]… Et ce n’est pas là un complot qui se trame contre vous, mais le produit de votre propre pays.

Quand l’establishment politique et religieux enflamme vos sentiments sur ce qui se passe au-delà des frontières de votre pays et vous encourage à manifester votre colère face aux événements qui sévissent ici et là ; quand vous tenez des pancartes, organisez des marches et participez jour et nuit à de longues manifestations, proclamant avec force critiques et condamnations pour vous retrouver, après l’événement, éreinté et léthargique, dans votre demeure enfoncée et démolie, et qu’il ne s’y trouve même pas un morceau de pain à donner à vos enfants, mais que vous n’avez pas le droit de sortir protester ou manifester [contre cela], ni même de rédiger une pétition de deux lignes – [dites vous bien qu’] il n’y a pas de pire injustice. Et ce n’est pas là un complot de l’Occident montré contre vous, mais le produit de votre propre pays…

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