Alain Jean-Mairet » 2005 » September

Ni oui ni non, bien au contraire

La Suisse n’a aucune bonne raison objective de s’engager plus avant avec l’Union européenne actuelle (et élargie). Il n’y avait aucune bonne raison objective de voter oui dimanche passé. La Suisse a fait ici une mauvaise affaire. Pourtant, Christoph Blocher avait raison de soutenir le «oui». Pas pour se racheter, bien sûr, comme le titre si benoîtement la Tribune de Genève ce matin, mais parce que c’est de bonne politique, tout simplement

Si le peuple avait voté non à la question en soi anodine de dimanche passé (la simple extension de la libre circulation des personnes aux nouveaux États de l’UE), cela aurait compromis – à cause d’une certaine mesquinerie – l’acquis de plusieurs années de diplomatie helvético-européenne. Des projets maintenant bien entamés en auraient souffiert. Il y aurait eu des difficultés immédiates, sensibles et qu’il aurait été aisé, et dans une large mesure à juste titre, d’imputer au rejet lui-même. Il aurait alors été trop difficile de pratiquer la politique, pourtant légitime et juste, de cavalier seul, car celle-ci exige un véritable effort créatif, un rassemblement, au lieu du veule haussement d’épaules résigné que l’UE nous impose.

Ainsi, il fallait bel et bien, si l’on était Blocher et intelligent, encourager le «oui», tout en se préparant à affronter les difficultés du «non». En acceptant cette mauvaise affaire avec l’UE, la Suisse a acheté du temps. Le temps de réunir suffisamment d’éléments montrant que la collaboration avec les chamailleurs nationalistes et hypocrites de l’UE n’est pas une option valable. Le temps de trouver des solutions plus courageuses, plus honnêtes, plus judicieuses sur le long terme.

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