Alain Jean-Mairet » 2005 » June

L’Islam a pris son tournant

Il y a encore quelques années, les islamistes étaient mal aimés par l’écrasante majorité de leurs coreligionnaires. Leurs actes barbares et leur impiété souvent manifeste leur valaient le rejet – bien que silencieux – des Musulmans pieux traditionnels. L’islamisme pouvait alors paraître sur le déclin et les atroces attentats de New York, de Madrid et de Beslan pouvaient être interprétés comme leur chant du cygne.

Puis on tenta d’introduire la «démocratie» en Terre sainte. C’était, et c’est encore, une bonne idée. Mais on y posa la pyramide démocratique sur la pointe: au lieu d’introduire lentement les bases de la démocratie – l’État de droit, les libertés individuelles, la protection des minorités, la participation politique – et d’en définir les élections comme l’aboutissement logique et naturel, on se contenta de distribuer le pouvoir à ceux qui se montraient capables, de n’importe quelle manière, de recueillir des voix en leur faveur. Et, bien sûr, les islamistes sont élus. Et la pyramide démocratique s’enfonce dans le sable.

En conséquence, les Musulmans traditionnels commencent à penser que l’islamisme, après tout, pourrait bien être la solution, qu’un effort vraiment strict et discipliné dans la voie de Dieu va permettre d’instaurer le règne divin. Et le projet islamiste prend toujours plus de vigueur au sein du peuple, acquiert des lettres de noblesse imméritées mais indéniables.

La démocratie ne perdure que lorsque la pente de sa pyramide est optimale: les pyramides trop pointues ou trop trapues s’effondrent vite. Aujourd’hui, chaque esprit scientifique sait calculer en un instant la pente optimale d’une pyramide. Mais les croyants préfèrent prendre une poignée de sable et la laisser couler doucement pour former un tas, dont la pente sera celle dictée par Dieu. Le résultat est le même, mais pas la voie. Il y a là une sagesse trop oubliée en Occident.

Next Page »