Alain Jean-Mairet » 2005 » May

L’humanité contre le prophète

Récemment, des Musulmans sont morts en manifestant trop brutalement leur indignation à l’annonce d’une profanation présumée du Coran. C’était une réaction monstrueusement outrancière, sans équivalent connu. Pourquoi?

Il y a de bonnes raisons. Le Coran est un livre très spécial. Ce n’est pas, comme la Bible («les livres»), un recueil de textes et de témoignages historiques fascinant, ni, comme la Bhagavad-Gîtâ («le chant divin»), un poème épique enthousiasmant, ni, comme le Yi King («livre des mutations»), un traité quasiment mathématique de la sagesse inhérente à la création. C’est la parole de Dieu, littéralement.

Si tous les livres saints sont par définition des ouvrages renfermant la parole de Dieu, le Coran est la parole de Dieu. Cette nuance est mal comprise en Occident, où il ne viendrait à l’idée de personne de se procurer les textes bibliques dans leur version originale, en des langues oubliées, dans le but d’y retrouver les mots mêmes prononcés par Dieu.

Mais pour le Musulman, le Coran, en arabe, est l’exact libellé de la parole divine – on est tenté de dire «des ordres de Dieu». C’est ce qui donne à ce livre son pouvoir supérieur sur les âmes. Car quel croyant ne sacrifierait pas volontiers sa vie pour faire respecter la volonté clairement exprimée de Dieu, le Maître de l’Univers, le Créateur du Ciel et de la Terre?

Et c’est ce qui donne au prophète de l’Islam, Mahomet, l’homme choisi par Dieu pour transmettre ses dernières instructions, son caractère unique et son pouvoir absolu. À travers Mahomet, Dieu parle à l’humanité, directement, sans intermédiaire.

Imaginons cette proximité fantastique: le Créateur, l’Être primordial et ultime qui s’adresse à l’humanité toute entière, qui parle, proclame, ordonne, par la personne d’un marchand arabe orphelin et analphabète du VIIe siècle.

De prime abord, il peut paraître insensé qu’un être tout-puissant qui souhaite répandre sa parole se serve pour cela d’un homme aussi peu brillant, par ailleurs, que Mahomet. Mais d’un autre côté, le fait qu’un tel individu fonde bel et bien une religion d’envergure mondiale peut être considéré comme un signe des plus probants de sa prédestination divine.

Ainsi, le fait acquis, la réussite, la présence de l’Islam dans le monde, est la meilleure preuve de sa valeur divine authentique. Au vu de quoi le Musulman se sent légitimé à croire, à accorder foi à l’origine même de sa religion.

Et cela renforce le Coran, le prophète, l’Islam. Cela justifie que l’on sacrifie tout à la préservation de cette manifestation divine la mieux prouvée, la mieux démontrée qui soit, et ce par les moyens les plus concrets, sans aucun autre miracle que son triomphe éclatant.

De fait, l’Islam est la manifestation de la religion et de la foi la plus achevée, la plus efficace, la plus puissante et profondément ancrée dans les rouages psychologiques humains qui soit. Quitte à être croyant, de cette manière qui consiste à vouloir croire que le créateur de l’univers souhaite interagir «personnellement» avec ses créatures, alors il faut croire en l’Islam. L’Islam est la révélation ultime, insurpassable, de cette foi-là. Personne, jamais, ne pourra apporter de témoignage plus direct de ce contact avec ce dieu-là.

La prochaine étape, dans cette logique, ne peut être que la venue de Dieu en personne. Avec le Jugement dernier, qui précéderait une éternité à passer au paradis ou en enfer. Et, de fait, l’Islam ne promet le paradis qu’après la mort, après l’apocalypse. Et quoi de plus désirable que le paradis?

C’est aussi la raison pour laquelle ceux qui croient en ce dieu n’hésitent pas à tout risquer, à abandonner toute humanité, à se faire terroristes, assassins, tortionnaires, polygames, pédophiles, esclavagistes et menteurs, comme le fut le prophète Mahomet, pour répandre leur foi. Car si lui, le prophète d’Allah, a prouvé que sa religion était la plus forte, que Allahu akbar (Allah est le plus grand de tous), qui sont donc toutes les autres créatures pour juger que de tels actes sont répréhensibles?

Dans cette optique, l’Islam radical, qui profite de manière éhontée d’une certaine veulerie occidentale pour faire progresser un programme politique porté par la force de l’Islam, n’est que le signe révélateur d’un conflit dont l’origine et l’enjeu sont la nature même de la foi.

Ainsi, à l’heure où des États et des organes parallèles acquis à l’Islam sont pratiquement en mesure de détruire la vie sur la planète, où la population musulmane la plus importante de l’histoire est constituée en énorme majorité de jeunes gens sans autre espoir ni sagesse que la voie d’Allah, récitée quotidiennement à même le Coran, il faut que la raison, enfin, l’emporte sur cette foi-là. C’est une question de survie.

Mais il en faudra, de la foi, vraie, authentique, humaine et non divine, pour vaincre la dernière de ces fois-là. Il faudra pour cela les plus authentiques des croyants – des Musulmans. Eux seuls en sont capables.

En Occident, le mieux que nous puissions faire est de prouver notre foi dans nos valeurs les plus centrales. Parlons-en. Votons-en.

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