Alain Jean-Mairet » 2005 » January

Mauvaise foi

Aujourd’hui, au Mont Arafat, près de La Mecque, où se déroule en ce moment le plus grand et le plus important rassemblement de Musulmans de l’année, le mufti d’Arabie prononça un prêche retransmis par haut-parleurs jusque dans les campements des pèlerins et que quelque deux millions de Musulmans écoutèrent.

Que leur a dit le président du Conseil des oulémas d’Arabie, la plus haute autorité religieuse du royaume saoudien, où se trouvent les deux principaux lieux saints de l’Islam?

Il rejeta toute association entre l’Islam et le terrorisme et qualifia l’Islam «de religion de la justice, de l’équité et des droits».

Il se plaignit de ce que «les musulmans aient été qualifiés d’arriérés, de violeurs de droits de l’Homme et de la liberté» et appela tous les Musulmans à «se rallier à leurs leaders afin de préserver les intérêts de la nation (islamique)».

Il dénonça «les faux slogans de défense des droits de l’Homme utilisés comme prétexte pour exploiter la nation (islamique) et la contrôler».

Il ordonna: «ne devenez pas des outils dans les mains de vos ennemis en les laissant attaquer votre nation (islamique)», et mit en garde contre les complots «des ennemis de l’Islam qui veulent nous diviser et provoquer des conflits» entre les Musulmans.

Selon la voix la plus puissante s’exprimant sur le lieu le plus saint de leur religion, les Musulmans, donc, n’ont à assumer aucune responsabilité pour les méfaits perpétrés au nom de l’Islam. Et ils ne doivent rien entreprendre contre des Musulmans.

26 janvier 2005
Un Koweitien de retour du Hajj, croyant que l’une de ses filles avait eu des relations sexuelles en son absence, décida de lui trancher la gorge en présence de ses frères et sœurs.

Le reportage de la BBC précise qu’il l’attacha, lui banda les yeux, la fit agenouiller face à ses deux frères et sœurs puis commença à lui trancher la gorge, et dû changer de couteau en cours d’opération, le premier n’étant pas suffisamment aiguisé.

La jeune fille décéda de ses blessures. Elle avait 14 ans. Les examens cliniques montrèrent qu’elle était vierge.

L’homme est certes un extrémiste notoire. Mais, comme l’ajoute la BBC,

des milliers de femmes sont tuées par leurs proches chaque année au Moyen-Orient dans le cadre de «crimes d’honneur», généralement sur un soupçon d’adultère ou de rapports sexuels avant le mariage, ou encore après un viol ou un mariage célébré sans l’accord de la famille.

Les méfaits de la modération

À méditer cet article du Monde qui relate la descente dans l’enfer islamiste de Vénissieux – une banlieue de Lyon où l’on connaît fort bien Tariq Ramadan et d’où proviennent trois des sept pensionnaires français de la base de Guantanamo – après que les bien-pensants y aient laissé s’installer un Islam aux allures modérées.

L’Islam modéré n’existe que dans l’esprit de celles et ceux qui veulent y croire. Parfois, par le jeu des circonstances, il semble devenir réel, mais tôt ou tard, l’Islam originel y réapparaît. Alors, l’Islam devient militant. Et la terreur s’installe.

Et le maire de Vénissieux s’obstine à ne pas «comprendre pourquoi et qui bourre le crâne de nos gamins». Peut-être ferait-il bien de retourner à l’école.

Comment gagner la guerre contre l’islamisme

Sur le plan strictement militaire, islamisme ne rime guère qu’avec terrorisme. Certes, la menace est grave et mérite qu’on y consacre urgemment des efforts militaires et juridiques importants.

Mais le pire danger, la vraie guerre, est ailleurs. Elle se déroule dans les esprits. Ses victimes ne perdent pas la vie, mais l’indépendance, la liberté, les libertés, l’individualité, la laïcité.

Les véritables armes qui nous agressent sont la subversion, la perversion, les idées fausses, la désinformation, la mauvaise foi. Si ces armes sont si redoutables, c’est parce qu’elles visent en priorité ce que nous avons de plus précieux, de plus vital: nos enfants.

En effet, les plus âgés d’entre nous, à qui la vie a donné un minimum d’expérience, font plus aisément la sourde oreille aux promesses de paradis fleuri, et jettent instinctivement des regards plus aiguisés, car plus sagement sceptiques, sur les vociférations de croyants dont la religion peut si efficacement nourrir et excuser le discours d’assassins de masse.

Mais les jeunes gens, dont la sève montante les pousse à se projeter aussi loin que possible dans un avenir qu’ils rêvent volontiers révolutionnaire, sont souvent incapables de résister aux sirènes islamistes ainsi qu’à celles de leurs alliés utopistes, jusqu’auboutitstes de toutes sortes de mouvances.

De fait, la majorité des Musulmans est constituée de jeunes gens, sans expérience.

Or que faire devant des jeunes gens – nos enfants – qui perdent le contact avec la réalité, se réfugient dans des espoirs de toute évidence fallacieux, dont ils tirent des idées violentes, cassantes, intransigeantes?

D’une part, il faut faire preuve de fermeté. Il faut opposer un mur à tous les «ismes», dont l’histoire nous a appris les dangers, et l’inanité.

Ensuite, il faut beaucoup parler, avec tout le talent qu’on a, et surtout avec celui que l’on acquiert en parlant avec son cœur, en puisant dans son propre bagage les enseignements qui pourront jeter une amorce de clarté dans les esprits égarés.

Enfin, il faut exprimer tout cela, sous forme écrite, le mieux possible, et autant, et plus, que possible, afin que les messages de bon sens aient une chance de submerger ceux de la perversion.

Le moyen existe. Son nom est Internet.

À travers ce média, le plus dynamique et porteur d’avenir de l’histoire connue, les esprits expérimentés peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes sans être nullement handicapés par les traces que le temps a pu laisser sur leurs corps physiques. Sur Internet, seules les voix comptent, seule la substance compte. Seul le message, en définitive, compte.

Si les «vieux» entrent dans la guerre des idées, s’ils profitent de leur retraite pour se battre contre la subversion destructrice menée par l’islamisme, la paix peut gagner. Car leurs armes sont puissantes, irrésistibles – ce sont le bon sens, la morale, les enseignements du temps passé.

C’est le combat de la lumière contre l’obscurité. On ne peut le perdre qu’en renonçant à le livrer.

Ainsi, que les vieux envahissent les bibliothèques publiques – matérielles et virtuelles. Qu’ils y dévalisent la sagesse de nos ancêtres. Qu’ils déterrent les livres saints et les brandissent à la face du monde. Qu’ils s’inspirent des écrits de ceux que l’histoire a désigné clairement comme des lumières de l’âme.

Et qu’ils apprennent à maîtriser les technologies Internet. Qu’ils s’organisent, qu’ils profitent des structures, déjà nombreuses, leur permettant de se servir efficacement du meilleur média jamais produit par l’ingéniosité humaine.

Les Musulmans modérés, s’ils existent, ne sont pas arabes

Le point de vue des Arabes (habitants de Jordanie, de Syrie, du Liban, de Palestine et d’Égypte) sur le terrorisme a fait l’objet, l’an passé, d’une vaste enquête, par le Centre d’Études stratégiques (CSS) de l’université de Jordanie, dont voici quelques-uns des résultats.Dans l’ensemble, 90% des personnes interrogées considèrent que le Djihad islamique, le Hamas, les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa, le Hezbollah, Al-Qaïda et le Groupe islamique armé (algérien) sont des «organisations de résistance légitimes».

Au Liban, ce seuil plafonne aux deux tiers. Mais cela ne provient que de la population chrétienne du pays – si l’on ne tient compte que des Musulmans, les moyennes culminent à 98 et 99%.

Seuls 2% des répondants palestiniens considèrent comme des actes terroristes les attaques du Hezbollah contre Israël. Ils sont 3% en Syrie, 7% en Égypte, 10% en Jordanie.

Les attentats du 11 septembre ne sont des actes terroristes que pour un Palestinien sur cinq, et ils sont à peine plus d’un sur trois à condamner comme telle la destruction à l’explosif des installations de l’ONU et de la Croix Rouge en Irak.

Et le problème ne vient pas d’un manque d’information. La population arabe la moins timide (52% de désapprobation) à l’égard des assassinats de civils, y compris les femmes et les enfants, est celle des étudiants universitaires palestiniens.

Le fragile miracle de la démocratie

En France, patrie de Gustave Le Bon, on préfère souvent faire rimer démocratie avec aristocratie. Ce fameux sociologue français (1841–1931) est notamment l’auteur d’une «Psychologie des foules» affirmant, en substance, que les foules composent de nouveaux organismes, monstrueux, au sein desquels s’ajoutent non pas les qualités de leurs membres, mais leur seule stupidité.

Et il est commun, dans l’hexagone, d’entendre vanter les mérites de la démocratie à la française, laquelle consiste à déléguer le pouvoir non pas directement au peuple, mais à une élite, à des experts de la gouvernance.

L’idée, à première vue, est séduisante. Comment ne pas penser instinctivement qu’un groupe d’experts fera un meilleur travail qu’une foule d’amateurs? Mais la réalité, comme souvent, est toute autre. Ou presque.

Cette réalité, celle de l’intelligence des foules, est exposée, par exemple, dans un récent ouvrage de James Surowiecki. Le thème n’est pas vraiment neuf. Il a été étudié dans les milieux économiques, d’où proviennent plusieurs exemples fournis par Surowiecki, et, dans d’autres domaines, par des auteurs tels que James Gleick, Kevin Kelly, John H. Holland, ou encore Howard Rheingold.

En résumé, dans un certain type de foule, ce n’est pas la stupidité qui s’accumule, mais l’intelligence. L’on assiste alors à une authentique optimisation des facultés, à l’image de celle guidant les abeilles dans la recherche des fleurs les plus généreuses et les plus accessibles.

Comme l’explique et le démontre James Surowiecki avec un brio jusqu’ici inégalé, «dans les groupes d’experts, le groupe en sait moins que ses capacités potentielles le laissent supposer. Lorsqu’on y ajoute des membres moins informés mais doués, peut-être, d’autres qualités, la performance du groupe s’améliore.»

L’effet est quasiment magique. Une «bonne» foule devinera par exemple avec une régularité ahurissante combien de fèves un certain bocal peut contenir et permettra de déterminer avec une précision clinique quel sera le résultat d’élections, de courses, de concours.

Comme le résume Michael Shermer, que personne ne saurait accuser de manquer de scepticisme scientifique, «pour qu’un groupe soit intelligent, il doit être autonome, décentralisé et diversifié».

Et c’est là toute la différence entre une démocratie authentique et, par exemple, la parodie qui se joue actuellement dans les territoires palestiniens et dont le héros est connu depuis des semaines sans que la sagesse des foules n’y soit pour rien.

Avant de se servir de la démocratie, du vote du peuple, pour élire et pour trancher, il faut faire de ce peuple un groupe intelligent, c’est-à-dire constitué de gens indépendants, informés sans coercition, et possédant le plus grand nombre possible de facultés et de qualités différentes.

Pour cela, il faut commencer par établir la sécurité, l’état de droit et le respect des libertés individuelles fondamentales, par créer un corps politique de base, dont les membres comprennent l’importance et les mécanismes du processus décisionnel démocratique.

Un peuple pour qui la démocratie est un instrument de gouvernance et non un attribut du pouvoir, la source des décisions et non l’outil de leur ratification.

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