Alain Jean-Mairet » 2004 » November

Le secret des moineaux

Ils forment un ensemble terne et sans attrait, souvent austère, comme s’ils avaient été coulés dans un même moule, prévu à l’origine pour d’autres formes, d’autres couleurs, et qui, peut-être d’avoir trop servi, a perdu toute originalité, toute liberté.

Ils sont volontiers bruyants. Ils se réunissent régulièrement pour crier, sans que rien dans leur environnement ne semble motiver cette ferveur.

Ils sont sans égard. Toujours en groupe, ils chassent efficacement leurs congénères plus colorés et moins vigoureux des sources de subsistance et imposent leur présence dominante.

Ils sont affamés et déraisonnables. Leurs nuées s’attaquent aux ressources dès les semis, jamais n’attendent les moissons, et il faut des trésors de ruse pour, sous leurs yeux, faire pousser de quoi nourrir les siens.

Ils sont sans gêne ni modestie. Ils s’approchent volontiers, pour picorer leurs miettes, de ceux qui, jeunes, trop civilisés ou trop peu éclairés, les pensent nécessiteux parce qu’ils n’hésitent pas à exiger.

Et puis leur regard. Les regarder longuement, c’est comme se pencher au-dessus d’un puit de haine noire. Pas toujours, mais souvent, de plus en plus.

Quel est donc le secret perdu qui les rend si tristes, si intolérants?

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