Alain Jean-Mairet » Médias

L’élite palestinienne dans ses oeuvres éducatives

Noter la qualité des uniformes, chaussures et casquettes comprises, et des accessoires (armes), la profusion de drapeaux absolument neufs, l’importance et la longueur de la mise en scène. Relever aussi le fait que tous les enfants saluent le coran en sortant de scène. Ces enfants endoctrinés sont la crème de leur société, leurs parents sont aisés. Sans doute grâce à leur allégeance au mouvement. Et ce film circule dans les territoires palestiniens depuis plus de deux ans, où il a sans doute servi d’exemple et de modèle pour d’innombrables spectacles similaires.

À signaler aussi le fait que la chaîne de télévision américaine de gauche CNN a présenté ce film sans en montrer la partie dans laquelle les enfants palestiniens abattent par surprise des soldats israéliens puis traînent les dépouilles sur la scène.

Voir aussi:
Les écoles palestiniennes s’obstinent à endoctriner leurs élèves
Les palestiniens veulent toute la Palestine, depuis toujours, au nom du djihad
TV palestinienne: la Shoah est l’oeuvre des Juifs
Le plan du Fatah en langage clair
Huit Palestiniens sur dix pour les assassinats racistes
La fierté d’industrialiser le sacrifice de civils
Les Palestiniens qui préfèrent Israël
Le désastre économique palestinien

Une ONG pour les victimes des foules multiculturelles en colère?

C’est ce que propose de créer Doris et Udo Ulfkote, deux Allemands, par ailleurs critiques envers le terrorisme islamiste, menacés de mort depuis des semaines par des centaines de Musulmans pour un crime qu’il est parfaitement évident qu’ils n’ont pas commis — celui d’avoir grossièrement insulté le prophète, les Musulmans et les Turcs (voir le déroulement de l’histoire dans Le cas Ulfkotte et les dangers discrets de l’islamisme).

Entre-temps, ils ont découvert par exemple que le Parti des Verts avait déclaré ne pas avoir connaissance de leur cas et n’avoir aucune idée sur la question du danger qu’il y aurait à critiquer l’Islam en Allemagne. Il faut dire que la presse n’a pas vraiment aidé à faire connaître leur situation. Les organisations turques d’Allemagne n’ont pas non plus jugé indiqué d’interpeler leurs membres pour calmer le jeu. Et le gouvernement n’a rien entrepris non plus pour lever le malentendu.

Alors, Doris et Udo Ulfkotte se sont renseignés et ont très vite trouvé pas moins de 27 personnes dans une situation analogue à la leur — menacées de mort par des foules anonymes et «multiculturelles» et que l’État laisse sans aide digne de ce nom. Ils ont aussi découvert nombre d’autres déclarations injurieuses, racistes et clairement favorables à la violence de la part d’internautes ostensiblement musulmans. Ce qui donne à penser que beaucoup de gens subissent des menaces similaires, sans s’en plaindre. Ils ont donc décidé de créer un réseau, une ONG, pour défendre les intérêts de ces victimes trop discrètes.

À suivre. Si quelqu’un souhaite contacter les Ulfkotte, je relaierai volontiers les messages: ajm@ajm.ch

Voir aussi
Le cas Ulfkotte et les dangers discrets de l’islamisme

Al Dura — l’arrêt du 21 mai 2008 par le menu

Il s’agit ici d’un condensé de huit petits billets (12345678) que j’ai consacrés il y a quelque temps à un arrêt que si peu de gens concernés semblent avoir lu qu’il mérite bien une reprise.

Le 21 mai dernier, donc, la 11e Chambre de la Cour d’appel de Paris déboutait Charles Enderlin et France 2 de leurs demandes à l’endroit de Philippe Karsenty, qui avait critiqué les premiers pour les aspects problématiques de leur reportage selon lequel l’armée israélienne aurait pris pour cible et tué un enfant palestinien au carrefour de Netzarim, dans la bande de Gaza, en septembre 2000. Philippe Karsenty avançait en substance que ce reportage était une supercherie, ce à quoi France 2 et son correspondant au Moyen-Orient, Charles Enderlin, l’auteur dudit reportage, répliquaient par une plainte en diffamation.

L’affaire Al Dura, du nom de l’enfant en question, connaissait ainsi un tournant très discret et pourtant décisif: c’était en effet la première fois qu’un tribunal examinait le fond de l’affaire, en exigeant par exemple de France 2 qu’elle produise enfin les séquences qui, selon Enderlin, prouvaient que l’enfant avait bien été tué. Cet arrêt reflète le tout premier examen sérieux de cette affaire par une instance à la fois indépendante et supérieure. En voici les principaux thèmes, classé en huit chapitres:

1. Le droit de critiquer la presse, à quelles conditions 

Ce premier chapitre nous renseigne sur ce que le tribunal a jugé acceptable en fait de critique et pourquoi. Voici les déclarations de Karsenty attaquées par Enderlin (pages 6-7 de l’arrêt) et que la Cour d’appel de Paris n’a pas jugé judicieux de condamner en l’espèce:

Les critères de Précision, d’Indépendance, de Transparence et de Responsabilité de la méthode PHILTRE ont été violés à de nombreuses reprises par FRANCE 2 par la diffusion de la fausse mort de Mohamed AL DURA le 30 septembre 2000

Au moins deux membres du gouvernement de M. Jean-Pierre RAFFARIN et de nombreux journalistes savent que FRANCE 2 a présenté un faux reportage le 30 septembre 2000. Il serait bien qu’ils se manifestent afin de faire cesser cette mascarade […]

Nous espérons que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel exigera la démission immédiate de ceux qui se sont livrés à celle supercherie

Au regard des éléments dont nous disposons, nous affirmons que le correspondant de FRANCE 2 à Jérusalem, Charles ENDERLIN, a effectivement diffusé un faux reportage ce 30 septembre 2000

Voici les incohérences du document de FRANCE 2:
Dès le début du reportage, on s’aperçoit que l’on assiste à une série de scènes jouées […]. Ce premier épisode est une pure fiction […]

Charles ENDERLIN en l’occurrence, se trompe et, du même coup, nous trompe. Pourquoi? Cherche-t-il à couvrir son imposture?

Nous vous invitons à découvrir les incohérences du document de FRANCE 2 sur Media-Ratings, ainsi que les réactions de certains médias à celle imposture.

Arlette Chabot a menacé de porter plainte contre toute personne qui accuserait FRANCE 2 d’avoir diffusé un faux ce 30 septembre 2000 […]

Nous espérons que le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel exigera la démission immédiate de ceux qui se sont livrés à celle supercherie […]

Espérons que les médias/rançais informeront rapidement leurs lecteurs, auditeurs et téléspectateurs de l’imposture médiatique à laquelle s ‘est livrée FRANCE2 depuis plus de quatre ans […]

Et voici le considérant central fondant la décision de la Cour à cet égard (page 9 de l’arrêt):

Qu’alors que Philippe KARSENTY aborde des sujets d’intérêt général, telles les méthodes de travail des médias et, précisément, de la chaîne publique, la force des images et la pertinence des commentaires sur le vif, partant le droit du public à une information sérieuse, ce qui donne toute sa légitimité à la publication de ses recherches, Charles ENDERLIN peut d’autant moins se soustraire à la critique qu’elle le vise en tant que professionnel de l’information, correspondant en Israël et dans les territoires palestiniens pour les journaux télévisés de FRANCE 2 diffusés aux heures de grande audience, et qu’à ce titre, il s’expose inévitablement et consciemment à un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes de la part de ses concitoyens comme de ses confrères;

Le tribunal a donc estimé qu’un journaliste doit savoir qu’il s’expose à «un contrôle des plus attentifs de ses faits et gestes» et qu’il ne peut pas se soustraire à la critique (par exemple celle citée ci-dessus) s’il est attaqué en tant que professionnel de l’information, et à plus forte raison si les sujets abordés sont d’intérêt général. Le public a droit à une information sérieuse et des recherches critiques sont dès lors légitimes.

Ceci tout au moins dans la mesure où les critiques sont fondées et émises de bonne foi (lire à ce propos les considérants du milieu de la page 8 au haut de la page 9 de l’arrêt). Nous allons voir maintenant comment Karsenty a pu convaincre la Cour de sa bonne foi et du bien-fondé de ses arguments.

2. Une déontologie en question 

Nous découvrons ici des aspects très importants de l’organisation interne des professionnels qui ont réalisé le reportage. Voici le considérant du tribunal (page 9 de l’arrêt):

Considérant qu’il est constant que Charles ENDERLIN n’a pas été témoin des faits qu’il a commentés en voix «off», selon un procédé nullement contraire à la déontologie des journalistes, dès lors qu’il est compris des téléspectateurs; qu’en l’occurrence, FRANCE 2 a indiqué, le 1er octobre 2000, que la mort de l’enfant avait «été filmée par TalaI ABU RAMAH, [son] correspondant à Gaza» et, le 2 octobre, que le cameraman «filmait l’inacceptable», ce qui ne permettait pas nécessairement d’en déduire que le commentateur n’était pas sur les lieux; que ce fait a conduit Philippe KARSENTY, sans qu’il puisse alors en induire que l’événement commenté était faux, à s’interroger sur la concordance entre les images choisies par le cameraman palestinien («c’est moi qui décide ce qui est important», l’entend-on dire dans une des interviews), et le commentaire de ces images par Charles ENDERLIN;

Le tribunal établit ici, notamment, que Charles Enderlin, un journaliste de premier plan, jouissant d’une grande réputation, et donc d’une position d’autorité, n’avait pas assisté aux faits qu’il décrivait et que personne, sur la base de ce qui avait été diffusé par France 2, ne pouvait le savoir. À entendre simplement le reportage, les téléspectateurs devaient ou pour le moins pouvaient supposer que le correspondant de France 2 avait assisté à ce qu’il décrivait. Pour mémoire, voici ce qu’il avait dit (séquence vidéo complète et extrait crucial du texte):

Ici, Jamal et son fils Mohamed sont la cible de tirs venus de la position israélienne [images de la position israélienne]. Mohamed a 12 ans, son père tente de le protéger. Il fait des signes. Mais, une nouvelle rafale, Mohamed est mort, et son père gravement blessé.

D’où il ressort que France 2 a déclaré que des soldats israéliens avaient commis un infanticide (pris pour cible et tué un enfant) sur la seule base du témoignage d’un caméraman palestinien. Et ceci sans rien mettre au conditionnel, ni signaler que Charles Enderlin, le correspondant sur place, qui donnait ce commentaire, n’avait pas assisté aux scènes qu’il décrivait pourtant en termes tout à fait affirmatifs.

Est-il usuel, pour les médias qui travaillent dans les Territoires palestiniens, de présenter en leur nom des séquences d’information fournies en intégralité par de simples caméramans de la région, travaillant de manière totalement autonome? Est-ce acceptable? Existe-t-il seulement des relations de confiance quelconques permettant de justifier une telle accusation d’infanticide? Dans quelle mesure l’authenticité de ces informations est-elle contrôlée et contrôlable? Par exemple, le reste du matériel filmé par ce caméraman permet-il de confirmer la thèse de l’infanticide? Et qu’en est-il des séquences tournées ce jour-là par les caméramans des autres agences de presse? France 2 et Enderlin avaient-ils d’autres bonnes raisons de soutenir ainsi ce récit, sans la moindre réserve?

Philippe Karsenty a réuni les travaux de plusieurs personnes et groupes qui ont tenté de faire la lumière sur cette affaire, et a émis les accusations qui lui ont valu l’attaque en justice de France2. Nous allons pouvoir examiner les éléments sur la base desquels la Cour d’appel de Paris a estimé que Karsenty était de bonne foi et ne pouvait pas être condamné pour avoir qualifié ce reportage de France 2 de «fausse mort», «faux reportage», «mascarade», «supercherie», «pure fiction», «imposture», «faux» et «imposture médiatique».

3. Le mystère de l’agonie disparue

Une accusation de mensonge qualifié contre Charles Enderlin, largement publiée et que Charles Enderlin, pourtant, n’a pas attaquée en justice concerne les images de l’agonie de l’enfant, que Charles Enderlin a déclaré avoir coupées au montage pour ménager le public. Voici ce qu’en disent les considérants concernés du tribunal (page 10 de l’arrêt):

Que la thèse dite de la MENA, (…), reprise par Philippe KARSENTY, s’est appuyée sur les réticences persistantes de FRANCE 2 à laisser visionner les rushes de son cameraman, sur l’imprudente affirmation, par Charles ENDERLIN, qu’il aurait coupé au montage les images de l’agonie de l’enfant et sur les déclarations faites par plusieurs journalistes ayant visionné les rushes;

Qu’il résulte, en effet, du témoignage de Luc ROSENZWEIG, ancien rédacteur en chef du MONDE, qu’après avoir rencontré, en mai 2004, des confrères lui ayant fait part de leurs doutes sur le reportage de Charles ENDERLIN et s’en être ouvert, par la suite, à Denis JEAMBAR et à Daniel LECONTE, il a visionné avec ceux-ci, le 22 octobre 2004, les rushes de FRANCE 2 (…)

Que les deux journalistes […] déclarent sans ambiguité avoir confié à Arlette CHABOT leurs «doutes sérieux», mais être «prêts à écarter les accusations de ROSENSWEIG sur la mise en scène de la mort de l’enfant si le visionnage de l’ensemble des rushes tournés par Talal ABOU RAMA confirme ce que Charles ANDERLIN a déclaré à deux reprises au moins, dont à Télérama: «J’ai coupé l’agonie de l’enfant. C’était insupportable… Cela n’aurait rien apporté de plus», puis, au vu des rushes, que «cette fameuse agonie qu’Enderlin affirme avoir coupée au montage n’existe pas»;

Qu’ils relèvent également (…) que le visionnage intégral des rushes démontre aussi qu’au moment où Charles ENDERLIN donne le gamin pour mort […] rien ne lui permet d’affirmer qu’il est vraiment mort et encore moins qu’il a été tué par des soldats israéliens (…)

À ce jour, bien que la Cour ait exigé de visionner la totalité des images dont France 2 dispose, la scène de l’agonie de l’enfant n’est pas apparue. Voici les toutes dernières images existantes de l’enfant, les quelques secondes censées, selon le commentaire de Charles Enderlin, avoir été tournées après sa mort:

On peut donc admettre que Charles Enderlin n’avait vraiment que la parole de son caméraman palestinien pour, ce jour-là, accuser les soldats israéliens, sur l’une des principales chaînes de télévision européennes, d’avoir commis un infanticide. Et il semble très probable qu’il a tenté de mentir, ensuite, pour soutenir sa version des événements. Les éléments de l’arrêt permettent-ils de déterminer si ce caméraman pouvait sembler digne d’une telle confiance?

4. L’actualité mise en scène?

Ce quatrième chapitre se concentre sur l’affirmation récurrente, de plusieurs personnes ayant visionné les rushs, selon laquelle les images filmées contiennent manifestement de nombreuses mises en scène. Voici les considérants du tribunal qui évoquent cet aspect (pages 10/11 de l’arrêt):

Que la thèse dite de la MENA, sujet de l’ouvrage de Gérard HUBER sorti en janvier 2003 sous le titre Contre-expertise d’une mise en scène (pièce n°3), qui infère, du fait qu’on voit de jeunes Palestiniens mettant à profit la présence de caméras pour jouer des scènes de guerre et de blessures, le caractère fictif de la mort du jeune Mohamed AL-DURA, (…);

Qu’il résulte, en effet, du témoignage de Luc ROSENZWEIG, ancien rédacteur en chef du MONDE, qu’après avoir rencontré, en mai 2004, des confrères lui ayant fait part de leurs doutes sur le reportage de Charles ENDERLIN et s’en être ouvert, par la suite, à Denis JEAMBAR et à Daniel LECONTE, il a visionné avec ceux-ci, le 22 octobre 2004, les rushes de FRANCE 2 et a été surpris de ce que, sur les 27 minutes des rushes de Talal ABU RAHMA, plus de 23 minutes de scènes filmées n’avaient rien à voir avec les images diffusées par la chaîne, dont celles de la mort du petit Mohamed, et consistaient dans la présentation de fausses scènes de guerre par de jeunes Palestiniens;

que le témoin a conclu son propos à l’audience de première instance en déclarant avoir la conviction que «la version de la mise en scène [de la mort de l’enfant] a une probabilité plus grande que la version présentée par FRANCE 2», tout en reconnaissant qu’en tant que journaliste, «les critères ne [lui] permettent pas d’aller plus loin»;

Que ce témoignage est conforté par les opinions, non contraires pour l’essentiel, de Daniel LECOMTE et de Denis JEAMBAR, issues d’un point de vue donné au Figaro du 25 janvier 2005 (pièce n° 16) et d’une interview diffusée le 1″ février 2005 sur l’antenne de RCJ (pièce n° 4) (…);

Qu’ils relèvent également que, «dans les minutes qui précèdent la fusillade, les Palestiniens semblent avoir organisé une mise en scène, […] «jouent» à la guerre avec les Israéliens et simulent, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires» (…)

Considérant que Richard LANDES, journaliste, professeur à l’université de Boston, entendu en qualité de témoin par les premiers juges, a déclaré que, selon lui, après avoir étudié les rushes de Reuters et le reportage de Charles ENDERLIN, avec lequel il s’est entretenu, la probabilité que la mort de l’enfant présentée par celui-ci serait une mise en scène était «supérieure à 95%»;

Plusieurs témoignages concordants indiquent donc que les scènes de bataille tournées au carrefour de Netzarim ce jour-là seraient en grande partie des mises en scène manifestes et non des combats authentiques. Voici deux films traitant de cet aspect sur la base de séquences filmées par différents caméramans présents sur les lieux:

Le tribunal de première instance n’avait pas jugé les éléments d’enquête illustrés par ces deux vidéos «suffisamment déterminants», à eux seuls, mais la Cour d’appel, après avoir exigé le visionnement des rushs de France 2, la seule chaîne à avoir pris des images de la scène des Al Dura, déclare ce qui suit:

Considérant que, si aucun des arguments du prévenu – ni les conclusions de l’enquête menée à l’initiative personnelle du Général SAMYA (contre-offre de preuve n° 12), ni «l’imprudente affirmation» de Charles ENDERLIN déjà relevée n’a paru aux premiers juges, à lui seul suffisamment déterminant en regard du reportage contesté, il apparaît que l’examen, en cause d’appel, des 18 minutes de rushes de Talal ABU RAMAH communiquées par FRANCE 2 ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure ou ayant versé leurs contributions aux débats (…);

Cette formulation un peu sibylline indique essentiellement que la présentation de France 2 n’a pas permis de se forger une opinion. Ceci bien que France 2 n’ait pas fourni à la Cour les 27 minutes de rushes exigés, mais une sélection de ceux-ci et une nouvelle présentation réalisée tout exprès. De plus, la Cour relève (page 11 de l’arrêt):

Considérant qu’en répondant à Denis JEAMBAR et à Daniel LECOMTE, dans le Figaro du 27 janvier 2005, que «l’image correspondait à la réalité de la situation non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie», alors que la définition d’un reportage s’entend comme le témoignage de ce que le journaliste a vu et entendu, Charles ENDERLIN a reconnu que le film qui a fait le tour du monde en entraînant des violences sans précédent dans toute la région ne correspondait peut-être pas au commentaire qu’il avait donné, ce qui est également l’avis donné par Daniel DAYAN, directeur de recherches au CNRS et spécialiste des médias, dans son attestation (pièce n° 5);

À ce stade, on peut considérer comme établi que les images tournées ce jour-là à Netzarim (et sans doute à de nombreuses autres occasions) sont au moins en partie des mises en scène et que les protagonistes (journalistes, caméramans, acteurs) le savaient pertinemment.

On peut admettre aussi qu’il n’existe pas d’images de l’agonie de Mohamed Al Dura, ni de son transport à l’hôpital. Les images de Jamal et Mohamed Al Dura filmées par France 2 sont-elles tout de même authentiques? Quels éléments de preuve sont disponibles? À leur sujet, la Cour d’appel de Paris dit ceci (page 11 de l’arrêt):

Considérant que, si aucun des arguments du prévenu – ni les conclusions de l’enquête menée à l’initiative personnelle du Général SAMYA (contre-offre de preuve n° 12), ni «l’imprudente affirmation» de Charles ENDERLIN déjà relevée n’a paru aux premiers juges, à lui seul suffisamment déterminant en regard du reportage contesté, il apparaît que l’examen, en cause d’appel, des 18 minutes de rushes de Talai ABU RAMAH communiquées par FRANCE 2 ne permet pas d’écarter les avis des professionnels entendus au cours de la procédure ou ayant versé leurs contributions aux débats, les attestations produites par les soins du cameraman (offre de contre-preuve, n° 5 à 10) ne pouvant pas, en revanche, au vu de leur présentation comme de leur contenu, être tenues pour parfaitement crédibles;

D’où nous pouvons déduire que la version du caméraman (reprise par Charles Enderlin, puis par France 2) n’a pas pu être rendue crédible devant un tribunal. Comment est-ce possible? Un enfant est pris pour cible, longuement, et abattu, à l’arme de guerre, devant des dizaines de personnes, dont un caméraman de télévision qui filme la scène et il n’est pas possible de le prouver valablement à un tribunal? Examinons un peu les éléments de preuve potentiels:

5. Où sont les balles?

Les balles mortelles (l’hôpital palestinien parlera de onze impacts au total) constitueraient des preuves accablantes, car les Israéliens utilisent des munitions bien spécifiques, qui provoquent aussi des blessures internes reconnaissables. Mais les balles ont été recueillies sur le site par le caméraman palestinien, selon ses propres dires, et ne sont jamais réapparues:

– Nous avons des preuves. Le type des balles. J’ai filmé cela. Le type de balles. Nous avons récupéré les balles dans le mur. France 2 a récupéré les balles… (sourire).

– Je vois que vous avez fait une enquête plus approfondie que la police…

– Non, non, non… Nous… avons des secrets dans notre… vous savez… pour… notre sécurité. Nous ne pouvons pas… tout donner.

La Cour d’appel n’a pas été convaincue.

6. Où est le sang?

Les armes automatiques utilisées par les Israéliens tirent des projectiles très rapides qui traversent en principe un corps humain de part en part et causent donc de forts saignements. Qu’en est-il des traces de sang? Selon l’auteur du reportage,

– L’enfant a saigné pendant plus de 15 à 20 minutes.

– L’ambulance ne peut pas venir, ou arriver pour le sauver, peut-être 20 minutes après que l’enfant ne soit tombé sur les genoux de son père.

Voici la blessure qui a été présentée par les médecins palestiniens comme étant celle de l’enfant:

Et voici tout le sang (encore vermillon sur la première image) qui a pu être photographié sur place, le lendemain des faits (le jour-même, aucune goutte de sang n’a, semble-t-il, été photographiée ou filmée):

La Cour d’appel n’a pas été convaincue.

7. Où sont les blessures? 

Le père de l’enfant, Jamal Al Dura, n’a été filmé à l’hôpital qu’avec des pansements les jours suivants l’événement et il n’a montré ses blessures que beaucoup plus tard, sous forme de cicatrices. Voici les principales:

Il est certain que l’homme a subi des blessures sérieuses. Mais était-ce ce jour-là et était-ce par balles? Aucune commission d’enquête médicale indépendante ne l’a (encore) examiné pour tenter de trancher ces questions, mais un chirurgien israélien, le Dr Yehuda David, du Centre médical Chaim Sheba (Hôpital Tel HaShomer), se souvient d’avoir pratiqué une intervention complexe pour sauver son bras droit de la paralysie, en 1994, après que Jamal Al Dura ait été transporté dans son hôpital avec des blessures provenant vraisemblement de coups de hache:

Principal témoignage du médecin (à partir de 0:50), portant sur le bras de Jamal Al Dura:
– Ceci est une cicatrice typique d’un transfert de tendons. Il n’y a pas matière à tergiverser ici, aucun malentendu n’est possible. Cette cicatrice ne peut pas provenir d’un projectile d’arme à feu — si longue, si mince, si nette.

La Cour d’appel n’a pas été convaincue.

8. Où sont les témoins?

Qu’en est-il des témoignages en faveur de la thèse de l’infanticide? Il faut préciser ici que le lien entre ceux-ci et l’arrêt de la Cour d’appel n’est ni direct, ni ferme: l’arrêt ne les mentionne pas expressément et rien n’indique que la Cour les a examinés en détail. Tout ce que nous savons est que la Cour n’a pas pu «[tenir] pour parfaitement crédibles» les éléments de contre-preuve censés démontrer que la version des faits du caméraman de France 2 était authentique.

Voici donc les témoignages connus et les raisons les plus évidentes pour lesquelles ils peuvent «[ne pas être tenus] pour parfaitement crédibles»:

Talal Abu Ramah, le caméraman
Il est en fait LA source du récit et son témoignage a été explicité plus haut. Pourquoi ne pas lui faire confiance? La majorité des images filmées ce jour-là par Ramah consistait en mises en scène manifestes; bien qu’Enderlin l’ait affirmé publiquement, il n’a pas livré d’images d’agonie; il n’a pas d’images de sang non plus, ni d’impacts de balles; bien qu’il ait affirmé que la fusillade a duré quelque 40 minutes, dont 15 à 20 de tirs exclusivement dirigés sur l’enfant et son père, il n’a présenté qu’une minute de tournage de ces scènes; il n’a pas filmé l’enfant mort et le père blessé attendant l’ambulance, bien qu’il prétende que cette attente ait duré une vingtaine de minutes; il n’a pas filmé le départ en ambulance non plus; il prétend avoir récupéré les balles dans le mur mais celles-ci ne sont pas réapparues; aucun des autres caméramans professionnels présents ce jour-là sur les lieux n’a filmé ni la fusillade en question, ni l’enfant et son père, ni le sang, ni le départ en ambulance, ni l’arrivée supposée à l’hôpital de Gaza.

Les gens présents sur les lieux
Le sort de l’enfant et de son père doit avoir été vu par des dizaines de personnes, comme l’indiquent les films tournés ce jour-là. Il y avait sur place beaucoup de jeunes gens, des équipes de tireurs, diverses ambulances et plusieurs caméramans de presse. Mais ces gens, visiblement, créaient des mises en scène et y assistaient. Ils n’auraient sans doute pas mis en scène l’exécution de l’enfant et de son père telle que la raconte Ramah, mais pour ce que les images montrent effectivement, leur «talent» suffisait largement:

Le chauffeur d’ambulance
Il déclare en substance avoir trouvé l’enfant, couché sur le ventre, avec une blessure à l’abdomen par laquelle s’échappaient ses intestins: 

Mais si l’enfant avait saigné plusieurs minutes avec une telle blessure, combien de sang aurait-on trouvé sur place?

Le personnel médical de l’hôpital de Shifa, à Gaza
Ses membres ont soigné le père et ont remis des photographies d’un enfant mort portant une longue blessure au ventre:

Pourquoi un hôpital palestinien? Les ambulanciers pouvaient emmener Jamal en Israël et lui procurer ainsi des soins de meilleure qualité, gratuits, comme cela avait d’ailleurs été fait quelques années auparavant. Pourquoi n’a-t-on pas d’images de l’arrivée à l’hôpital de l’enfant et son père, après un tel événement, qui aurait duré queque 40 minutes, plus le transport à l’hôpital? Les journalistes présents sur place avaient-ils mieux à faire?

Le personnel de l’hôpital militaire d’Amman>
L’ambassadeur jordanien en Israël a ensuite emmené le père à Amman pour s’y faire soigner. Il est ensuite réapparu pour montrer des blessures entièrement cicatrisées. Pourquoi n’a-t-on pas d’images des blessures, de la convalescence?

Le général (de police) palestinien
A dirigé l’enquête sur la mort de l’enfant du côté palestinien:

Mais n’a effectué aucune investigation sur les lieux et n’a notamment pas cherché à récupérer les balles.

La famille Al Dura et les proches
Ont confirmé que le père avait été blessé ce jour-là. Mais ils y avaient un intérêt certain — ils étaient les héros des Territoires palestiniens et même du monde musulman, et l’enfant était un shahid, la source du plus grand honneur possible. La pression devait être insoutenable. Tout le monde, enfin tous les gens importants, dans leur milieu, voulait que l’histoire soit vraie: la mort de Mohamed Al Dura a dès lors soutenu une impressionnante campagne de recherche ciblée de martyrs parmi les jeunes et même les enfants, avec l’appui des médias, des écoles, des structures culturelles et des élus politiques palestiniens:

 

La population et les élus palestiniens en général
On n’a pas constaté de dénégation de la thèse «officielle» ou d’accusations de supercherie au sein de la société civile et de la classe politique palestinienne, au contraire. Mais cela n’est pas en soi convaincant. En effet, en janvier dernier, le Parlement palestinien entier ainsi que des foules importantes ont participé à des mises en scène manifestes dans le but évident de manipuler l’opinion occidentale, avec un succès certain:

Le 24 janvier, TIME présentait l’image ci-dessus en disant à ses lecteurs que le parlement palestinien était forcé de se réunir à la lueur de bougies à cause d’Israël, qui aurait laissé la bande de Gaza sans électricité. Mais en fait, d’une part la bande de Gaza avait largement assez d’électricité (fournie essentiellement par Israël) pour éclairer ses parlementaires et d’autre part la photo en question a été mise en scène tout exprès pour la presse, en plein jour. Le TIME mentait donc ici à deux reprises à ses lecteurs.

Des foules ont été réunies dans la rue, de nuit, pour faire semblant d’avoir à utiliser des bougies en guise d’éclairage, alors que l’éclairage public et les vitrines des magasins fonctionnaient normalement (cliquer sur l’image pour voir d’autres exemples ou ici pour davantage d’explications). 

En outre, beaucoup de Palestiniens ne craignent pas les récits macabres:

De sorte que pour juger des faits dans un tel contexte, il faut absolument se baser sur des éléments de preuve concrets. Et sur cette base, l’examen de l’arrêt permet de considérer comme établi par un tribunal

  1. que le journaliste qui a signé le reportage, Charles Enderlin, n’était pas sur les lieux;
  2. que le reportage ne repose que sur le matériel et le témoignage d’un caméraman palestinien travaillant de manière autonome et seul, parmi plusieurs caméramans professionnels sur les lieux, à avoir filmé la fusillade en question;
  3. que les Palestiniens présents consacraient beaucoup de temps et d’efforts à mimer des scènes de guerre, que les caméramans filmaient d’ailleurs volontiers;
  4. qu’il n’existe pas, contrairement aux affirmations publiques répétées de Charles Enderlin, d’images de l’agonie de l’enfant;
  5. que les balles censées avoir tué l’enfant et blessé son père ont été recueillies par le caméraman de France 2, mais ne sont jamais réapparues;
  6. qu’il n’y a aucune trace de sang sur le site qui puisse correspondre de près ou de loin à la description des blessures de l’enfant;
  7. que les blessures du père de l’enfant pourraient fort bien provenir de coups de hache qu’il avait subis six ans auparavant et qui avaient été soignés dans un hôpital israélien.

Et nous venons de voir que la situation des personnes concernées ne permet pas de considérer leur témoignage comme «parfaitement crédible». Il ressort donc d’une lecture attentive de l’arrêt de la Cour d’appel de Paris, que l’icône de l’intifada est très vraisemblablement une supercherie et que celle-ci n’aurait pas pu s’imposer sans de graves négligences des représentants des médias.

Pour les développements intervenus depuis cet arrêt, voir debriefing.org

Le cas Ulfkotte et les dangers discrets de l’islamisme

Commençons par ce communiqué surréaliste publié hier par le Ministère de la Justice de Mainz, en Allemagne (je traduis):

Les investigations effectuées ce week-end par la police criminelle de Coblence ont permis d’identifier les auteurs d’une vidéo hostile à l’Islam qui avait été diffusée en ligne, sur youtube, le 20 juin 2008.

Les suspects sont un homme de 22 ans et son amie de 23 ans, tous deux de Gelsenkirchen (…) Les deux suspects ont avoué les faits qui leur sont reprochés (…) Aucun élément ne permet de lier l’affaire à l’extrême-droite.

Non, contrairement à ce que laisse entendre cet étrange communiqué, la police allemande ne lance pas, d’ordinaire, des enquêtes criminelles contre les auteurs de vidéos anti-Islam diffusées sur youtube. Le procureur qui l’a signé a seulement «oublié» de préciser pourquoi cette affaire a pu être confiée à la police criminelle. Et là réside tout l’intérêt de ce fait sinon seulement divers.

La femme qui s’exprimait sur les (deux, semble-t-il) vidéos en question prétendait être Doris Ulfkotte, l’épouse du juriste et criminologue allemand Udo Ulfkotte, auteur notamment de nombreux ouvrages, dont certains sur l’islamisme. Or ces vidéos étaient si virulentes et ont eu tant de succès (on parle de 140.000 visionnements et 4500 commentaires en quelques heures) que les Ulfkotte sont depuis lors littéralement submergés de menaces de mort et vivent sous une lourde protection policière. D’où leur plainte et l’enquête, qui vient d’aboutir, semble-t-il.

Mais les Ulfkotte ne sont pas au bout de leurs peines. Si les vidéos ont disparu de la toile, personne ne paraît se soucier de disculper le couple allemand auprès des dizaines de milliers de Musulmans en colère dont beaucoup ont juré de les traquer jusqu’à la mort. Il faut savoir qu’une récente enquête commanditée par le Ministère allemand de l’Intérieur a révélé qu’un Musulman allemand sur quatre est prêt à faire usage de violence contre les non-Musulmans.

D’autre part, aucune organisation islamique ou turque n’a daigné informer ses membres de l’affaire. Aucun politicien n’a jugé judicieux de se porter garant de la bonne foi des Ulfkotte. La presse allemande est extrêmement peu intéressée, pour user d’un doux euphémisme. Et nous avons vu plus haut que la Justice est elle aussi très avare d’explications à cet égard. Pour l’instant en tout cas. De sorte que seule une infime fraction des assassins potentiels lancés à leurs trousses a été informée de la chose. Seul point positif:

Ces derniers jours, un grand coup de main est venu de l’étranger (un politicien suisse a offert un refuge, de même qu’une grande organisation chrétienne des États-Unis) ainsi que des rangs de la police.

La police, qui en est réduite à enquêter individuellement, longuement, sur des centaines de cas de menaces proférées anonymement sur Internet. Les Ulfkotte en ont certainement pour des années de danger constant. Tous les gens qui sont tentés d’enquêter sur l’islamisme vont sentir un nuage noir de plus se former au-dessus de leur avenir. Les organisations islamiques ne trouveront bien sûr aucun intérêt à freiner cette évolution. Les politiques et les journalistes auront d’autant plus peur de jouer les héros. Et après?

UPDATE: Un premier politicien, Hans-Jürgen Irmer (CDU, chrétien, conservateur) s’engage en faveur des époux Ulfkotte en faisant adresser le communiqué suivant à la presse (je traduis):

Irmer appelle au soutien en faveur des Ulfkotte
Les associations musulmanes doivent se distancier des menaces de mort

Le député CDU (…) Hans-Jürgen Irmer qualifie d’intolérable le fait que des milliers de menaces de mort aient été proférées par Internet contre l’ex-rédacteur de la Frankfurter Allgemeine Zeitung et auteur Udo Ulfkotte après la publication sur le site Youtube de déclarations hostiles à l’Islam faussement attribuées à son épouse. Il a été établi entre-temps qu’il s’agissait d’une supercherie, réalisée au détriment des époux Ulfkotte.

Ulfkotte est certes bien connu pour ses positions très critiques envers l’Islam, positions qu’Irmer partage personnellement. Mais cela ne saurait, en aucunes circonstances, justifier des appels au meurtre, des incitations à l’attentat ou des menaces de quelque nature que ce soit. Irmer dit avoir la certitude que la majorité des musulmans n’acceptent pas cette attitude. Les associations musulmanes régionales mais aussi nationales apporteraient une aide et un soutien bienvenus aux Ulfkotte en se distanciant de manière univoque de ces appels au meurtre.

Ces associations sont donc instamment priées de signaler clairement sur leurs sites Internet que le recours à la violence pour résoudre un litige est également exclu du point de vue islamique.

Par la même occasion, le député CDU appelle les autorités politiques berlinoises ainsi que le ministre de l’Intérieur à faire savoir aux organisations musulmanes, dans le cadre de leur dialogue politique, qu’on ne peut tolérer sans réaction ni commentaire qu’un citoyen allemand soit la cible de propos diffamatoires et de menaces de la part de citoyens turcs.

«Il faut agir avant que les choses ne s’enveniment», souligne le député CDU. «Si, n’importe où dans notre République, le président d’une association islamique était menacé de mort sur Internet par des radicaux de droite, on verrait des manifestations et on entendrait des discours de solidarité et des cris d’indignation dans tout le pays — et ce à juste titre. Il doit en être de même dans la situation inverse.»

UPDATE: Un autre responsable politique allemand, Wolfgang Bosbach, vice-président du groupe parlementaire CDU/CSU, a offert son soutien aux Ulfkotte. Entre-temps, les auteurs des vidéos qui ont mis le feu aux poudres en appelant au meurtre de masse contre les citoyens allemands d’origine turque ont été remis en liberté par le juge chargé de l’affaire et doivent donc également être protégés par la police…

UPDATE: Les vidéos des deux jeunes idiots qui, entre deux crises de fou rire, prônent le gazage ou l’abattage de tous les Musulmans d’Europe et se sont fait passer pour les Ulkotte peuvent être visionnées sur un blog, à cette adresse:
http://akkaly.blogspot.com/2008/06/trkei-gewinnt-gegen-kroatien-stimme-der.html

Un exemple:

Il est évident que ces gens n’ont rien à voir avec les Ulfkotte, ni par leur personne (ils sont beaucoup plus jeunes que les Ulfkotte), ni par leur message (très café du commerce après l’heure de fermeture), ni par la forme de leur communication. Il est donc extrêmement douteux que les auteurs des menaces de mort aient pu croire sincèrement qu’il s’agissait des Ulfkotte.

UPDATE: Une ONG pour les victimes des foules multiculturelles en colère?

Le dossier à charge contre le parti turc au pouvoir

par Michael Rubin
The American, 20 juin 2008
VO: http://www.meforum.org/article/1924

Cet été, la Cour constitutionnelle turque décidera si le Parti de la justice et du développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan a violé les «principes d’une république démocratique et laïque» qui servent de fondements à la constitution turque et s’il devrait être banni de la scène politique. La majorité des officiels turcs, dans l’ensemble de l’éventail politique, s’attendent à ce que la Cour se prononce en défaveur de l’AKP et donc qu’elle dissolve le parti et exclue Erdoğan et ses plus proches assistants pour au moins cinq ans.

Bien que le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères Ali Babacan ainsi que des conseillers influents de l’AKP aient tenté de présenter cette démarche comme une exagération injustifiée d’un litige portant sur le port du voile dans les hautes écoles publiques, voire comme un «coup judiciaire», l’affaire est tout à fait justifiée.

Les partisans d’Erdoğan présentent souvent son soutien au processus d’adhésion à l’Union européenne comme une preuve de son libéralisme politique. Mais en fait, Erdoğan s’est servi du processus de rapprochement de l’UE pour démonter le système turc de contrôle mutuel. Il ne se préoccupe guère des institutions de l’UE: lorsque la Cour européenne des droits de l’homme confirma l’interdiction du voile dans les écoles publiques – interdiction également confirmée plus tard par la Cour constitutionnelle turque – Erdoğan fustigea les juges européens pour avoir appliqué une loi civile à une question religieuse et déclara: «Il est incorrect que des gens qui n’ont aucun lien avec ce domaine [de la religion] prennent une telle décision (…) sans consulter des experts religieux.»

L’encouragement des réformes turques par l’Europe a joué un rôle important. Dans une démocratie arrivée à maturité, l’armée doit rester à l’écart de la politique. Et Bruxelles mérite des applaudissements pour avoir fait pression sur la Turquie afin qu’elle réforme son Conseil de la sécurité nationale et donne à cet organe puissant une majorité de civils et une direction civile. Mais en omettant d’encourager la création d’un nouveau mécanisme de contrôle mutuel pour remplacer le rôle traditionnel de l’armée comme gardien de la constitution, l’UE a commis une faute diplomatique. Erdoğan a saisi cette occasion pour négliger la laïcité et la démocratie turques.

En effet, en dépit de ses airs laïques, libéraux et démocratiques, l’AKP est tout le contraire. Babacan a ordonné aux officiels turcs de supprimer les références à la laïcité d’une présentation de la position turque dans le cadre de négociations avec l’UE sur la politique de l’éducation. Dans sa politique intérieure, l’AKP a placé la religion avant la loi. Longtemps, la Turquie a réglementé les écoles coraniques complémentaires, y a vérifié les qualifications des enseignants et imposé des limites d’âge, afin de prévenir l’endoctrinement. Lorsque les mollahs saoudiens faisaient leur tournée de promotion de l’Islam radical en Europe, au Moyen-Orient et en Asie central, ils évitaient généralement la Turquie. Ce n’est plus le cas. Non seulement l’AKP a assoupli les contraintes imposées aux écoles religieuses, mais elle a ruiné les possibilités de sanctions en cas de violations, ce qui a conduit des madrasas illégales à faire de la publicité ouvertement.

D’autre part, en matière de consolidation de son pouvoir, Erdoğan est devenu le Vladimir Poutine turc. À peine entré en fonction, Erdoğan s’est attaché à baisser l’âge de la retraite des fonctionnaires, de 65 à 61 ans, ce qui a permis à son parti de désigner près de la moitié des procureurs et des juges de la nation. Grâce à des jeux d’influence, le Premier ministre a transformé des organes technocratiques tels que le Fonds de garantie de dépôts (TMSF), un organisme disposant du pouvoir de saisir des entreprises privées et des médias, en de véritables ailes du parti. Le personnel du TMSF est maintenant presque entièrement composé de candidats désignés par des institutions financières basées en Arabie Saoudite.

Auparavant, les postes clés des ministères et des départements gouvernementaux dépendaient d’examens de compétences liés à la fonction publique. Entre-temps, Erdoğan a imposé un processus subjectif d’interviews qui lui permet de favoriser des alliés politiques. La pratique s’étend aux entreprises détenues par l’État; Turkish Airlines, par exemple, a commencé à faire subir des tests de connaissance du Coran à son personnel. Les femmes en ont le plus souffert. Comme le relève l’analyste Soner Çağaptay dans Newsweek, «sous l’AKP, les femmes sont largement exclues des positions décisives du gouvernement et du monde du travail, et sont confinées dans leur foyer».

L’AKP a même recouru à des enregistrements des conversations de ses rivaux politiques. À la fin du mois passé, Vakit, un journal islamiste proche de l’AKP, a publié une telle conversation entre l’adjoint du leader de l’opposition et un gouverneur. Cette anecdote, que les médias turcs ont qualifiée de «Watergate turc», a jeté un grand froid dans l’élite laïque turque.

L’AKP a aussi cherché à réduire la puissance de l’appareil judiciaire turc. En mai 2005, le co-fondateur de l’AKP et président du Parlement Bülent Arınç déclara que si la Cour constitutionnelle turque continuait de qualifier d’inconstitutionnelle la législation de l’AKP, celui-ci pourrait fort bien la dissoudre. Lorsque le Danıştay, l’équivalent turc du Conseil d’État français, a émis un jugement opposé à la saisie d’une banque par le gouvernement et au transfert, par Erdoğan, de sa filiale européenne à un allié politique, le Premier ministre ignora l’arrêt.

Contrairement aux affirmations de l’AKP, la décision que la Cour constitutionnelle turque prendra vraisemblablement cet été ne marquera pas la fin de la démocratie turque, mais plutôt sa renaissance. Et Erdoğan aussi entamera un nouveau chapitre. Même s’il était exclu de la scène politique, une bizarrerie du système électoral turc lui permettrait de se présenter en qualité d’indépendant. En d’autres termes, Erdoğan pourrait se retrouver à la tête d’une équipe d’autres anciens de l’AKP dans la fonction de Premier ministre indépendant.

Ici, il s’agit moins d’ambition que d’immunité. Si Erdoğan quitte le parlement, il devra faire face à une multitude d’accusations de corruption. En accumulant son immense fortune, il a refusé de publier des chiffres financiers complets. Aujourd’hui, avec le compte à rebours qui affecte sa fonction de Premier ministre, Erdoğan a renoncé même à l’apparence de la légalité. Il s’est servi de la majorité parlementaire de l’AKP pour bloquer l’enquête sur une récente opération du TSMF par laquelle un journal et une chaîne TV de l’opposition ont été vendus à un allié d’Erdoğan grâce à une intervention illégale de sa part [NdT: voir aussi Nouveau en Turquie: la politique médiatique islamiste modérée]. Le 18 juin, Fatih Altaylı relatait dans Habertürk que l’entreprise énergétique autrichienne OMV a produit une déclaration sous serment affirmant qu’Erdoğan avait indiqué à OMV qu’elle pouvait débloquer un projet énergétique de trois milliards de dollars en remplaçant son partenaire turc de longue date par son beau-fils.

On ne s’étonnera donc pas outre mesure d’apprendre qu’Erdoğan a passé ce qui pourrait être ses dernières semaines de Premier ministre à nommer des alliés politiques au Sayıştay, la Cour des comptes turque, qui enquêtera bientôt sur son comportement.

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