Alain Jean-Mairet » Jimmy Carter dans le texte

Jimmy Carter dans le texte

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À mon avis, ce qui est fait aux habitants des territoires palestiniens est très proche, voire pire dans certains cas, que ce qui est arrivé aux Noirs en Afrique du Sud.

La comparaison, chez un homme aussi expérimenté, n’est pas innocente. Carter veut laisser entendre que la situation procède d’un racisme anti-palestinien. Mais si les Palestiniens ont une race, c’est la race arabe, et celle-ci ne limite en rien l’accès aux institutions étatiques israéliennes (même pas à l’échelon du gouvernement). Et même les Palestiniens n’ont guère de problèmes d’Apartheid en Israël: selon le Ministère israélien chargé d’administration la population intérieure, quelque 151.000 Arabes ont reçu la nationalité israélienne (notamment via le regroupement familial) entre 1993 et 2003, et l’écrasante majorité d’entre eux venaient des territoires palestiniens (consulter cette référence et des dizaines d’autres au moins aussi instructives dans cette étude sur le million de Palestiniens fantômes).

Ici, clairement, Carter s’écarte des faits et du discours objectif pour susciter des émotions malsaines. En même temps, il oublie, ou fait semblant d’oublier, que le projet d’État islamique du Hamas implique bel et bien, lui, l’instauration d’un apartheid, où seuls les Musulmans auront des pleins droits. Un homme tel que lui peut-il ignorer ces choses? Et s’il les ignore, peut-on le lui pardonner, comme au premier quidam venu?

Je n’ai pas comparé les tirs de missiles palestiniens avec du terrorisme.

Pour Carter, le fait de viser des villes à l’aide de missiles rudimentaires n’est pas du terrorisme. C’est tout au moins ce qu’il dit ici, en s’adressant à un public musulman. Peut-être sait-il que pour les intéressés, c’est souvent un moyen d’arrondir les fins de mois.

Mais quand les Palestiniens commettent des actes terroristes, je veux dire en allant se faire exploser dans un bus plein de civils, ou en effectuant des opérations [le nom que les Palestinens donnent à leurs attentats – éd.] visant des femmes et des enfants, [hésitation] ces actes suscitent un rejet des Palestiniens parmi ceux qui se soucient de leur sort. Cela écarte la sympathie et le soutien du monde pour le peuple palestinien. C’est pourquoi j’ai dit que les actes de terrorisme, tels que ceux que je viens de décrire, sont suicidaires pour la popularité et le soutien de la cause palestinienne.

Carter estime que les Palestiniens devraient renoncer au terrorisme suicidaire parce que cela nuit à leur cause, à leur réputation. Pas parce que ce serait mal en soi, mais parce que cela donne d’eux une mauvaise impression dans le monde, que cela entame leur capital de sympathie. Le message sous-entendu est que Carter, lui, peut pardonner ces actes et considère comme une simple optimisation le fait d’y renoncer. Il se plaint en fait d’être entravé dans son propre effort en faveur de la cause palestinienne.

Dans mon livre, je parle de la violence des deux camps, et je décris très soigneusement et précisément le nombre de victimes parmi les Palestiniens et les Israéliens, y compris les enfants. Le nombre d’enfants palestiniens qui perdirent la vie à cause de la violence est cinq fois plus élevé que le nombre d’enfants israéliens. Et je condamne ce type de violence des deux côtés.

D’abord, Carter établit une équivalence morale entre la violence palestinienne (sciemment dirigée contre des civils pris au hasard) et la violence israélienne (sciemment dirigée contre des auteurs d’actes criminels). Puis, en comparant dans le même souffle le nombre d’enfants tués de part et d’autre, il désigne clairement la soi-disant culpabilité d’Israël, tout en se plaçant dans le rôle du chevalier blanc. 

Il passe ainsi sous silence la puissante aspiration à mourir des gens qui acceptent l’idéologie islamiste prônée par le Hamas. Pour ce mouvement fondamentaliste, comme pour le prophète de l’Islam avant lui, la meilleure chose que puisse faire un croyant est de mourir au combat dans la voie d’Allah. Et le fait que les Palestiniens aient massivement porté le Hamas au pouvoir prouve assez l’importance de cette idéologie dans les territoires ces dernières années. Israël peut-il être rendu responsable du suicide collectif – terroriste, moral, éducationnel et économique – de ces gens? Le chevalier Carter semble le penser.

En janvier dernier, après les élections et la victoire du Hamas, je me suis rendu à Londres pour rencontrer le Qaurtette international. Je les ai exhortés à n’imposer aucunes sanctions économiques contre le peuple palestinien. Mais ils décidèrent tout de même de le faire. Lorsque des solutions de remplacement furent proposées par les pays arabes et les Nations unies, les États Unis rejetèrent ces initiatives et refusèrent de transférer des fonds aux Palestiniens.

Je pense que la raison était que les États Unis voulaient faire tomber le Hamas, ils croient que s’ils punissent le peuple palestinien sévèrement, les Palestiniens changeront d’avis. Je ne sais pas dans quelle mesure cela est juste, mais il n’est ni légal, ni adéquat, ni moral de priver un peuple entier des moyens de première nécessité parce qu’ils ont participé à un processus démocratique et ont voté librement.

Carter parle comme un propagandiste palestinien chevronné: le terrorisme omniprésent est excusable et ne révèle d’aucune manière le mental des gens qui le soutiennent (comme si on pouvait approuver de tels actes et être sinon parfaitement raisonnable), les sanctions sont toujours dirigées contre «le peuple» (victimisation) et non contre les dizaines de milliers de gens qui, dans cette région, se consacrent à l’un ou l’autre métier des armes ou de la guerre, sans respecter aucune des conventions en la matière, ou qui répandent la haine raciste jusque dans les écoles.

En outre, cet homme qui se fait passer pour un spécialiste des processus démocratiques semble penser que la démocratie se résume à la loi de la majorité – oubliés les droits individuels, la primauté de l’État de droit, la société civile: si une majorité gavée de propagande religieuse frelatée veut le terrorisme, le djihad et la dhimma, c’est-à-dire l’antithèse de ce qui rend la démocratie possible, soit. Et avec le sourire.

Cet individu n’est pas honnête: il se fait passer pour un observateur impartial, mais il a clairement choisi un camp. Et ce n’est ni celui de la paix, ni celui du progrès.

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