Alain Jean-Mairet » Plainte contre la TSR – les profondeurs du débat

Plainte contre la TSR – les profondeurs du débat

Voir aussi: http://www.ajm.ch/wordpress/?p=688 

Deux heures et 15 minutes. C’est à peu près ce qu’a duré la séance de conciliation réunissant autour d’Emmanuel Schmutz, le médiateur de la TSR, d’une part, sur sa droite et dans l’ordre, Blaise Rostan, le juriste de la TSR, Daniel Monnat, le rédacteur en chef des magazines d’information de la TSR, Anne-Frédérique Widmann, productrice de Temps Présent, et une membre du service juridique qui assistait simplement à la séance, et, d’autre part et sur sa gauche, trois signataires de la réclamation, dont votre serviteur, et une signataire (parmi quelque 140 à ce jour) de la lettre ouverte (que vous pouvez signer par simple courriel à cette adresse).

Après un bref rappel des faits, au cours duquel il admet avoir en fait «exigé» que cette séance ait lieu, sous peine de compromettre gravement la simple entrée en matière, plus tard, de l’Autorité indépendante d’examen des plaintes (AEIP), le médiateur souhaite commencer par donner la parole aux représentants de la TSR, afin de leur donner l’occasion de prendre position. Comme nous avons de notre côté déjà largement exposé nos vues dans notre réclamation et notre lettre ouverte, nous ne pouvons guère émettre d’avis opposé et nous préparons donc à un long pensum.

Le juriste laisse entendre qu’il est fort peu usuel que le débat soit rendu public, sur Internet, et mené aussi lestement. Nous sommes ainsi priés de comprendre, surtout certain, que nous avons manqué, pour le moins, de courtoisie. C’est fort possible, mais n’est-il pas autrement plus grave de faire montre de courtoisie envers des terroristes et leurs propagandistes? Et sans le public, où serait le débat? Il faut certes craindre les réalités dangereuses, mais il ne faut pas avoir peur des mots.

Monnat prend ensuite la parole pour relativiser la portée de nos critiques. Il conteste ainsi que l’émission ait donné de Bechara une image flatteuse, explique que l’expression «perle rare» utilisée en introduction de l’émission ne se référait qu’à la possibilité qu’elle aurait donné à l’équipe de Temps Présent d’approcher aisément le Hezbollah. Ah, le Hezbollah, cette organisation si secrète qui présente pourtant ses propres défilés militaires sur sa propre chaîne de télévision et qui gère plus de sites Internet que la TSR.

Mais en fait, d’une part, ce qualificatif n’était que l’un d’une série où il s’inscrivait très harmonieusement (voir notamment dès 04:00, et surtout 04:20, où Bechara est dite «accueillie en triomphe par toute une nation» et «héroïne pour toujours»). Et d’autre part, les journalistes romands n’ont pas pu approcher le Hezbollah, justement – ils n’ont pas vu un seul combattant, alors que le monde entier sait qu’il y en avait suffisamment, et suffisamment bien équipés, pour tenir tête à l’une des meilleures armées du monde. Étrange, non, pour des gens qui disposaient d’une «perle rare» pour les guider? D’autres journalistes y sont pourtant parvenus, sans s’aider d’une terroriste non repentie. Ainsi, qualifier cette femme de «perle rare» est tout à fait inapproprié également sous l’angle choisi par les professionnels de la TSR.

Monnat aborde dans ce même esprit la remarque de notre réclamation consacrée au fait que le Hezbollah n’a prévu aucune protection pour ses civils, contrairement aux Israéliens, où nous voulons voir la preuve que le Hezbollah ne se soucie nullement des vies des civils, des siens non plus, ce qui infirmait à nos yeux l’affirmation de la représentante de HRW, selon laquelle les combattants du Hezbollah n’auraient, d’une part, pas besoin de boucliers civils puisqu’ils disposaient de bunkers et d’autre part, certainement pas mis en danger les civils du Sud-Liban puisqu’il se serait agit de leurs proches. Nous aurions tort, selon Monnat, d’interpréter ce fait de la sorte dans ce contexte. Je renonce à élucider la logique proposée par ce haut responsable de l’information du principal média francophone de notre pays et renvoie plutôt à ce rapport d’enquête – une enquête authentique, et pas de simples questionnements de passants anonymes – sur l’utilisation des civils par le Hezbollah.

La parole ne tarde pas à être remise à Widmann, qui va la conserver jusqu’à ce que nous devions signaler qu’à temps de parole égal, nous allions y passer au moins toute la nuit. Elle aborde de nombreux éléments de notre réclamation, souvent à plusieurs reprises. Il serait fastidieux de suivre ces points dans l’ordre chronologique, je vais donc un peu grouper les choses et mettre l’accent sur les éléments instructifs de sa démonstration.

D’abord, un peu de théorie militaire pour lever d’emblée une confusion très répandue à propos des «cibles civiles» dont il est souvent question lorsqu’il s’agit de laisser entendre qu’Israël et le Hezbollah agissent de manière équivalente. Il n’existe pas de «cibles civiles» en situation de guerre. La notion utilisée par les troupes respectant les conventions de Genève est celle de «légitimité». Toute cible est légitime dès lors qu’elle est utilisée par l’ennemi pour combattre. Le point déterminant n’est pas la destination usuelle d’une cible, mais le fait qu’elle soit utilisée ou non à des fins militaires lorsqu’elle est prise pour cible.

Ainsi, ce peut fort bien être un pont utilisé pour transporter du matériel militaire (notamment, en l’occurrence, depuis la Syrie), des maisons familiales dont une pièce abrite un lance-missile, voire un hôpital servant de repère à des tireurs embusqués. Il appartient aux militaires de faire preuve de proportionnalité à cet égard – naturellement, un simple tireur embusqué ne saurait motiver un bombardement aérien détruisant tout l’hôpital, mais si la riposte entraîne des victimes innocentes, la responsabilité en incombe à ce tireur, en raison du choix de sa position, et non à ceux qui le prennent pour cible. Et seul un pont vraiment détruit cesse d’être utilisable par un convoi militaire. Et il faut des charges puissantes pour mettre sûrement hors d’état des lance-missiles installés dans des maisons individuelles ou pour détruire des stocks de matériel enterrés – sciemment – sous ces maisons. Et aucune limite n’est fixée par le droit de la guerre à l’ampleur des efforts d’un État cherchant à détruire l’infrastructure militaire ennemie en situation d’agressé.

Le reste est affaire de politique, voire de propagande, justement, lorsqu’on omet régulièrement de signaler que certaines situations découlent directement de choix stratégiques de l’un des adversaires ou que seul l’autre s’efforce d’en amoindrir les retombées fâcheuses pour la population civile.

Autre confusion usuelle du discours de Widmann: elle affirme volontiers, et avec un air de sincérité facile, ne pas défendre le terrorisme. Évidemment. Même les islamistes ne défendent pas le «terrorisme» (ils en parlent comme d’une forme de martyre). Mais en occultant certains aspects du Hezbollah, ou en établissant des équivalences fallacieuses avec l’armée israélienne, elle n’en fait pas moins la propagande de terroristes.

Elle prétend aussi à plusieurs reprises avoir évoqué tous les éléments du problème et ainsi avoir fourni tout le nécessaire pour se faire une opinion fondée. Mais elle doit pour cela faire abstraction de tous les critères qualitatifs ou émotionnels accompagnant ces éléments et ceux-ci sont aisément dominants dans un document multimédia. En situation, en tenant compte du ton (plaintif, enthousiaste, affirmatif, douteux), de la manière de présenter les choses, de choisir les images et les commentaires, de marier et d’ordonner chronologiquement l’ensemble, on se rend compte que ses présentations sont très déséquilibrées (voir notamment, plus bas, le paragraphe consacré aux scènes «israéliennes» de son reportage).

Elle mélange aussi volontiers, jusqu’au sophisme, les critères de valeur pris en compte ordinairement par les journalistes. Ainsi, elle veut pour preuve de la qualité de son travail le fait que les avis soient très partagés à son sujet. Certes, la critique, même acerbe, signale souvent, dans le journalisme, un travail qui touche un thème intéressant, méritant un traitement approfondi. Mais la critique ne peut constituer un signe positif que si elle porte soit sur le sujet traité lui-même, soit sur le simple fait que ce sujet soit traité, mais certainement pas lorsque la qualité du travail journalistique lui-même se trouve sous le feu de la critique.

Ce genre de sophisme se révèle aussi dans sa manière de clamer des contre-vérités flagrantes avec l’accent de la certitude: la pensée de Bechara serait clairement distinguée du commentaire, dit-elle, oubliant les nombreuses occurrences de mélange patent relevée dans la réclamation. Elle choisit l’exemple de Gandhi: «À maintes reprises, on […] demande [à Bechara] de justifier ses choix, notamment sur le recours à la violence.» L’équipe, contrairement à l’impression suggérée par notre réclamation, ne laisserait justement pas Bechara se comparer à Gandhi: «C’est exactement l’inverse qui a lieu», s’offusque-t-elle. Et d’expliquer que Bechara a, en effet, justifié son action en disant, je cite Widman, «J’aurais bien aimé mener une résistance à la manière de Gandhi, mais on est arrivé à un moment donné de dire, s’il ne nous reste que notre corps, on est prêt à résister avec ce corps.»

Oui, mais l’équipe de la TSR appuie alors les paroles de Bechara (03:05-20) par des images de chars israéliens faisant feu, comme sur elle, dont l’image a disparu de l’écran. Et c’est le commentaire, ensuite, qui nous dit à quel point Bechara s’est montrée courageuse et altruiste en choisissant le pistolet plutôt que la bombe. Et Bechara, en fait, comme il faut patienter quelques minutes (06:00) pour l’apprendre, dans un autre contexte, n’a pas attendu d’être privée de quoi que ce soit pour décider de tuer: «J’ai pas voulu [aussi] attendre que ma famille soit humiliée quotidiennement. J’ai pas attendu que ma famille soit assassinée [pour intégrer la résistance]», dit-elle dans le reportage. Bechara n’a rien d’une Gandhi, pas la moindre fibre, elle a choisi de tuer, d’assassiner froidement, par conviction politique, ou par haine, pas par privation ou par «résistance» – ses paroles sont purement gratuites et Widmann détient tous les éléments permettant de le montrer. Mais elle choisit de soutenir le discours de cette terroriste.

Elle poursuit en disant que la séquence chez les parents montrerait que ceux-ci ne sont pas des extrémistes. Elle ment ou se trompe gravement ici en disant que le discours extrémiste dont la mère dit que Bechara l’a entendu toute son enfance aurait provenu du «Sud-Liban». Ce que la mère – une réelle victime, elle – dit, c’est que ce discours, Bechara l’a entendue «dans cette maison», ce qui prouve bien que nous avons ici affaire à une maison d’extrémistes. Que Widmann ignore cet aspect au point de tenter d’en faire un argument en faveur de sa thèse ne relève plus de l’explication de texte.

Puis elle admet qu’aucun Israélien ne s’exprime dans le reportage et dit qu’il s’agit d’un «choix», comme si cela constituait en soi une justification. Elle précise qu’elle n’a pas interrogé «non plus» d’«élus du Hezbollah» ni «d’autres composantes partisanes du Liban». Mais le reportage donne la parole à un homme présenté comme un dirigeant du Hezbollah. Et à de nombreux partisans affichés du Hezbollah: Bechara elle-même («j’ai tout le respect pour ce parti»), sa famille, son ancienne amie de détention, des familles de combattants, le maire d’une commune sunnite qui monnaie son soutien au Hezbollah, des passants qui affirment l’inexistence de combattants dans des maisons détruites par Israël, des gens qui fêtent la «victoire» du Hezbollah à Beyrouth, des gentils scouts. Pour Widmann, tout cela n’est pas partisan, c’est simplement son choix. Voilà. Un choix qui semble convenir à la TSR, puisque Widmann y occupe un poste important dans la plus prestigieuse émission d’information et qu’elle y est soutenue par le rédacteur en chef.

Le florilège continue: selon elle, le reportage montrerait clairement que les civils israéliens ont également été touchés. HRW aurait même insisté sur ce point de manière «très véhémente» en signalant que les combattants du Hezbollah «ne pouvaient pas ne pas savoir» qu’ils toucheraient «également» des civils. Mais la vérité est que le Hezbollah visait sciemment des objectifs dont ils savaient pertinemment qu’ils ne constituaient aucune menace militaire pour eux, donc illégitimes au sens du droit de la guerre. Ne pas préciser cela équivaut à mettre en équivalence le criminel et le policier, l’assassin et le soldat, le brigand et le chevalier. Comme le souhaitent les islamistes. Dans la vision des choses de ces combattants, tout Israël est une cible légitime, d’une part parce que la société israélienne entière est considérée comme une entité militaire et d’autre part parce que l’État d’Israël se situe sur une terre conquise autrefois par des Musulmans, ce qui en fait un territoire islamique jusqu’au Jugement dernier.

Entre parenthèses, démontrer cela, indiquant ainsi que plus les gens de la région sont de fervents Musulmans, plus ils sont portés à haïr Israël, ou à favoriser la montée au pouvoir de mouvements théocratiques, tels que le Hezbollah («parti de Dieu») guidés par la sharia et donc par définition ennemis d’Israël (la sharia est parfaitement consensuelle sur la nécessité du djihad dans un tel cas), aurait permis d’éclairer un peu les causes des troubles et des haines dont souffre le Liban depuis des décennies. Mais Widmann a fait un autre «choix».

Le reportage «renvoie chacun à ses responsabilités», dit Widmann. Mais en établissant une telle équivalence entre Israël et le Hezbollah, sans entrer le moins du moins en matière, volontairement, dans les intentions et les motivations des protagonistes, cette femme fausse les faits de manière tout à fait insupportable. La vérité est que le Hezbollah ne respecte aucune règle des conventions de Genève, systématiquement, et que cet aspect en fait usuel n’est jamais mentionné que pour établir une équivalence avec les actions d’Israël dont il faut oublier de mentionner des éléments majeurs et omettre de les placer dans le contexte correct des législations valables en la matière pour donner cette impression d’équivalence. Il y a là une tromperie manifeste pour qui pose un regard éclairé sur l’image produite par les faits. Il y a là une propagande caractérisée. Une propagande qui profite à des terroristes, à des gens qui rêvent à haute voix de détruire la civilisation occidentale pour la remplacer par le régime le plus totalitariste jamais inventé. Il y a là une participation au pire effort de subversion anti-démocratique depuis le communisme.

Et ces absences, ces omissions, ce qu’il faut même appeler des demi-mensonges, pour des professionnels de l’information, à qui l’on a répété sans doute des dizaines de fois, pendant leur formation théorique et pratique, qu’ils devaient vérifier leurs affirmations (ou les présenter au conditionnel), qui, en plaçant Israël au niveau moral de la bande de terroristes hors-la-loi qui occupent militairement le Sud-Liban à l’heure actuelle, donnent de l’État juif une image d’agresseur et d’occupant. Une fois qu’on a permis de croire qu’Israël est l’équivalent d’un mouvement d’islamistes radicaux, il suffit de rappeler qu’Israël est un État puissant pour en faire un croquemitaine.

Et c’est verser dans une mauvaise foi indigne, après cela, que d’insister lourdement, comme Widmann l’a fait pendant la séance de médiation, sur le fait qu’elle a indiqué, à plusieurs reprises, la chronologie correcte de l’engagement des hostilités (le Hezbollah a enlevé deux soldats, puis Israël a riposté) pour se disculper d’avoir adopté une attitude partisane dans son exposé général de la situation.

Observons donc un peu, tout de même, le point de vue d’Israël. D’abord, le Hezbollah n’a pas «seulement» enlevé deux soldats israéliens, il en a aussi tué plusieurs. Et le Hezbollah avait passé des mois et des années auparavant à bâtir des infrastructures militaires souterraines et à doter les constructions civiles du Sud-Liban de caches d’armes et de lance-missiles dirigés sur Israël. L’armée israélienne le savait, bien sûr. Cela se faisait quasiment sous son nez et sous celui des troupes onusiennes. Après l’attaque de ses troupes, le commandement d’Israël devait, pour tenir son rôle, considérer un tel incident comme le signal d’une offensive, car il s’agissait d’un acte de guerre caractérisé.

Israël devait s’attendre à une attaque plus massive, c’est pourquoi les bâtiments piégés connus ont été visés aussi systématiquement que possible, après avertissement, afin d’empêcher le Hezbollah de tirer ses missiles depuis, rappelons-le, des constructions civiles, abritant sa propre population et qu’il avait transformées, sciemment, en autant de cibles légitimes au sens des conventions de Genève. Si les dégâts se sont concentrés au Liban, et surtout dans des infrastructures d’apparence civile, c’est parce que le Hezbollah, volontairement, avait pris une série de mesures dans ce sens. Et c’est cela qu’aurait pu expliquer un Israélien (par exemple l’ambassadeur d’Israël aux Nations unies, un homme dont personne ne met en doute la grande courtoisie) ou un quelconque observateur impartial à Widmann et aux autres responsables de la TSR s’ils avaient fait un «choix» plus flexible.

Widman ajoute aussi que «l’histoire de cette région est terriblement compliquée», pour expliquer, semble-t-il, que toute tentative d’approche historique plus complète et éclairante serait vaine. Puis de citer le détail des termes utilisés dans son reportage pour décrire l’enlèvement des deux soldats israéliens (en continuant d’oublier les victimes mortelles) et les 43 morts provoqués par les 4000 roquettes du Hezbollah. Et d’insister lourdement sur le fait que les quelques secondes d’images d’Israël présentées, avec ambulances et signes de destruction, indiquent clairement aux téléspectateurs que les Israéliens ont aussi souffert. Widmann en est sûre: «On a fait notre travail.»

Mais la vérité est que le reportage de Widman consacre deux séquences de 15 secondes aux malheurs des Israéliens, et que pendant la deuxième de ces séquences, par-dessus les bruits de sirènes et sur des images de civils qui s’enfuient en tous sens, on entend Widman dire la chose suivante (24:50): «Alors, terroriste le Hezbollah? Pour les Libanais du sud, il est aujourd’hui le seul groupe capable de défendre le pays, et ses combattants sont de vrais résistants. Mais comme le souligne Soha, dans le monde occidental, l’image du parti est totalement différente.»

Widman poursuit sur la question des boucliers humains pour se dédouaner en affirmant qu’elle a bel et bien posé la question à HRW et que HRW a bien répondu que, jusqu’alors, ils n’avaient pas pu corroborer cette piste, tout en affirmant avoir des preuves que le Hezbollah a opéré depuis des zones civiles. Cette contradiction flagrante échappe totalement, semble-t-il, à la journaliste, quand bien même elle cite elle-même ces paroles à haute voix pendant la séance de médiation. Et son attitude signale alors ostensiblement que cela constitue à ses yeux une procédure journalistique tout à fait irréprochable.

Mais c’est en principe aux accusateurs qu’il faut demander des preuves de leurs allégations. Et jamais elle ne s’est donné cette peine. Ni à l’époque, ni aujourd’hui, d’ailleurs, alors que les preuves, bien classées, illustrées, explicitées et complétées par des interviews de combattants du Hezbollah, étaient publiées à l’heure où elle s’exprimait.

Pour Widman, la question de ce qui est terroriste est «éminemment politique aujourd’hui». Ainsi, dit-elle, le Hezbollah est considéré terroriste par les États-Unis, par le Canada, par Israël et par le Royaume-Uni, mais pas par les pays de l’UE. Il est évident qu’en prenant des instances politiques pour référence, on aura un avis politique. Donc, poursuit-elle, il fallait tenter de comprendre comment ce «parti» est perçu au Liban, et ce serait comme un mouvement de résistance contre la menace israélienne. Voilà tout. Et Widman d’expliquer que justement elle a montré cela en donnant largement la parole, chez eux, à des éléments de la population qui soutenaient cette version des choses. Quoi de plus normal? Et de reprendre comme une vérité ultime et incontestée l’affirmation selon laquelle le Hezbollah aurait «rempli le vide laissé par le gouvernement libanais». Ils «reconstruisent, ils sont là, ils viennent en aide à toutes les communautés», chante Widmann au-dessus des têtes, en prétendant pouvoir dire cela tout en restant objective, simplement parce qu’elle se rend compte que le Hezbollah, par ce biais, cherche «à asseoir son pouvoir».

Suivent des explications sur l’absence totale de combattants dans son reportage. Widmann est franche: «Les combattants étaient invisibles.» Elle se répète même volontiers. À ce moment, un membre de notre délégation n’y tient plus et demande, doucement, si cela ne l’a pas surprise, tout de même? Léger brouhaha dont Widmann se sort en clamant qu’elle aurait dit «à trois reprises» que le Hezbollah est bien un mouvement militaire et que les téléspectateurs doivent donc savoir à quoi s’en tenir. Pour Widmann, seul le texte devrait donc décider du contenu de son reportage – la force des images, le choix des intervenants, des termes, des décors, du fond sonore et ainsi la présence massive des arguments pro-Hezbollah dans son travail devrait être largement compensée par la simple mention de la nature également militaire de ce parti.

Puis, la même femme qui vient de nous dire que le Hezbollah cultive le secret et ne lui a strictement rien appris sur ses activités armées, affirme, et répète, d’une voix allant crescendo, malgré notre parfait silence, que la famille qu’elle a filmée et chez qui on peut admirer plusieurs exemplaires des couleurs du Hezbollah, n’est vraiment pas membre du Hezbollah.

Widmann défend ensuite l’indépendance des deux organisations non gouvernementales que son émission consulte – Human Rights Watch et International Crisis Group – en relativisant l’influence du milliardaire George Soros sur leur programme d’action (elle dit en fait de lui qu’il n’a «aucune influence décisionnaire» sur HRW et qu’il n’est que l’un des 40 membres du comité directeur d’ICG) et en affirmant que ces organisations sont structurées de manière à ne dépendre d’aucun parti que ce soit – «leur crédibilité ne peut pas être mise en doute!» Suivent diverses réactions faisant état du temps qui passe et de la nécessité de structurer le débat, sur quoi Widmann se hâte de conclure.

Son reportage serait une «immersion dans une zone très particulière», le Sud-Liban. Mais on y aurait dit «très clairement» que le Liban ne se résume pas à cette région et que les opinions y sont très partagées. Il «était impossible», selon elle, de montrer aussi les autres aspects. Il est vrai que le rétablissement de l’équilibre de l’information eut été difficile après 40 minutes d’un tel portrait du Hezbollah. Mais pour Widmann, le fait d’évoquer la présence de voix opposées, par des gens dont la principale critique à l’égard du Hezbollah consiste à le présenter comme un «obstacle», doit suffire au téléspectateur pour comprendre à quel point son travail est équilibré.

À ce moment, l’un d’entre nous prend la parole pour tenter d’éclairer l’aspect à la fois le plus totalement occulté par l’émission et le plus dangereux pour l’influence sur l’opinion publique, à savoir celui de l’idéologie islamiste, pourtant manifeste, transportée par le Hezbollah. Mais Monnat l’interrompt bientôt au motif que cela n’aurait rien à voir avec l’émission puisque celle-ci, justement n’en parle pas et qu’une telle intervention témoignerait de la présence d’œillères chez le plaignant, lequel s’insurge aussitôt contre cette attaque personnelle, avec assez de succès pour que Monnat doive se taire et que Widmann doive tenter d’expliquer cette omission.

Pour cela, elle fait valoir qu’elle, «modestement», en tant que «simple journaliste», n’a pas constaté ces aspects «sur le terrain» et laisse entendre que nous devons disposer d’informations très pointues pour réagir ainsi à ces choses-là – une argumentation que reprendra d’ailleurs le médiateur dans son résumé, à la fin de la séance, et dont il faut s’attendre à ce qu’elle constitue la principale obstruction de la partie adverse pour empêcher que le thème de l’Islamisme ne soit abordé dans les débats.

Notre camarade cosignataire de la lettre ouverte, qui connaît bien la région et qui y a séjourné cet été, aborde alors la question du rapport entre l’impact des images animées, vivantes, de l’émission et celui, beaucoup plus faible, des simples mots. Ainsi, le fait de montrer Bechara se promenant les bras nus dans un village ou toutes les autres femmes sont en noir des pieds à la tête semble indiquer qu’il est possible sans autre à une Occidentale d’y conserver ses habitudes, ce qui, selon notre cosignataire, est totalement faux. Elle-même ne se déplace jamais dans cette région sans un châle noir qu’elle place sur sa tête et ses épaules pour éviter les regards désapprobateurs dans des villages comme celui-ci. Ainsi, dans l’ensemble, ce film donne aux téléspectateurs une image faussée de la vie dans la région. Non pas par ce qu’il dit, mais plutôt par ce qu’il tait.

Monnat reprend la parole pour nous dire que nous n’avons pas compris à quel type de reportage nous avons affaire. Il s’agirait ici d’une «immersion», et pas d’un travail d’analyse. Encore une fois, l’argumentation consiste à dire que tout ce qui approfondirait les motivations et les origines du conflit n’a pas place dans le débat, quand bien même ces éléments font partie du discours officiel usuel public des organisations comme le Hezbollah depuis de nombreuses années. La télévision aurait-elle peur de montrer ces informations au public?

Monnat se défend de ne pas parler des problèmes posés par l’Islam et évoque «deux Temps Présent» et plusieurs «Infrarouges» sur le sujet. Un plaignant fait valoir que le fait d’inviter un spécialiste chevronné comme Tariq Ramadan et de le placer face à un politicien suisse ne permet naturellement pas d’équilibrer un débat sur l’Islam – la télévision, dans l’ensemble, fait bien intervenir toutes sortes d’opinions, mais jamais de manière équilibrée. Ainsi, jamais la TSR n’a consacré une émission à l’approfondissement de l’idéologie de l’Islam radical, laquelle transporte un effrayant message d’antisémitisme.

Ce qui nous amène à l’intervention d’un autre plaignant, qui assume des responsabilités au sein de la communauté juive de Suisse et qui peut aligner des exemples éloquents montrant que l’antisionisme, dans notre pays, par un effet d’amalgame largement répandu, a bel et bien cédé la place, à l’heure qu’il est, au simple antisémitisme. Aujourd’hui, les Juifs de Suisse sont tenus responsables des malheurs des Palestiniens, et la pression augmente sans cesse. L’homme, explicitement, ne remet pas en cause la bonne foi de Widmann, mais estime qu’elle «n’a pas été prudente» avec cette émission et que cela procède de certains automatismes maintenant bien ancrés. À tel point qu’on entend des remarques totalement déplacées jusque dans certains Grands Conseils suisses et même à Auschwitz.

Et de rappeler l’affaire des ambulances du CICR. Pendant la guerre du Liban, le CICR a annoncé publiquement, à la télévision, que l’une au moins des ambulances de la Croix rouge libanaise avait été touchée «directement» par des missiles israéliens. Cette information a fait le tour du monde, et c’est bien normal, mais seuls les blogueurs, ensuite, ont diffusé des démentis, pourtant fort crédibles, alors que le CICR, au contraire, s’entêtait au point de faire disparaître des éléments de preuve mettant en évidence l’innocence d’Israël. Le fait que les médias jouent ce jeu encourage une majorité de leur public à croire qu’Israël, et par extension les Juifs, sont capables de tirer sur des ambulances. [Update: Entre-temps, HRW a publié ce qu’elle présente comme une «enquête approfondie» censée démontrer qu’il s’agissait bien de missiles. Et des blogueurs ont déjà soufflé sur ce château de sable, maintenant totalement effondré.]

J’ajoute ici, à titre personnel, que le pire de ces cas est sans doute celui du prétendu meurtre d’un enfant palestinien, Mohammed Al Dura, par les troupes israéliennes, une nouvelle manifestement fausse qui a massivement contribué à la flambée actuelle d’antisémitisme. Et aujourd’hui encore, alors qu’un dossier absolument dévastateur est librement disponible, aucun journaliste ne veut se risquer à simplement dire la vérité.

Mais Widmann est sûre de faire déjà tout le nécessaire. «Le vrai problème», pour elle, «ce ne sont pas les médias, c’est la réalité des combats sur le terrain». Mais Widmann veut ignorer qu’une grande partie des images les plus parlantes sur la guerre du Liban de cet été étaient des trucages, dont le CEO de Reuters a déclaré sur les ondes de CNN qu’ils sont largement répandus. De fait, des dizaines de trucages impliquant les principales sources d’information mondiales ont été répertoriées pendant cette période (voir un bon digest de CNN avec notamment le témoignage d’un reporter piégé par le Hezbollah à Beyrouth et dont nous avons parlé pendant la séance).

Mais Widman prend un air navré pour dire qu’il y a tout de même bien eu des civils tués, «on ne peut pas le nier» – comme si quelqu’un le lui demandait. Et d’affirmer qu’elle et ses collègues sont toujours «très soucieux» de ne pas faire d’amalgames avec les Juifs de Suisse. Notre ami rappelle alors que selon ses comptes, lors de la guerre du Liban, les téléjournaux suisses romands ont ignoré pendant plus de deux semaines complètes le fait que les Israéliens avaient dû être évacués de la zone nord du pays, alors que les malheurs des Libanais faisaient les grands titres depuis le tout début.

Widmann en reste silencieuse et Monnat doit reprendre la main en assurant qu’il a la plus grande sollicitude pour les préoccupations des Juifs de Suisse – «et peut-être qu’on pourra y revenir, d’ailleurs, car c’est très inquiétant». Mais pas de promesses de mieux équilibrer l’information et retour au sujet central, à savoir le reportage de Temps Présent, où il ne discerne pas de «manipulations factuelles» par le Hezbollah et où il reconnaît l’absence de «l’analyse globale» que nous sommes censés souhaiter. «Parce que ce n’était pas le but de ce reportage.»

Mais quel était le but? Montrer le Hezbollah, dit aussitôt Widmann. Oui, le Hezbollah, mais amputé de son idéologie totalitariste, de son action de propagande télévisée nazifiante, de ses ramifications mondiales, de ses implications dans le banditisme et les trafics de toutes sortes et de la totalité de sa présence militaire.

Et cette image amputée contribue naturellement à la propagation de la présence du Hezbollah en Suisse, jusque dans certaines manifestations (où la TSR efface le Hezbollah dans ses nouvelles), organisées, et ce n’est peut-être pas totalement un hasard, par le parti des Verts, dont l’un des principaux représentants à Vernier n’est autre que le compagnon de Soha Bechara, Yvan Rochat.

Suivent divers échanges assez brefs, interrompus par le médiateur qui annonce que le temps passe, qu’il souhaite encore donner la parole aux deux intervenants les plus silencieux jusqu’à présent avant de prononcer une synthèse et, si possible, de clore la séance.

Sur quoi notre amie cosignataire de la lettre ouverte prend la parole pour expliquer qu’elle souhaiterait que les médias informent mieux leur public sur les différences culturelles séparant le monde occidental, et sa culture de la vie, du monde islamique, et sa culture de la mort. Il y a là un fossé presque infranchissable, car inimaginable pour les Occidentaux. Et c’est pour cela qu’il faut regarder les vidéos que nous proposons, pour comprendre ce qu’il en est. Le reportage incriminé, par ses choix, donne l’impression que le Hezbollah est «gentil», quelle que soit l’intention des réalisateurs, car il minimise des aspects essentiels pour, notamment, la situation des femmes dans la société. Et il y a pire encore, pensons à ce qui s’est passé en Algérie, où l’Islam radical a fait quelque 100.000 victimes. C’est gravissime. Et le problème progresse dans d’autres pays de la région.

Puis le médiateur me donne la parole et me prie de définir ce que j’attends de cette séance. Résumé:

Widmann et Monnat sont des pros, pas des touristes. Ils sont même la crème de leur profession dans la région. Ce film n’est pas tel qu’il est par un simple concours de circonstances dû aux aléas du terrain – il a été conçu, projeté, préparé, planifié et exécuté de manière ciblée. Les images ont ensuite été montées, enchaînées, ordonnées, liées à différentes bandes son et entrecoupées d’images d’archives sélectionnées. Le résultat est un ouvrage global, qui reflète non pas la spontanéité d’un voyageur qui se laisse guider par le paysage, mais la vision des choses de professionnels de l’information qui veulent délivrer un message qui leur convient.

Ainsi, ce film, de toute évidence, veut nous «vendre» Soha Bechara, en réalité une menteuse et assassine amie du Hezbollah non repentie, comme une charmante mère de famille menant une vie tranquille chez nous – pas d’inquiétude. De même, l’émission veut nous faire croire en un Hezbollah acceptable, qui n’est militarisé qu’à cause d’Israël, et occulte tout à fait volontairement les aspects intolérables de cette organisation qui sont pourtant vantés ouvertement sur ses propres canaux d’information télévisuelle et Internet. Tout cela s’inscrit dans une action que l’on peut fort bien qualifier de propagande pour des gens dont nous savons, par ailleurs, qu’ils sont des terroristes.

Rappel de l’exemple de cette femme arabe qui, dans une interview du reportage, dit détester les Juifs. Mais la traduction, et Widmann admet que c’est un fait exprès, a transformé le terme «Juif» (yahoudi) en «Israéliens» dans les sous-titres, parce que, selon Widmann, c’est ce qu’elle aurait voulu dire. Nous touchons là à un aspect crucial: confrontée à un propos ouvertement raciste (la langue arabe a bien sûr des termes différents pour désigner des Israéliens ou des Sionistes), la journaliste a choisi de croire qu’elle comprenait mieux cette pensée que son auteure elle-même. Et l’a corrigée d’office, avec la même bonne conscience, tout au moins apparente, qu’elle a consacrée à ses innombrables autres omissions dissimulant la nature véritable de son sujet de reportage. Cela aussi participe à la propagande.

Pour compenser cette propagande, nous proposons à la TSR de diffuser deux long-métrages et une interview avec un terroriste repenti. Pourquoi? Widmann et Monnat l’admettent volontiers: leur reportage se concentre sur certains aspects seulement. Certains thèmes n’ont pas été abordés – par exemple le théocratisme, pourtant central dans le Hezbollah, et le terrorisme, pour lequel le Hezbollah est pourtant mondialement célèbre. Nous proposons donc de combler ces lacunes en diffusant des informations sur ces thèmes réalisées par des gens qui n’ont pas la moindre espèce d’empathie pour le terrorisme ou la théocratie.

Le premier film, Obsession – Radical Islam’s War against the West explique l’idéologie de l’Islam radical tel qu’il s’exprime aujourd’hui de manière plutôt politisée. Le deuxième, Islam – What the West needs to Know (pour visionner ce film, que je n’ai pas l’autorisation de diffuser largement, écrire ici) s’applique à montrer les racines religieuses et historiques de cette idéologie. Et l’interview avec Walid Shoebat, ex-terroriste de l’OLP (voici trois exemples: ici, ici et ici), permettrait de mieux comprendre la psychologie à l’œuvre chez un auteur d’acte terroriste dans le contexte du Proche-Orient.

Ces films sont alors remis aux responsables, au juriste et au médiateur de la TSR sur un cédérom. Ils sont accompagnés de deux films mettant au jour la supercherie de France2 dans l’affaire Al Dura (1ère partie, 2e partie), pour illustrer la faillite des médias traditionnels dans leur couverture de la région, et de deux interviews avec Wafa Sultan, une Syrienne installée aux États-Unis et qui connaît suffisamment l’arabe classique et les écritures islamiques pour tenir tête à un professionnel de la «branche» – une sorte de must dans le domaine (1ère interview, 2e interview). J’ajouterai encore, pour rejoindre une remarque finale de l’un des intervenants que je trouve plus judicieux de mentionner ici, qu’il manquait en effet à ce reportage la voix des Chrétiens libanais, qui formaient une large majorité dans le pays à l’époque où on l’appelait la Suisse du Moyen-Orient. Pour cet éclairage, difficile de faire mieux que Brigitte Gabriel, dont voici deux témoignages (1er témoignage, 2e témoignage) (à noter que Widmann estime que son impression sur le terrain doit suffire à nous convaincre que les Chrétiens libanais s’entendaient bien avec le Hezbollah au lendemain de la guerre).

Bien que cela semble à première vue constituer un temps d’antenne bien supérieur à celui de l’émission incriminée, nous pensons que c’est légitime et nécessaire. Pour deux raisons. La première est contenue dans le fait que Widmann et Monnat estiment que leur émission est parfaitement légitime et qu’ils n’ont rien à se reprocher à cet égard. Cette attitude indique que leur démarche en la matière, explicitée ici, est habituelle et que l’émission incriminée n’est que le révélateur d’une pratique généralisée d’omission de pans entiers de l’information. La deuxième raison est l’importance de la TSR dans le paysage médiatique local. La télévision suisse romande est la voix médiatique la plus importante, et de loin, de la région. Il faut donc davantage qu’un simple éclairage exceptionnel pour redresser l’équilibre de l’information – il faut un réel revirement, un changement fondamental dans l’approche du problème islamiste, qui menace très concrètement notre mode de vie, voire nos libertés et notre survie. Il faut donc que les responsables de la TSR se familiarisent avec la matière, d’où le choix de deux films qui approfondissent les aspects les plus ignorés par ses responsables et d’une interview qui les obligera ne serait-ce qu’à aborder la question du terrorisme islamiste sous un angle un peu informé. D’où la préparation d’un cédérom constituant une sorte de cours accéléré à leur usage.

Monnat réagit ici pour signaler que cela est «hors de question [] parce que notre liberté rédactionnelle exclut totalement que vous veniez nous dire» de quoi seront faits nos programmes. La deuxième raison de Monnat est le manque de confiance réciproque qui mènerait à l’impossibilité de tout dialogue. Monnat aurait visionné une partie du film Obsession et n’y aurait vu qu’une «compilation de déclarations guerrières, bellicistes, meurtrières […] Moi je peux vous faire un film où je compile des déclarations de Protestants extrémistes américains.» Nous voilà renseignés: pour le rédacteur en chef des magazines d’information de la TSR, l’Islamisme et le Protestantisme sont des mouvements comparables. Les Protestants apprécieront.

Le juriste de la TSR enfonce le clou en affirmant que son entreprise a fait son travail avec «soin, diligence et professionnalisme». Selon lui, c’est nous qui «avons une perspective» tandis que la TSR propose simplement des faits.

Suit une discussion sur la situation juridique et la difficulté, voire l’impossibilité, compte tenu de la formulation de la loi, de faire la preuve que la TSR a commis une faute en l’espèce. En définitive, il appartient à l’État de savoir s’il estime que la TSR a rempli son contrat ou pas. C’est l’objet de la procédure de plainte, et il faut maintenant la laisser se poursuivre.

Le médiateur reprend la balle au bond et indique que, bien que la séance ait confirmé nos prévisions à cet égard, il est très satisfait qu’elle ait pu avoir lieu, qu’elle a été très riche. Il dit du reportage qu’il l’a trouvé «personnellement, subjectivement, assez objectif, et même plus qu’objectif». Pour lui, le «texte est très dense», il y avait même «une telle densité» que sans doute, à son avis, beaucoup de gens n’ont pas suivi jusqu’à la fin.

Une dernière remarque de ma part: le film Obsession – Radical Islam’s War against the West a entre-temps été diffusé à la télévision américaine, à plusieurs reprises, et a ainsi été vu par plus de dix millions de téléspectateurs. À titre de comparaison, si Temps Présent le diffusait, quelque 300.000 personnes de plus le verraient (selon une déclaration de Monnat ce même soir).

Le médiateur précise qu’il va maintenant établir un avis de médiation et nous le faire parvenir. Puis nous aurons un nouveau délai pour déposer la plainte proprement dite. Clôture de la séance.

Les films remis à la TSR sur cédérom:

Hezbollah–Mort_a_Israel.wmv
Islam–What_the_West_Needs_to_Know.wmv (visionable sur demande individuelle)
Lebanon_War–Israels_point_of_view.wmv
Obsession_st_fr.wmv
pallywood.wmv
Pallywood_Al_Dura_fr.wmv
Shoebat_and_Anani_ Fox.wmv
Shoebat_and_others_CN8.wmv
Shoebat_CNN.wmv
Wafa_Sultan_Al-Jazeera_21.2.06.wmv
Wafa_Sultan_DR2_30.9.06.wmv

Les articles déjà publiés à ce sujet:

Plainte contre la TSR – vous pouvez toujours vous faire entendre
Boucliers civils du Hezbollah – le dossier, les images, les témoignages
Les Nazis de notre temps portés aux nues par notre TV
Obsession bat des records! Signez la lettre ouverte!
La propagande du Hezbollah sur Internet
Mukawama – la «résistance» à l’islamique
Une libanaise parle
Obsession sur la TSR
Plainte contre la TSR – dépôt de la réclamation
Comment le Hezbollah triche avec la démocratie
Plainte contre la TSR – appel au soutien
Les voix du Liban
Un témoignage sur le Liban
Le témoignage d’un ex-terroriste libanais
Projet de plainte contre la TSR
Le Hezbollah et ses boucliers civils – un témoignage
La TSR fait la propagande des terroristes, suite 6
La TSR fait la propagande des terroristes, suite 5
La TSR fait la propagande des terroristes, suite 4
La TSR fait la propagande des terroristes, suite 3
La TSR fait la propagande des terroristes, suite 2
La TSR fait la propagande des terroristes, suite
La TSR fait la propagande des terroristes

Comments

  1. joeblack
    December 23rd, 2006 | 6:17 pm

    De l’excellent travail, en espèrant que celà porte ses fruits. Mais vu comme c’est engagé, on ne peut qu’y croire… Bonne continuation.

    Joyeuses fêtes de Noël

  2. Soulas
    December 25th, 2006 | 12:01 pm

    La controverse a été menée « classiquement » et il faut en féliciter les auteurs. Il convient cependant  et néanmoins  de ne pas perdre de vue qu’à force de se vouloir objectif et impartial, les pires dangers s’édulcorent subrepticement et sans que l’on n’y prenne garde. Cela semble le propre de l’ « intellectualismeàl’occidentale » d’inscrire dans une forme d’inconscient personnel un équilibrage sollicité souvent à l’extrême, sous couvert (honorable) de « partager les torts » et de ne pas verser, à notre tour dans un extrémisme que l’on reproche à l’autre partie.
    Mais ce ne sont pas ce genre de soucis de nature « tendancieusement » philosophique qui doivent nous disperser du propos essentiel :

    1°  L’islamisme a pris le parti de détruire l’Occident, au sens de notre Culture millénaire pour imposer sa dictature théocratique. Le temps pour y parvenir n’est pas son problème. Il compte, très intelligemment  l’ « usure du temps » y aidant  sur notre angélisme « chrétien » pour imposer sa férule. Avec le moins de violence s’il le faut, afin de ne pas effaroucher l’ « idiot utile » qui sommeille dans tout « agneau ». De ce point de vue, le Hezbollah, Al Qaeda, le Hamas et tous les autres mouvements terroristes font comme les idéologies extrémistes du passé, dont l’exemple le plus tristement illustre a été Hitler et son national  socialisme : conquérir et asservir.
    2°  La SEULE question (pour ne pas nous égarer) est simple mais fondamentale :
    « cet asservissement qui nous menace, nous convientil ? » C’est sous cette idéeforce laquelle doit rester constamment en « flux tendu », qu’il est nécessaire de maintenir le débat. Tout le reste est littérature.
    Johann et Judith Soulas

  3. Rivka GIANNI
    January 2nd, 2007 | 6:57 pm

    Je n’en reviens pas de découvrir à quel point certains journalistes sont ignorants et surtout paresseux. Ils sont prêts à verser dans la facilité pour nous servir des images faussées et manipulatoires, pourvu qu’ils aient quelque chose à présenter à la TV qui marque l’émotionnel du téléspectateur et qui lui fait croire qu’il est informé !!!

    Le pire c’est que par leur paresse et refus naïf de reconnaître qu’ils servent de porte voix à la propagande pour le Hezbollah ils nous font perdre de l’énergie nécessaire pour stopper à temps une menace réelle qui guette le monde occidental y compris pour ces mêmes journalistes eux-mêmes !

    Réveillez-vous les journalistes, et combattez du bon côté de la barrière, celle de la Liberté, de la Paix et la Justice pour un monde qui avance et non qui recule vers le Moyen Age. Informez-vous comme il se doit pour éviter de leur fournir la corde pour nous pendre.
    Ces gens sont dangereux et ce n’est pas une blague.

    Rivka GIANNI

  4. January 3rd, 2007 | 1:45 pm

    […] Et bien que les Berlinois se défendent aussi bien que possible, à force de manifestations pacifiques et d’explications, ils perdent du terrain. Hier, la première pierre de la mosquée a été posée, malgré leurs protestations sur place. Que peuvent-ils faire contre l’argent (ces projets sont fort bien financés), des médias chantres des terroristes, des menteurs virtuoses apôtres d’un «multiculturalisme» qui ne répand guère que des femmes en noir et des hommes à genoux ou en colère, et la terreur répandue impunément par de jeunes gens dont les tendances violentes sont pour le moins tolérées par leur communauté? […]

  5. April 30th, 2007 | 4:42 pm

    […] La diffusion de ce film sur les chaînes de télévision nationales, comme cela a été le cas aux États-Unis (voir ci-dessous), permettrait de confier au grand public certaines informations sans lesquelles la compréhension du problème posé par l’Islam en Occident est à peu près inaccessible. Ce film est présenté ici car il a été proposé à la TSR dans le cadre d’une procédure de conciliation. Les responsables de la TSR ont jugé cette proposition hors de question. Voici ce qu’en dit CNN: […]

  6. June 29th, 2007 | 9:03 am

    […] inaccessible. Ce film est présenté ici car il a été proposé à la TSR dans le cadre d’une procédure de conciliation. Les responsables de la TSR ont jugé qu’une telle diffusion était hors de […]