Alain Jean-Mairet » Une réflexion critique sur l’Islam

Une réflexion critique sur l’Islam

Ils sont des centaines de milliers, déjà, à avoir rejoint La Mecque pour y faire leur Hajj. L’an passé, ils furent près de deux millions à converger ainsi vers la Kaaba pour y toucher, ou y baiser, la pierre noire, après en avoir fait sept fois le tour. Entre autres rites invocatoires et commémoratifs.

Relent de sorcellerie? De magie noire? De culte impie? Le prophète Mahomet a au contraire, nous dira-t-on, fait œuvre de réformateur, reprenant au compte de l’Islam la coutume bien établie du pèlerinage à la Kaaba, mais dont il fit disparaître les centaines d’images héritées d’un polythéisme coupable.

Et cela est vrai. Aussi. De même avec le traitement des femmes, dont on peut soutenir avec raison que Mahomet améliora le sort. À qui la faute si certains préfèrent comprendre le bête mot du livre plutôt que l’intention, placée dans son contexte historique, qui présida à la règle qu’il décrit?

Et comment critiquer ces rites circonvolutés qui n’ont été composés que pour favoriser le maintien d’une mémoire collective si précieuse – le souvenir de la présence divine parmi les hommes? Le pèlerinage aux sources de la foi n’est-il pas l’un des actes les plus respectables qui soient?

Et quel esprit chagrin oserait clamer sans honte que ce souvenir, peut-être, n’est que celui d’une supercherie, d’une simple promesse, qui se réalise, justement, par l’exercice de ce souvenir? Chaîne de croyances entre deux illusions, concrétisées par le temps et la répétition d’actes de foi sans autre signification, au fond, que les sentiments qu’ils font naître dans le cœur et l’esprit de leurs exécutants.

Le fait que la divinité joue ou non un rôle dans ces rites reste une question d’appréciation personnelle. Mais il est permis, à l’ère du village planétaire, de poser un regard critique sur les implications de cette activité centrale d’une religion qui inspire la pire vague d’actes barbares de notre époque. De se demander si elle le fait à son corps défendant ou si elle y participe par sa substance même.

Le Hajj, et les autres aspects traditionnels de la religion musulmane, favorisent-ils plutôt le respect rigide de la lettre – intolérance, inégalité des sexes, violence contre les infidèles et les dhimmis, prosélytisme d’ambition mondiale – ou la compréhension flexible du message – sens du renouveau, progrès personnel, assimilation des qualités de cœur, foi en le sens positif de l’existence?

En d’autres termes, la pratique des rites de la religion islamique est-elle souhaitable ou néfaste pour la communauté humaine? Ou, pour pousser la réflexion à son terme, la piété musulmane typique va-t-elle de pair avec la paix et l’entente cordiale, ou avec l’intolérance et le terrorisme? Les Musulmans pratiquants sont-ils par là même plutôt souples et vertueux ou plutôt agressifs et égoïstes? La religion islamique, en un mot, est-elle compatible avec la vie sur terre? Est-elle tolérable?

La question peut paraître oiseuse au vu du fait que l’Islam, la religion islamique, compte plus d’un milliard de fidèles, qu’elle semble continuer de croître et que ses adeptes sont parmi les plus fidèles qui soient, justement. La religion islamique semble exercer un très fort engouement, et n’être que très exceptionnellement abandonnée par ses fidèles. Pourquoi, dès lors, se demander si cette religion est souhaitable ou admissible – n’est-elle pas un simple fait acquis?

Certes. Mais si l’analyse permet de démontrer valablement que la religion islamique est malfaisante, celle-ci aura trouvé un adversaire à sa mesure – la raison. Et il n’est pas illusoire de penser que cette lutte, entre la déraison religieuse et la raison du bon sens, débouche finalement sur la victoire, dans l’esprit des Musulmans eux-mêmes, de la raison.

Ainsi, par exemple, si les Musulmans sont si croyants, si fidèles à leur foi, c’est peut-être pour des motifs que la raison et la piété réprouveraient, telles que la crainte de l’opprobre, un châtiment promis, le risque de perdre des biens de ce monde?

Le fait est que l’apostasie est, pour les Musulmans, un péché sévèrement réprimé – la mort est une option légitimée par les textes sacrés. Dans quelle mesure, donc, la fidélité des Musulmans est-elle uniquement positive? Et dans quelle mesure dépend-elle de considérations «bassement» égoïstes? Dans quelle mesure, aussi, leur piété est-elle soutenue par leur religion – les Musulmans authentiquement pieux sont-ils pieux grâce à ou malgré l’Islam?

Mais à quoi reconnaît-on la piété authentique – quels sont ses signes indéniables? Ou, mieux encore, que faut-il attendre de la piété, de l’exercice de la foi? Car s’il est sacrilège d’espérer du divin qu’il se plie aux souhaits des mortels, n’est-il pas légitime de donner à la piété de ceux qui s’en sentent la vocation le devoir de faire la preuve de sa valeur pour la communauté?

Dans cet esprit, et compte tenu des graves menaces pour la paix et la sécurité qu’un nombre non négligeable de Musulmans font peser, au nom de leur foi, sur l’ensemble des habitants de notre planète, il est sans doute judicieux d’examiner le bien-fondé de la religion islamique en elle-même.

Revenons donc à La Mecque, où se prépare le grand pèlerinage, l’événement le plus marquant de la vie religieuse islamique.

La Mecque et Médine sont des cités réservées aux Musulmans. À tel point qu’il faut s’attendre à ce que, si l’État d’Israël devait disparaître, Jérusalem devienne la troisième ville taboue de l’Islam, bien que sa sacralité islamique soit plus que contestable. Que penser de lieux saints interdits aux membres d’autres fois, pourtant voisines?

Certes, divers cultes religieux prévoient des règles de pureté qui, de facto, conduisent à exclure la présence d’étrangers, et la propriété privée, l’un des piliers de la démocratie, semble confirmer ce droit. Mais des villes entières sans «domaine public» ouvert à chacun? Et rappelons-nous qu’en Arabie Saoudite, où la religion islamique, ou sa variante wahhabite, a bénéficié d’un soutien matériel et spirituel inégalé, il est interdit de pratiquer tout culte étranger à l’Islam.

Ainsi, là où l’Islam est le plus libre d’évoluer à sa guise, il tend à devenir la religion unique. Certes, il est fort possible que la grande majorité des Musulmans préfèreraient vivre en paix dans un monde pluriel – cette aspiration est bien présente dans le cœur des hommes, quelle que soit leur religion. Et il existe des exemples de cohabitation pacifique. À n’en pas douter.

Mais que veut l’Islam lui-même, que dit le message du prophète, que révèlent ses actes? À n’en pas douter également, il est possible d’y lire que l’Islam est destiné à conquérir le monde, à devenir la religion unique du peuple humain. Et croire cela, voilà qui donne une foi puissante, capable d’inspirer les pires sacrifices, personnels ou collectifs.

Et si la communauté des amoureux de la paix omet de réagir, une attitude que son caractère l’incite justement à adopter, il est plus que probable que cette dernière lecture l’emportera, comme l’a emporté, par exemple, la vision des bolcheviks, partisans de la révolution sanglante, sur celle des mencheviks, adeptes d’une vision plus idéaliste et d’une introduction plus progressive et pacifique de la théorie marxiste, au début du siècle passé.

Car il est naturel que les individus les plus convaincus soient les plus forts, que les groupes les plus violemment hégémoniques tendent à s’imposer. La valeur de leurs convictions ne fait rien à l’affaire. Or, si la vision démocratique du monde permet l’existence d’un Islam pluriel, au sein duquel, comme nous le voyons, peuvent exister des tendances extrémistes très bien organisées, un Islam entièrement réalisé par ses tendances extrémistes ne laisserait certainement pas place à la diversité.

Certes, le terrorisme est presque unanimement condamné, quoiqu’il soit fréquemment justifié dans les rangs musulmans au nom du combat pour la liberté, et l’on peut s’attendre à ce que le mouvement d’expansion de l’Islam y renonce de plus en plus à mesure qu’il réussira à s’imposer. Mais le fait demeurera que son hégémonie aura été due en grande partie à la terreur et à la coercition.

Si nous admettons, donc, que l’Islam puisse atteindre son objectif, et qu’il devienne la religion unique, ou universellement prédominante, nous devons également admettre qu’il le fera par des moyens qui n’ont rien de pieux. Pouvons-nous, nous autres humains, en conscience, accepter que notre religion unique – si tant est qu’une telle chose doive un jour exister – se soit imposée de cette manière? Si vraiment la majorité d’entre nous veulent élever leurs enfants en paix et consacrer leur existence à la recherche de ses vraies valeurs, pouvons-nous croire en un message divin qui s’impose par la révolution?

Peut-il être juste de faire couler le sang pour instaurer un ordre utopique, de faire régner l’enfer pour accéder à un paradis hypothétique? Si une religion unique, reconnue par tous, doit un jour s’imposer, ne devrait-elle pas le faire par la simple évidence de sa vérité? Penser qu’une religion doit s’imposer à la manière d’une idéologie politique, par l’argumentation et les démonstrations de force, n’est-il pas fondamentalement opposé à l’idéal central de la piété, fait de lumière révélée?

Ainsi, une religion qui contient des messages de violence dans ses textes sacrés essentiels et qui pratique ouvertement un ostracisme religieux concret, comme celui qui s’étale en ce moment devant la face du monde à La Mecque, peut-elle être légitime au regard de la simple piété? Un centre religieux réservé aux adeptes de sa religion n’est-il pas en soi un sacrilège?

Cela dépend peut-être du contenu du pèlerinage? Qu’en est-il? Sa valeur commémorative est de nos jours purement symbolique. S’il fallait, au Moyen Âge, des rites stricts et complexes pour préserver la connaissance, il suffit aujourd’hui pour cela de répandre l’alphabétisme et de veiller au bon entretien des livres et autres supports de données. Passons donc au message concret du pèlerinage.

Il s’agit en fait de revivre des événements bibliques relatant l’origine de l’Islam de manière à le présenter comme la vraie religion d’Abraham. Dans la vision biblique, Dieu demande à Abraham de lui sacrifier l’un de ses deux fils, Isaac, née de Sarah, son épouse légitime, sur le Dôme du Rocher, à Jérusalem. La Bible présente l’autre fils d’Abraham, Ismaël, comme un enfant illégitime, bien qu’aîné, né d’une servante égyptienne, Agar. Le Coran ne mentionne pas Agar; elle n’apparaît que dans la tradition islamique, qui la considère comme la seconde épouse d’Abraham.

Selon la Genèse, le sacrifice d’Isaac est interrompu par un ange qui suggère à Abraham de sacrifier un animal à la place de son fils. Isaac survit et devient le père de Jacob, l’ancêtre des Juifs. Selon le Coran, le fils à sacrifier était en vérité Ismaël, le véritable héritier d’Abraham (son fils aîné) et qui devint ensuite l’ancêtre des Arabes.

La différence de version entre la Genèse et le mélange de textes coraniques et de traditions islamiques est expliqué, après coup, par les Arabes, comme le résultat d’une tromperie des Juifs, qui auraient falsifié l’histoire d’Abraham afin d’imposer leur religion, supposée fallacieuse. Une tromperie que les Musulmans, des siècles plus tard, en apportant au monde la religion du dernier des prophètes, sont censés redresser.

Tout le sens du pèlerinage à La Mecque consiste donc à prendre le contre-pied d’une tradition religieuse antérieure, celle des Juifs, sur la base de révélations invérifiables, provenant de sources en grande partie orales.

Il s’agit de marteler dans l’esprit des fidèles musulmans la certitude que leur religion a été bafouée par les Juifs avant même qu’elle n’existe. Or c’est là un acte d’agression caractérisé. Rusé, certes, car situé hors du domaine de l’investigation scientifique, et ainsi laissé à l’emprise exclusive de la foi, au sens de ce que l’on croit, mais indéniablement agressif.

Car, s’il est bien sûr impossible de départager la véracité historique de ces deux visions, il est aisé d’examiner les implications psychologiques du Hajj. Cette manifestation est la principale source d’antisémitisme, au sens de haine des Juifs, de notre époque.

Que la version islamique, que rien ne soutient si ce n’est la crédulité de ses fidèles, soit correcte ou non n’y change rien. Le Hajj est une incitation, sinon à la haine, du moins à la rancœur, au ressentiment. Il pousse les Arabes (car Ismaël est censé être l’ancêtre des Arabes, pas des Musulmans) à se définir comme les victimes des ancêtres des Juifs, dont ils sont ainsi fondés à se venger sur leurs descendants actuels.

Bien sûr, tous les Musulmans ne réagiront pas de manière haineuse à cette «révélation», mais certains le feront, et tous nourriront en eux le germe, peut-être inconscient mais néanmoins présent, de la haine du Juif, de la haine de l’autre, de la haine tout court.

Cet état de choses appelle deux séries de questions. Est-il légitime, d’abord, au regard, par exemple, du droit, de revendiquer ainsi une ascendance divine sur la base d’éléments tels que ceux présentés par l’Islam?

Ne devrait-on pas exiger d’une religion révélée qui aspire à l’authenticité absolue et à la domination mondiale qu’elle présente des éléments de preuve plus concluants? Après tout, nous parlons ici d’un dieu qui intervient directement dans la vie des hommes, pas d’une «simple» théorie religieuse.

Et si l’Islam n’en est pas capable, que faut-il penser de l’insistance de ses fidèles à revendiquer des droits sans en démontrer valablement le bien-fondé? L’absence de preuves tangibles ne doit-elle pas inciter à faire montre de modestie dans ses prétentions? Or il apparaît que la religion islamique est d’autant plus véhémente, à travers son parcours historique comme dans ses manifestations actuelles, que ses bases concrètes sont fragiles. N’est-ce pas là plutôt la marque du mensonge, de la mystification que l’on sait ne pouvoir imposer que par une intransigeance exacerbée sur les moindres de ses détails?

Que penser, ensuite et d’une manière générale, de cette vision de la foi qui se fonde sur la croyance en des faits invérifiables? La foi est certes un phénomène lié aux croyances, mais la logique profonde du monothéisme ne consiste-t-elle pas justement à abandonner les croyances multiples basées sur l’ignorance pour se consacrer à la recherche du sens fondamental de l’univers, personnifié, car il faut bien donner un aspect concret aux grandes idées, par la notion, temporaire, de dieu unique, sorte de mantra ultime avant l’acceptation finale de la réalité comme manifestation du divin?

Dans le bon sens populaire, l’être pieux, partout et toujours, a été considéré comme celui qui se dévoue à l’exercice du bien, contre les «bas» instincts inhérents à la nature humaine. Le point commun de tous les êtres pieux n’est-il donc pas simplement cette foi qui leur dit que la pratique de la vertu en vaut la peine? Que la bonté et la sagesse mènent à des trésors plus précieux que le pouvoir et les ivresses du monde matériel?

Or que dit l’Islam, que dit le pèlerinage à La Mecque? Que la foi doit être fondée sur une argutie juridique sans éléments de preuve concrets, que la piété est une série interminable de préceptes réglant les moindres aspects de la vie quotidienne – personnelle, sexuelle, familiale, sociale, juridique, religieuse, voire politique. Que les croyances (les choses que l’on croit parce qu’elles sont écrites) sont supérieures à la foi, tout simple, que les adeptes de tous les chemins menant à la divinité peuvent reconnaître sans coercition.

Certes, il est louable d’espérer que la piété devienne un jour le fondement même, l’inspiration initiale des lois de nos sociétés, et beaucoup, au cours de l’histoire, s’y sont employés. Mais il est évident, il me semble, que l’Islam n’est pas la voie vers cette réalisation. Et que le Hajj est la manifestation la plus achevée d’une religion égarée, malfaisante au plus profond d’elle-même.

Ainsi, si les Musulmans pieux m’entendent, ils rompront avec leur religion, ouvertement, officiellement, n’en garderont que les rites et les usages dont ils peuvent, en conscience, être sûrs qu’ils ne favoriseront pas la haine et la violence, et iront leur chemin, comme des êtres pieux, tout simplement, qui témoignent de la valeur de leur foi sans ostentation ni affirmation d’une quelconque différence communautariste, par la grandeur de leurs sentiments, par la beauté, l’intelligence et la vertu naturelles de leurs enfants.

Au contraire, si la vague de religiosité actuelle signifie quelque chose, c’est bien que le monde les attend et les espère.

Comments

  1. July 12th, 2006 | 12:31 pm

    […] Tout à fait le genre d’endroit, donc, où aborder des questions telles que celles proposées par ma réflexion critique sur l’Islam. Je me suis donc inscrit sur le site (identifiant: ajm) et y ai posté diverses interventions (dont la plupart ont été supprimées entre-temps; on trouvera toutefois des copies complètes des pages expressément mentionnées plus loin). […]