Alain Jean-Mairet » L’ennemi a un nom

L’ennemi a un nom


par Daniel Pipes
Jerusalem Post, 19 juin 2008
VO: http://www.danielpipes.org/article/5629

Comment vaincre un ennemi qu’on ne peut pas nommer? De même qu’un médecin doit identifier sa maladie avant de soigner un patient, un stratège doit identifier l’adversaire avant de gagner la guerre. Mais les Occidentaux se sont montrés réticents devant l’identification de l’ennemi dans ce conflit que le gouvernement américain qualifie diversement (et euphémiquement) de «guerre mondiale contre la terreur», «longue guerre», «lutte mondiale contre l’extrémisme violent» et même «lutte mondiale pour la sécurité et le progrès».

Cette timidité se traduit par l’inaptitude à définir les objectifs de la guerre. Deux citations de hauts responsables américains datant de la fin 2001 révèlent bien l’aspect brumeux et inefficace des déclarations des gouvernements occidentaux. Le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld définissait alors la victoire comme la mise en place d’«un environnement nous permettant effectivement de vivre notre vie et de profiter de nos libertés». De son côté, George W. Bush proposait un objectif plus limité: «la défaite du réseau terroriste mondial» – sans préciser ce que ce réseau pourrait bien être.

En fait, «vaincre le terrorisme» est resté l’objectif fondamental de la guerre. D’où on peut déduire que les terroristes sont l’ennemi et le contre-terrorisme la principale réplique.

Mais un nombre croissant d’observateurs ont relevé que le terrorisme n’est qu’une tactique, et non un ennemi. Bush l’a d’ailleurs admis également, en été 2004, en reconnaissant que «nous avons mal nommé la guerre contre la terreur». Alors, il qualifia cette guerre de «lutte contre des extrémistes idéologiques qui ne croient pas en les sociétés libres et qui utilisent le terrorisme comme une arme pour tenter d’ébranler la conscience du monde libre».

Une année plu tard, au lendemain des attentats à la bombe du 7 juillet à Londres, le Premier ministre britannique Tony Blair fit progresser le débat en parlant de l’ennemi comme d’«une idéologie religieuse, un courant évoluant au sein de la religion mondiale de l’Islam». Peu de temps après, Bush lui-même fit usage des expressions «radicalisme islamique», «djihadisme militant» et «islamofascisme». Mais ces termes suscitèrent de nombreuses critiques et il se rétracta.

À la mi-2007, Bush en était revenu à parler de «la grande lutte contre l’extrémisme qui s’étend maintenant à l’ensemble du Grand Moyen-Orient». Et c’est là où nous en sommes actuellement: les agences gouvernementales américaines ont été priées de désigner l’ennemi par des expressions aussi nébuleuses que «culte mortifère», «sorte de culte» «culte sectaire» et «violents adeptes d’un culte».

En fait, cet ennemi a un nom bien précis et concis: l’islamisme, une version utopique radicale de l’Islam. Les islamistes, partisans de cette idéologie totalitaire bien financée et largement répandue, tentent d’instaurer un ordre islamique mondial qui appliquerait la loi islamique (charia) dans son intégralité.

Avec cette définition, la réponse nécessaire se clarifie. Elle revêt deux formes: vaincre l’islamisme et aider les Musulmans à développer une forme d’Islam alternative. Ce n’est pas par hasard que cette démarche rappelle dans les grandes lignes celle mise en place par les puissances alliées contre les deux principaux mouvements radicaux utopistes précédents – le fascisme et le communisme.

Il faut commencer par vaincre un ennemi idéologique. Comme en 1945 et en 1991, l’objectif doit consister à marginaliser et affaiblir un mouvement idéologique agressif, de sorte qu’il cesse d’attirer des partisans ou de constituer une menace grave pour le monde. La Deuxième Guerre mondiale, remportée par le sang, l’acier et les bombes atomiques, propose un modèle de victoire très différent de celui de la guerre froide, basé sur la dissuasion, la complexité et un effondrement presque pacifique.

La guerre contre l’islamisme va vraisemblablement intégrer des éléments de ces deux legs pour former un mélange inédit de guerre conventionnelle, de contreterrorisme, de contre-propagande et de nombreuses autres stratégies. L’éventail va de l’action militaire qui a causé la chute du gouvernement taliban d’Afghanistan à l’effort qui consiste à repousser les islamistes légaux travaillant légitimement au sein des systèmes éducatifs, religieux, médiatiques, juridiques et politiques.

Le deuxième objectif implique d’aider les Musulmans qui s’opposent aux visées islamistes et qui souhaitent offrir une alternative aux dépravations de l’islamisme en réconciliant l’Islam avec le meilleur du monde moderne. Mais ces Musulmans sont faibles – ce ne sont encore que des individus isolés, qui ont à peine entamé le dur travail qui consiste à se chercher, à communiquer organiser, financer, mobiliser.

Pour faire tout cela plus rapidement et efficacement, ces modérés ont besoin de l’encouragement et du parrainage des non-Musulmans. Aussi peu impressionnants qu’ils soient à l’heure actuelle, les modérés sont les seuls en mesure de moderniser l’Islam, avec l’aide de l’Occident, et ainsi de mettre un terme à la menace islamiste.

En fin d’analyse, l’islamisme présente essentiellement deux défis pour les Occidentaux: ils doivent en parler franchement et aspirer à la victoire. Or aucune de ces deux attitudes n’est naturelle pour l’homme moderne, qui tend à préférer la rectitude politique et la résolution des conflits, voire l’apaisement. Mais une fois ces obstacles surmontés, la faiblesse objective de l’ennemi islamiste en termes d’arsenal, d’économie et de ressources permettra de le vaincre aisément.

Comments

  1. June 17th, 2008 | 12:46 pm

    Malheureusement tant que nous dépendrons du pétrole, il sera difficile de nommer l’ennemi.  Tant de pays musulmans  soutiennent la terreur par en-desssous par la “zakat”, pour assoir leurs pouvoirs sur leurs populations.
    Tant qu’on fera en sorte que les enfants en bas âge fréquentent les madrassas -écoles coraniques-  et cela même en occident, réciter le coran est une première empreinte sur les jeunes cerveaux…
    Tant que l’arabisation progresse dans les pays musulmans dont la langue maternelle n’est pas l’arabe -Asie, Afrique (colonisation par le pétro-dollars), etc…, aucune modernité ne peut naître dans ces pays, leurs modèles c’est le sous-développement des pays arabo-musulmans et qui nous racontent que l’islam est bon. 
    Le “Plan d’action” se passera d’abords dans les pays occidentaux,  d’où l’urgence de stopper l’installation du mode de vie Mahométan.
    Lorsque je vois qu’on traite de modéré (à la télévision) des barbus et des voilées qui on tout simplement islamisé la modernité pour moi c’est un dialogue de sourd. L’Islam à la maison, pas de mosqués, pas de madrassas, pas de foulard, pas d’accommodements, l’islam n’est pas comme les autres religions! Il a besoin d’actions immédiates, car ce sera long comme travail.  Stopper l’immigration islamique, provenant de pays islamisés ou l’apostasie est un crime.
    Nommer l’ennemi c’est poser des gestes… Et dire son nom devient un danger politique, c’est la faille de l’ennemi qui se défend à coup de coran-hadiths-sunna, beau modèle, femmes du prophète et victimisation à outrance. L’apaisement n’est pas une option. Tôt ou tard il faudra affronter la réalité ou alors nous nous dirigeons vers des guerres civiles occidentales.
    Trouvons l’alternative au pétrole!!!

  2. June 17th, 2008 | 2:55 pm

    Il me semble que l’islamisme “modéré” n’est qu’une fiction, comme l’était le communisme “éclairé” il y a trente ou quarante ans : cela n’existe nulle part.

    AJM: Beaucoup de gens l’ont vu, dont Daniel Pipes, qui a vécu des années à son contact direct. La question est plutôt de savoir s’il est possible ou judicieux de miser sur cet élément. Je pense que non, d’une manière générale, car il est irrémédiablement poussé vers l’oubli par la modernité et l’alphabétisation. Tôt ou tard, l’âcre médiocrité de la religion islamique sera révélée au grand jour, alors pourquoi ne pas miser sur son avenir, c’est-à-dire son absence? Mais d’un autre côté, dans l’intervalle, le discours modéré permet de mettre en marche le nécessaire processus de remise en question. Si bien que les deux positions ont leur intérêt et leur justification.

    D’autre part, il me semble que Nabila (commentaire précédent) se trompe : désigner clairement l’islam comme l’ennemi (ou un de nos ennemis) n’empêchera nullement les pays soumis à sa loi de nous vendre leur pétrole, soyez sans crainte de ce point de vue.

  3. resistorial
    June 17th, 2008 | 2:56 pm

    J’invite les jeunes étudiants des Ecoles de Magistrature à se former très vite en droit comparé, savoir que notre droit (Germano-Latin ou Common Law anglo-saxonne) est totalement incompatible avec la Charia et le Droit Musulman et d’agir en conséquence, pas de jurisprudence dictée par des convictions religieuses , aucune!
    J’invite aussi nos institutions à durcir les règles de naturalisation en imposant un questionnaire complet sur nos institutions, nos langues, notre culture et notre mode de vie aux impétrants, et à en augmenter les délais sans garantie automatique d’obtention, en Suisse ça prend plus de douze ans , il doit être de même ailleurs, même douze ans c’est trop court.
    Quant à l’alternative au pétrole nous avons le choix, moteur à air comprimé (ça marche déjà), moteur à hydrogène , piles à combustible, électrique (ça marche déjà), c’est donc bien une question de volonté (les japonais n’ont pas attendu, Honda propose déjà un modèle à l’hydrogène).
    Il est temps d’offrir une fin de non recevoir à l’islam, c’est pas bon pour nous, désolé, restez dans votre paradis.

  4. Adam
    June 17th, 2008 | 5:43 pm

    Je ne pense pas que le problème soit le pétrole ou les énergies renouvelables, le problème ce sont les gouvernants européens qui veulent à tout prix islamiser l’Europe et introduire peu à peu la sharia dans le droit européen.

  5. resistorial
    June 17th, 2008 | 7:56 pm

    C’est pour cela qu’il faut durcir nos lois et en refuser toute ombre du début d’une amorce d’un soupçon de chariatisation pour faire plaisir.
    Quant à l’immigration choisie, que ce soit à nous de choisir qui nous accueillons , pas d’immigrants issus de pays documentés pour leur absence de démocratie, la violence de leur régimes et leur degré d’application de la charia, tant qu’aucune conclusion n’a été posée sur la compatibilité (à mon avis nulle vu les textes) de l’islam et de nos valeurs.
    Quant à la naturalisation c’est “wait and see”, même douze ans c’est trop peu , il faut vingt ans pour s’intégrer.

  6. June 18th, 2008 | 12:59 pm

    Les pétro-dollars financent les activités, tant terroristes que la propagante mondiale de l’islam purifié…
     
    Mais il faut refuser (en Occident) le “mode de vie Mahométan” et les pétro-dollars qui affluent pour son installation.  Des gens modérés sont devenus en Occident des radicaux…

      

  7. fingers
    June 18th, 2008 | 4:14 pm

    D’accord avec Nabila…

    Le seul ennui, mais il est de taille, est qu’il est impossible de se débarrasser d’une idéologie sans au minimum discréditer ou se débarrasser de ses principaux promoteurs.

    De plus, démontrer rationnellement la nullité d’un discours irrationnel ne mène nulle part : la “croyance” ou la “foi” est par nature irrationnelle ; nature qui, dans ses extrêmes, engendre un état mental proche de la psychose et qui se fout radicalement de toute démonstration cartésienne ( les démonstrations qui l’alimentent seront retenue comme preuve de la validité du système, les autres rejetées, sinon détruites ).

    La croyance n’étant ni un délit et encore moins un crime, les seules options restantes semblent être primo de renforcer la foi en ses propres valeurs, secundo de se prémunir de l’idéologie incriminée en informant les non(encore)-adeptes de ses désavantages objectifs.( faudra que je pense à envoyer une bouteille de notre petit blanc local à AJM )

    Attendre un hypothétique effondrement interne de l’idéologie est au mieux hypocrite tant qu’on ira serrer la main de ses principaux promoteurs pour une poignée de dollars.

  8. Benoît
    June 18th, 2008 | 6:56 pm

    Le dialogue existe lorsque les deux parties sont de bonne volonté. Ici, point de dialogue, juste une alternative: la guerre. Cela commence par pratiquer massivement les représentants de cette idéologie fasciste hors de nos terres.

  9. elf
    June 18th, 2008 | 11:41 pm

    L’ennemi a un nom et c’est l’islam, pas les mulsumans qui sont les victimes aveugles de cette idéologie barbare. Il faut leur laisser le choix de renoncer et garantir leur protection en tant qu’apostats face aux fanatiques. Pour les fanatiques, il faut les sortir de la société. L’islam doit être interdit au même titre que le nazisme auquel il ressemble au-delà même du fait d’être une idéologie impérialiste et totalitaire. Le coran doit être interdit tout comme mein kampf. Il n’existe pas d’islam modéré comme il n’existe pas de nazisme modéré. La plupart des anciens “camarades soviétiques” ont eu un réveil douloureux mais ne voudraient pas retourner au communisme, pour la majorité des musulmans ils n’aspirent qu’à être libérés pour peu qu’on leur montre leur prison et qu’on arrête de flatter leurs geoliers sous prétexte multi-culturel. Le communisme, le nazisme et l’islam sont des idéologies totalitaires qu’il faut dénoncer sans relâche et sans complaisance. Merci à AJM pour le remarquable travail d’information qu’il nous offre sur son site.

  10. Marco
    June 19th, 2008 | 8:16 pm

    Hélas,
    voyez
    http://www.jihadwatch.org/archives/021460.php
    on avance dans la direction opposée

  11. pavel
    June 19th, 2008 | 11:36 pm

    Que cherche-t-il vraiment, Pipes ? En s’abritant derrière un vocabulaire peu rigoureux, le procédé qu’il reproche curieusement aux gouvernements occidentaux en l’appliquant toutefois lui-même, il ajoute à la confusion a lieu de la dissiper. L'”islamisme”, “une version utopique radicale de l’islam”, c’est exactement ce qui a mis en pratique le Beau Modèle, Mahomet, le fondateur de l’islam. Tout islam non islamiste n’est qu’une déviation des pratiques du Prophète, dûment étayées par l’enseignement coranique. Le fascisme et le communisme n’étaient ni l’un ni l’autre des “mouvements radicaux utopistes”, pas plus que ne l’est l’islam. Radicaux, sûrement; utopistes ? – aucun d’eux ne se réalisa hors des lieux connus, dans un espace virtuel sans réalité. Tous ceux qui ont souffert – et souffrent toujours – suite à la mise en œuvre d’un de ces systèmes oppressifs, l’ont vécu dans une histoire et dans un lieu très concrets. L’étendu géographique de l’islam n’est résultat d’aucune utopie. Le vocabulaire de Pipes est non seulement peu rigoureux, il est erroné.

    AJM: Dans cet amas de différents éléments (êtres, idéologie, foi, histoire, lois…) que l’on peut nommer l’Islam, il y a du bon et du mauvais. Daniel Pipes nomme Islam modéré la partie de cet ensemble qui lui semble avoir un avenir. Comment nommez-vous cette partie, vous, Pavel?

  12. carouge- geneva
    June 20th, 2008 | 8:53 pm

    dear all , islam is islam and is not other thing:
    If you accept islam in your country, you must accept the next also  :
    Muslims may not steal from each other.  In fact, Muhammad had people’s hands cut off for that.  But the same is not true of unbelievers.  Property rights for them exist only at the discretion of their Muslim rulers.  Unsubmissive infidels frequently had their property stolen from them by Muhammad’s warriors, which sometimes included wives and children.

    The Qur’an:
    Sura (5:38) – “As to the thief, Male or female, cut off his or her hands: a punishment by way of example, from Allah, for their crime: and Allah is Exalted in power.”
    Sura (48:20) – “Allah promised you many acquisitions which you will take, then He hastened on this one for you and held back the hands of men from you, and that it may be a sign for the believers and that He may guide you on a right path.”  Allah promises Muslims that they will profit materially in their war against unbelievers.
    Sura (33:27) – “And He caused you to inherit their land and their houses and their wealth, and land ye have not trodden. Allah is ever Able to do all things.”  Referring again to the property of unbelievers, which is given to those Muslims who defeat them.

  13. Brian
    June 20th, 2008 | 10:36 pm

    Et les atheistes et les agnostiques en terre d’islam ?
    Il s’agirait de les aider.

  14. pavel
    June 26th, 2008 | 12:03 am

    AJM: Dans cet amas de différents éléments (êtres, idéologie, foi, histoire, lois…) que l’on peut nommer l’Islam, il y a du bon et du mauvais. Daniel Pipes nomme Islam modéré la partie de cet ensemble qui lui semble avoir un avenir. Comment nommez-vous cette partie, vous, Pavel?
     

    Une utopie…     😉

  15. July 4th, 2008 | 10:25 am

    […] Comment vaincre un ennemi qu’on ne peut pas nommer? De même qu’un médecin doit identifier sa maladie avant de soigner un patient, un stratège doit identifier l’adversaire avant de gagner la guerre. (…) En fait, cet ennemi a un nom bien précis et concis: l’islamisme (…) En fin d’analyse, l’islamisme présente essentiellement deux défis pour les Occidentaux: ils doivent en parler franchement et aspirer à la victoire. Daniel Pipes […]

  16. amiKL
    July 20th, 2008 | 9:27 pm

    Il faut savoir qu’une nation ne s’entend faite qu’avec le pays et le peuple auquel ce pays donne naissance. Autrefois, la nation n’était nullement composée de vastes groupes humains et étrangers qui résidaient dans une même région. Non, elle n’était pas encore une communauté humaine composée d’hommes venus de tous les pays, comme le sont les nations de cette fin de siècle. Elle était faite par un peuple composé de tribus originaires des lieux et parlant la même langue. Il n’y avait point de chefs autoritaires dans les commencements du monde, ce qui signifie aussi point de subordonnés. Tous étaient semblables et formaient ensemble leurs projets. Personne n’était esclave ni aux ordres de quiconque. Ils étaient tous libres comme les oiseaux. Les différences étant appréciées, la fraternité allait de soi.

    Les hommes des origines étaient forcément simples, purs, chaleureux et fraternels. Et leur nation, aux contours définis par la langue du peuple, était à leur image. Elle était fort différente encore de ces nations du soir du monde, de ces domaines délimités par des frontières factices à l’intérieur desquelles on assiste au massacre des habitants ! Ce ne sont pas des nations, ce sont des entreprises de destructions nées des ténèbres et des habitudes de guerre, car on y défigure les sites : Le pays est pillé, saccagé, dévasté, pollué. On fait également souffrir les bêtes de leur naissance à leur mort, et on trompe, on exploite, on somme, on frappe, et on emprisonne même des jeunes gens, quand on ne torture ou tue les habitants. C’est l’abjection dans ses plus grandes dimensions et d’horribles chemins de souffrance pour les plus faibles, mais les honneurs pour ceux qui les gouvernent…

    La puissance des ténèbres est effrayante car, en six mille ans seulement, les harmonieuses tribus de l’Eden en sont arrivées à l’horreur des grandes nations d’aujourd’hui. Cela fut ainsi, parce qu’après avoir rejeté Dieu et sa loi, les hommes se mirent à la recherche d’un modèle de société auquel se référer. Et vous êtes toujours à la recherche de ce modèle ; parce que vous voyez que, quoi que vous fassiez, cela débouche toujours sur l’injustice, la destruction, la guerre et le malheur. En ayant un veau d’or pour Dieu et de méchants fanfarons pour directeurs, il ne peut en être autrement toutefois. Car c’est toujours le règne des malfaiteurs et des calamités qu’ils apportent, en condamnant ainsi les générations futures.

    Admettez ce que je vous dis. Car, depuis que Caïn tua Abel, son frère, il n’y a jamais eu d’autres façons de vivre que celle imposée par les incirconcis et le veau d’or qu’ils servent. Et vous êtes depuis toujours conditionnés à vivre ainsi, sans pouvoir envisager un instant de vivre autrement. Convenez-vous cependant que si une manière d’être et de se comporter conduit le monde au désastre, c’est qu’il existe obligatoirement son contraire ? Je dis : puisque les sociétés de ce monde sont des associations de gens sectaires, vaniteux et bornés, qui conduisent inéluctablement le monde à sa fin, c’est qu’il existe une autre façon de vivre qui laisse intacte la Terre et ses habitants. Et c’est vers cette autre façon de vivre que je vous emmène !

    Les ténèbres sont aussi source d’angoisse, de crainte, d’inquiétude, car depuis toujours les hommes eurent peur de ceux qui se plaçaient à leur tête par la force, ou qu’ils désignaient eux-mêmes pour régner sur eux. Ils voyaient en effet que les voies dans lesquelles ils les conduisaient aboutissaient toujours à l’injustice, à la misère et à la guerre. C’est pour cela qu’à la suite des premières nations, il n’y eut que guerre sur guerre et temps de préparation de nouvelles guerres, jusqu’à ce jour où des bruits semblables de guerre s’entendent toujours. Et ce sont ces innombrables guerres de conquêtes, de religions et de suprématie qui sont à l’origine des villes fortifiées et du développement des armes.

    L’origine de la grande ville et des nations armées, c’est la peur sous toutes ses formes. Et seule la connaissance fera disparaître à jamais cette peur qui a pris plusieurs visages dans les siècles, mais qui n’en reste pas moins la cause de l’entassement croissant des hommes dans les villes où ils dégénèrent rapidement. Cette dégénérescence est indéniable dans toutes les nations ; parce que dans ces derniers instants du monde, partout où l’on porte les yeux, on voit Sodome et Gomorrhe ! La perversion est en effet extrême, aussi bien chez l’homme que chez la femme, et touche la plupart des enfants. Ce malheur ne pouvait être évité toutefois car, abandonner Dieu et sa loi pour servir aveuglément des boucs et leurs lois, c’est évoluer dans le mauvais sens et perdre forcément toute moralité. On devient alors comme des bêtes.

    Puisque toutes les sociétés sont bâties à l’image des romains, on sait alors qu’avec leurs préceptes de traditions et leurs lois, elles ne peuvent plus s’opposer à la croissance monstrueuse des villes. Elles ne peuvent au contraire que l’encourager. Aussi, en poussant l’extension des villes à l’extrême, il apparaît qu’elles finiraient par se rejoindre toutes, en n’en formant plus qu’une seule qui recouvrirait tout le territoire… Déjà, en divers pays, plusieurs grandes villes ont opéré leur jonction, en accroissant encore plus leur monstruosité.

    Les champs disparaissant un peu plus chaque jour, en arriverait-on alors à élever les vaches, les brebis, les chevaux et tout le bétail sur des barques attachées le long des côtes ? Leur donnerait-on à manger l’écume des vagues ? Produirait-on du grain, des légumes, des plantes potagères et des fruits sur les cimes des montagnes ? Jusqu’où ce développement forcené des villes et de l’habitat irait-il si rien ne l’interrompait ? L’urbanisme poussé à l’extrême, ainsi que l’intense mécanisation et le profit, pourraient-ils l’empêcher ?

    Pour vos dirigeants, la ville qui se développe comme une tumeur n’est pas une monstruosité. Elle est au contraire l’avenir heureux de l’humanité… On voit alors les plaines et les vallées, ainsi que les plus beaux champs que l’on cultive, se couvrir rapidement de ciment, de bitume, de bâtiments, de fer et de machines de fer ! Soyez rassurés cependant, car ni vous ni vos enfants ne verrez d’élevages le long des rivages ni de cultures de blé sur les sommets. Cela n’arrivera pas. Parce que déjà la pollution qui souille tout et détériore le climat, ainsi que l’intense déboisement, la disparition des espèces, l’appauvrissement des ressources minérales, l’épuisante course à l’argent, l’escalade dans l’armement suscitée par la défense des intérêts, et auxquelles choses s’ajoutent la guerre, la misère, la dénaturation, la prolifération des pauvres et la multiplication des maladies foudroyantes et incurables que ces choses amènent, en appellent déjà à l’étang de feu, qui est la seule puissance pouvant mettre un terme à toutes ces calamités.

    Parce que l’humanité voulut évoluer seule, sans Dieu, le monde est déjà au bord de cet holocauste annoncé depuis toujours. Et il aura lieu. Vous pouvez alors abandonner vos idéaux et vos projets politiques quels qu’ils soient, parce qu’ils sont en dehors de toute réalité. N’est-il pas en effet utopique de croire que ce monde citadin éloigné de la nature, qui s’enfonce toujours plus vite dans le néant et l’horreur, est un monde qui durera toujours ? Ceux qui vous gouvernent, en aggravant toujours plus les calamités, vous en persuadent cependant. Ils vous entraînent aisément dans leurs voies, parce que l’utopie dans laquelle ils se baignent pour s’en parfumer, est un moyen efficace pour cacher leur odeur et vous faire marcher à leurs côtés. Aussi plus personne ne s’aperçoit que les sombres nuages annonciateurs de cette terrible épreuve sont les conséquences de la transgression de la loi de Dieu, apportée par Moïse.
    Ésaïe vous recommande cependant de vous méfier de ceux qui vous gouvernent et vous entraînent dans leurs propres voies. Il dit :

    Cessez de vous confier en l’homme,
    Dans les narines duquel il n’y a qu’un souffle :
    Car de quelle valeur est-il ?

    Pour mesurer leur valeur, examinez un à un ceux qui règnent dans les villes et les nations du soir du monde ; vous ne trouverez en eux que des ossements secs, dépourvus de chair, parce qu’ils sont morts. Placez donc votre salut dans le Fils de l’homme dont la parole est parole de l’Éternel, vous n’en avez point d’autre. Car votre raison de vivre se trouve dans la ville sainte du royaume vers laquelle il vous conduit avec la connaissance, et dans votre âme qui vivra tout au long du chemin de la vie. Veillez alors à écouter celui qui donne ses jours pour montrer la voie du salut, en pensant que si un seul chef de peuple peut aujourd’hui anéantir le monde entier avec les armes dont il dispose, c’est aussi qu’un seul, le Fils de l’homme, le sauvera avec d’autres armes. C’est ici la justice de Dieu.