Alain Jean-Mairet » Hommage à la traduction
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Hommage à la traduction

Si au commencement fut le verbe,
le premier geste fut une traduction.

Toute expression est traduction, soit le passage (traducere, «faire passer») de la pensée d’une forme à une autre. Que le passage soit direct, comme dans l’expression (je dis ce que je pense, donc je traduis ma pensée), ou indirect, comme dans la transcription d’un langage à un autre, le processus reste semblable.

Le passage d’une langue à une autre semble d’abord plus direct que celui reliant la pensée à son expression. Ce dernier est un travail créatif, mêlant la réflexion au langage dans un mouvement influencé par la personnalité, la volonté, la culture, les facultés et l’humeur de l’auteur. Alors que le passage d’une langue à l’autre n’est qu’affaire de connaissances linguistiques. Mais un tel passage omet les qualités propres à la pensée, réduisant celle-ci à sa seule expression. Et si cela est parfois suffisant, cette activité n’a rien qui puisse satisfaire les attentes du traducteur envers son travail. Si le message des mots suffit, leur traduction mécanique (informatique) suffira également. Mais si la qualité de la pensée importe, la traduction doit revenir à la réflexion originale puis répéter, dans une autre langue, le processus créatif qui donna naissance à son expression.

La traduction y gagne en authenticité, car elle crée alors un parallèle non plus seulement entre deux messages, mais entre deux pensées, à un niveau plus profond et plus vrai. Le traducteur doit pour cela retrouver la source de la réflexion originale, faire abstraction de sa propre volonté et maîtriser le niveau de qualité rédactionnelle du texte.

Alors, la pensée de l’auteur revit. Car quel lecteur accorde au texte autant d’attention, de compréhension, que celui qui le récrit dans sa propre langue? Et quel acte mieux que celui d’écrire à nouveau, avec d’autres mots mais le même esprit, permet de parfaire la transmission de la pensée?

Lorsqu’un texte est authentiquement traduit, la pensée originale dont il transporte le message s’enrichit et s’embellit au contact de la langue cible. Cette richesse et cette beauté sont la récompense du traducteur.

Comments

  1. La Bête ( pseudo)
    December 29th, 2006 | 9:19 pm

    Très beau texte qui décrit bien la nature et le but du noble métier de traducteur(-interprète militaire) que j’ai pratiqué pendant presque 30 ans . Ceci dit , oui il faut combattre l’islam et pour parvenir à l’éradiquer, du moins dans nos contrés civilisées, ce serait une excellente solution de parvenir à le “délégaliser” , le criminaliser , bref le faire interdire pour ce qu’il est car après tout il s’agit d’abord et avant tout d’un système socio-politico- religieux foncièrement criminel ainsi qu’en atteste 1400 ans d’histoire. La tâche sera difficile car d’innombrables imbécilles ou crapules s’y opposeront . Et pourtant c’est l’avenir du monde civilisé qui est en jeu. Prof. Kafir Halouf ( pseudo)

  2. April 21st, 2007 | 6:32 pm

    Ne perdons pas de vue aussi que “traduire, c’est trahir” dans certaines circonstances…

  3. April 21st, 2007 | 7:03 pm

    Pas plus que de simplement s’exprimer.

    Renoncer à traduire pour ne pas risquer de trahir une pensée originale, c’est un peu comme de renoncer à marcher pour ne pas risquer de tomber: ça ne marche pas.