Alain Jean-Mairet » Les réformateurs de pacotille
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Les réformateurs de pacotille

Rien n’est plus séduisant pour un Occidental conscient du problème causé par l’Islam radical qu’un Musulman réformateur, quelqu’un qui s’efforce de répandre une vision ou une version pacifique de l’Islam. En effet, quoi de plus naturel que d’attendre une solution au problème du terrorisme musulman d’une réforme à caractère pacifique, d’une réinterprétation pacifique de l’Islam?

Mais est-ce possible et souhaitable?

Si cela était possible, nous devrions trouver dans l’histoire de l’Islam des communautés ayant appliqué de telles interprétations. Nous devrions trouver des écoles juridiques islamiques fondées sur cette approche. Nous devrions constater la présence de mouvements stables allant dans ce sens. Est-ce le cas?

Aucune école juridique islamique n’a jamais renié le djihad, la dhimma, les houdouds. Tous les courants de l’Islam dignes de ce nom ont repris les bases inacceptables héritées de l’exemple du prophète comme la guerre contre les non-Musulmans jusqu’à la suprématie, l’humiliation systématique des croyants d’autres monothéismes vivant en Islam ou les châtiments corporels en place publique (pour des comportements relevant souvent de ce que l’Occident considère comme la sphère privée). Certaines autorités modernes ont certes soutenu que l’aspect militaire du djihad était contre-productif et qu’il serait plus judicieux de mener l’effort de conquête par la seule dawa, l’appel à rejoindre l’Islam. C’est ce qui nous a valu les avalanches d’apologistes des dernières décennies.

Et il est vrai que certains mouvements ont prôné de véritables réformes, qui avaient le potentiel, au moins théorique, de modifier fondamentalement le fonctionnement des communautés islamiques. On peut penser par exemple au tout début du mouvement Ahmadiyya, dans l’Inde britannique, ou à Mahmoud Mohammed Taha, pendu au Soudan en 1985. Dans le premier cas, un homme se présentait comme un nouveau messager de Dieu, capable, donc, de modifier les lois anciennes. Dans l’autre, un penseur proposait de renoncer aux enseignements de toute la partie médinoise de la vie du prophète, car celle-ci aurait dépendu de circonstances ponctuelles et n’aurait plus cours aujourd’hui. Et d’innombrables autres tentatives ont suivi ces mêmes lignes ou ont simplement tenté de donner aux textes islamiques violents une interprétation purement allégorique, en dépit du fait que le Coran exige expressément le contraire (sourate 3, verset 7) et que la tradition du prophète, faite d’un simple récit et de collections d’anecdotes, prouve amplement qu’il n’y a rien de parabolique dans les ordres normatifs des textes sacrés. 

Il semble donc impossible de réformer véritablement l’Islam sans modifier quelque chose de fondamental à ses dogmes de base: ajouter un nouveau messie, retrancher une partie importante des textes ou faire abstraction de la nature de toute évidence purement concrète des événements relatés par ces textes. Dans un débat raisonnable, contre les Musulmans standards qui peuvent présenter des générations de penseurs unanimes sur le fond des choses, des collèges entiers d’experts consensuels, de tels réformateurs n’ont aucune chance. Dès le moment où l’on considère le legs islamique honnêtement, dans son ensemble, et qu’on croit, bien sûr, à sa véracité, on est contraint de donner raison à Mahomet et donc aux islamistes. Les islamistes sont simplement les Musulmans qui croient honnêtement en l’Islam. Et les réformateurs qui veulent y voir un message pacifique sont des menteurs. Des menteurs parfois nobles, c’est-à-dire pour la bonne cause, mais des menteurs tout de même.

Par le passé, à des époques et en des lieux où la majorité des gens étaient analphabètes, ce genre de mensonges nobles avaient leur pleine justification. Ils permettaient de gérer des communautés avec un minimum de violence et de terreur. Et dans la mesure où ces communautés étaient discrètes et peu ambitieuses, elles pouvaient perdurer. Mais jamais elles ne pouvaient faire école en se basant sur les dogmes islamiques, car dans ce cadre, elles n’étaient que mensonges. Pire: blasphèmes. De plus, dans l’éventualité d’une confrontation avec des Musulmans qui faisaient une lecture honnête des textes sacrés, elles avaient systématiquement le dessous, car leurs adversaires étaient censés avoir le droit de tuer leurs membres sans autre forme de procès, tandis que pour respecter leurs principes novateurs, elles étaient tenues de se comporter plus pacifiquement. Et jamais, donc, elles n’ont créé de mouvement de masse.

De nos jours, toutefois, il semble devenu possible de créer un tel mouvement, de forcer une interprétation, à coup de propagande: livres, cours universitaires, associations, manifestations, médias dédiés. Théoriquement, c’est possible. Si une chose est crue par un grand nombre de gens, elle peut devenir la norme. Mais, pour reprendre ma deuxième question: est-ce souhaitable?

Est-il souhaitable de fonder l’avenir d’une civilisation telle que l’Islam sur une montagne de mensonges dont on gaverait des populations comme on les gave aujourd’hui d’extrémisme islamique (et de mensonges sur l’histoire et les civilisations occidentales)? Je pense que non. Il n’y aurait pas suffisamment de noblesse dans ce mensonge pour le rendre moralement acceptable. Et puis, la modernité offre aussi une autre voie: celle de la vérité et de la raison.

Il est possible d’utiliser les moyens propagandistes pour répandre la vérité, pour informer le monde de ce qu’est vraiment l’Islam, afin que les gens aient une chance réelle de prendre de bonnes décisions à cet égard, notamment en Occident. Et il est possible d’utiliser la qualité de réflexion et de communication produite par la modernité pour répandre la raison. Et la raison nous dit qu’aussi longtemps que les Musulmans pourront ou voudront croire que Mahomet a existé, ils devront être des islamistes pour être véridiques.

En effet, si l’on admet que l’histoire de Mahomet est vraie, le simple examen de l’énorme importance historique et actuelle de l’Islam va sembler confirmer, dans l’esprit de tous ceux qui croient, au sens religieux et non pas seulement intellectuel de ce terme, que l’Islam est légitime tel qu’il est. Si l’on croit que le message d’un marchand illettré du VIIe siècle a pu donner naissance à l’Islam, on est forcé d’y voir un miracle d’une ampleur telle qu’il en confirme le bien fondé. Si l’on est fasciné par ce parcours, on va naturellement chercher à connaître l’homme qui se trouve à son origine. Et, par ce retour aux sources, en découvrant qu’il assassinait ses opposants politiques, qu’il tuait en masse, par décapitations, qu’il utilisait la torture, les armes tuant de manière indiscriminée, qu’il était polygame et possédait des esclaves, etc., et que tout cela était justifié par la religion qu’il apportait, dit-on, directement de Dieu, on va être fortement tenté de suivre son exemple.

Certes, nous ne saurons sans doute jamais ce qui s’est vraiment passé, comment ces textes ont été rédigés, dans quel but et dans quel esprit. Mais nous pouvons constater que seul l’abandon de la foi en la véracité de ces textes permet de réformer l’Islam à la fois honnêtement et fondamentalement.

Si Mahomet n’a pas existé, que les textes sacrés islamiques sont des faux, et cela est étayé par de nombreux travaux, on peut voir que de tout temps, les leaders musulmans ont été des despotes qui se servaient sans scrupules du phénomène religieux pour assouvir leur soif de pouvoir, tout comme les islamistes actuels. De fait, les textes islamiques permettent de sanctifier les comportements criminels qui sont la marque de tous les dictateurs. Discréditer ces textes, c’est discréditer les criminels qui se réclament de l’Islam. Ceux de l’histoire et ceux d’aujourd’hui. Et ne reste plus alors, pour construire l’Islam de l’avenir, que les réelles beautés philosophiques cultivées par les Musulmans humbles et pieux, qui craignent simplement de déplaire à un Dieu clément et miséricordieux.

Ainsi, les seuls réformateurs musulmans honnêtes et sérieux sont ceux qui remettent en question l’existence même de Mahomet. Le reste, tout le reste, n’est, au mieux, que pacotille.

Comments

  1. April 22nd, 2007 | 9:29 pm

    […] Et pourtant, même quelqu’un qui n’a que peu de temps à consacrer à la question peut lire, se documenter – quelques outils de base: coran, hadiths, sîra ; ou un autre film documentaire, pour les plus pressés -, et se rendre à l’évidence: les Saoudiens n’ont rien inventé, tout était bien là avant même la naissance d’Abd al-Wahhab. Ce qui explique probablement en partie pourquoi si peu de musulmans modérés protestent : ils savent que ce qui est dit est plus “orthodoxe” que leur propre modération, et ils savent aussi que protester pourrait leur faire encourir l’accusation d’apostasie – et ainsi, potentiellement, écourter leur espérance de vie. Ce qui explique aussi pourquoi les réformateurs de pacotille n’ont guère de chance de convaincre les Croyants… […]