Alain Jean-Mairet » Le socialisme est synonyme d’insensibilité
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Le socialisme est synonyme d’insensibilité

Il a toujours été possible de le démontrer intuitivement: confier à une chose – l’État – le soin de «faire le bien» (solidarité, charité) n’encourage pas l’action de bien. Au contraire, dans une communauté où l’État est censé pourvoir aux besoins des démunis, les gens sont découragés de faire preuve de charité.

La démonstration en est apportée en ce moment par un Américain, le professeur Arthur C. Brooks dans un livre – Who Really Cares – dont je découvre l’existence sur un de mes blogs favoris. L’auteur semble parfait pour ce rôle – c’est un ancien démocrate (au sens américain du terme, donc partisan du modèle socialiste) aujourd’hui indépendant après avoir été républicain, professeur d’administration publique chevronné, qui a vraiment disposé des moyens d’établir ce qu’il propose comme un fait établi: les républicains (au sens américain du terme, donc partisans du moins d’état) sont sensiblement plus généreux pour leurs semblables que les démocrates, et non seulement au niveau financier, mais dans tous les domaines possibles, y compris les travaux bénévoles et les dons de sang.

Et quoi de plus normal? Si l’on veut encourager la solidarité, la vraie, celle des gens, celle du coeur, il faut éviter comme la peste que l’État s’en charge, car alors plus personne n’a besoin d’être charitable, théoriquement, et les gens oublient aisément de l’être. Si voter pour un système étatique qui se charge de la charité à sa place peut avoir quelque chose de charitable au premier degré, comment éviter qu’ensuite, les électeurs partisans de ce modèle n’attendent systématiquement de l’État qu’il se charge de toutes les petites misères humaines alentour et ne cessent de s’investir dans ce domaine?

Comment éviter aussi que ce modèle n’attire tous les électeurs dont le coeur est fermé à la charité? La charité, la solidarité, est considérée comme une vertu dans toutes les sociétés saines, mais certains ne se sentent pas autrement portés à aider leur prochain – pour se démunir en faveur d’autrui, il faut avoir foi en la bonté de l’homme. Comment vont voter ceux qui n’ont pas cette foi? Socialiste, bien sûr, car c’est ainsi qu’ils peuvent passer pour «bons» à moindre compte. Car il n’y a plus besoin d’être généreux, charitable et compassionné, lorsqu’on est socialiste, pour passer pour quelqu’un de généreux, de charitable et de compassionné. Et surtout lorsqu’on est élu socialiste, bien sûr.

Si bien que les partis à vocation socialiste attirent irrésistiblement les égoïstes, les indifférents et les insensibles qui se soucient de leur bonne réputation. Et dans une société bien-pensante, ils sont une majorité, car il faut un engagement politique ferme et résolu pour prétendre alors ouvertement que l’action sociale est au fond nuisible lorsqu’elle est étatisée. Ces partis attirent aussi les gens qui ne nourrissent aucune réflexion politique, ou qui ne pensent aux questions politiques qu’en termes primitifs (les socialistes sont gentils – la preuve: ils le disent, ils vantent sans cesse leurs préoccupations pour les moins favorisés). Et il y a encore tous les gens à qui les socialistes aigris ont fait croire, à force de calomnies, que seule la gauche se soucie du bien des gens. Et bien sûr il y a ceux qui comptent sur les aides de l’État pour faire leur chemin dans l’existence. Car il semble plus facile, à des esprits oisifs, de voter pour obtenir un éventail de droits sociaux quasi automatiques que de faire la preuve de leur nécessité devant ses pairs.

Naturellement, il y a aussi tout de même des réflexions politico-historiques un peu plus sérieuses qui parlent en faveur du socialisme. Par exemple, pour en citer une assez commune, il me semble, seule la résistance de la gauche serait à même de freiner suffisamment les ardeurs fascistes dont l’Europe a tant souffert au siècle passé. Mais bon, ces fascistes se présentaient comme des socialistes avant de prendre le pouvoir. Oui, qui veut régner par le pouvoir de l’État tend à faire donner un maximum de pouvoir à l’État. Et c’est là le principal écueil strictement politique de la théorie socialiste: dès lors que l’on met en place un instrument étatique extrêmement puissant, peu importe dans quel but, il sera convoîté par les gens que le pouvoir corrompt, beaucoup plus que par les gens qui se soucient des qualités humaines que le socialisme prétend défendre. Et tôt ou tard, cet État cessera d’agir pour le bien commun et infligera, à cause de son pouvoir immense, des dommages incalculables à sa population. Le socialisme est un piège politique impitoyable.

Il faut au contraire responsabiliser les gens, individuellement, et faire en sorte que l’État, si tant est qu’il doive intervenir d’une quelconque manière à ce niveau, se contente de simplement récompenser les actes de solidarité des personnes ou des entreprises, afin d’en favoriser l’expression spontanée. Et il doit le faire dans toute la mesure du possible sans augmenter ses propres prérogatives, sans créer de nouveaux offices étatiques. L’État doit être le plus inexistant possible. Il doit uniquement veiller à ce que la société civilisée soit réalisable: défendre le pays, y faire régner les droits et les libertés (mais pas les fournir), gérer la construction et l’entretien des infrastructures communautaires. Le reste est l’affaire des citoyens et doit le rester. Car l’État, en réalité, n’est autre que ses citoyens. Le reste est illusion, simple convention de langage.

Et, comme le montre Arthur C. Brooks, justement, les gens qui pensent ainsi (républicains) sont, dans l’ensemble, naturellement plus enclins à se montrer charitables et compassionnés, personnellement. Car ils ont, généralement, le sens du risque, la fibre de la vraie solidarité et l’énergie de la foi en l’homme nécessaires à toute entreprise qui ne compte pas sur une sorte d’entité permanente sécurisante, telle que l’État, pour réussir.

Comments

  1. Lop_gor
    January 30th, 2007 | 1:31 am

    Mais si personne ne manque de rien il n’y a simplement pas besoin que les gens soyent charitable… Je ne vois aucun problème à cela…

    [AJM: Personne n’y verrait aucun problème, évidemment. Mais ce ne sont là que des paroles creuses, et vous allez le prouver dans votre prochaine phrase.]

    Si les républicains sont aussi charitable que tu le dis comment se fait t’il que 200 000 enfants et sans oublier leurs 400 000 parents meurent de faim chaque jour ?!

    [AJM: Il faudrait savoir. Personne ne manque de rien? Ou des gens meurent de faim? Il semble, selon les études d’un professeur dont les convictions initiales ne se prêtaient pas à ce genre de déclarations, que la charité plus prononcée des conservateurs est bel et bien un fait. Cela ne suffit pas à assurer le bonheur de tous, mais à qui la faute?] 

    Alors que la planete produit suffisament de nourriture pour aire vivre tout le monde. Des centaines de tonnes de nourriture sont jetter chaque jour juste pour mantenir les prix élvée… Sa me donne la nausé

    [AJM: L’économie est imparfaite, comme toutes les activités des hommes. Mais la réduire à l’expression d’une avidité cruelle participe d’un conspirationnisme qui donne bonne conscience surtout à ceux, justement, comme nous venons de le voir, dont les faits indiquent qu’ils ne se soucient pas autrement de leurs semblables. En réalité, une économie qui fonctionne est le meilleur moyen connu de résoudre ces problèmes.]

    Bon voila ce que j’en dit moi, je ne reviendrai surment pas ici mais je tenais à dire cela.

    [AJM: Merci de me laisser vos nausées à éponger. C’est toujours un plaisir, bien sûr, que d’aider ses semblables à régurgiter leurs convictions indigestes.]

  2. Jaurès
    August 28th, 2007 | 8:50 pm

    C’est la chose la plus absurde que je n’ai jamais lu. Il y a une confusion à l’origine de ce que vous afficher: La charité n’est pas la solidarité. La mise en pratique de la vertu de charité à l’égard du prochain est une œuvre de bienfaisance, un don, une aumône. Il s’agit alors d’une initiative privée désintéressée, dictée par la foi (chrétienne ou autre : le terme, originellement chrétien, est appliqué à des pratiques semblables dans d’autres religions). Elle consiste à décider d’offrir du temps, un service, de l’amour, de l’argent etc. à une personne dans le besoin. Le terme désigne d’une façon générale la vertu qui porte à faire le bien d’autrui.La solidarité, quant à elle, lie la responsabilité et le destin de chacun à ceux de tous, de sorte que chacun doit affronter les problèmes rencontrés (ou provoqués) par un seul membre du groupe.

    A la charité individuelle, il existe une solidarité collective. A une charité mue par la foi, il exise une solidarité mue par le droit. A une charité alimentée par la compassion, il existe une solidarité éprise de Justice.

    Il est évident que nous ne partageons pas les mêmes valeurs. Mais considérer que les gens votent socialistes ou démocrates pour avoir bonne conscience est un procès d’intention que je ne saurai accepter.

    Contruire une réponse collective même imparfaite (alliant collectif et individu) me parait être un début de solution à ce que vous présentez comme une démarche soutenable: la pitié comme moteur de l’altruisme. Face à la pitié, je préfèrerai toujours le Droit à la Dignité….

    Bien à vous

    AJM: Merci pour toutes ces explications, qui montrent à quel point ces questions vous intéressent. Mais vous oubliez la principale (explication), celle du fait qui est à l’origine même de ce billet: pourquoi les gens qui pensent comme vous donnent-ils moins volontiers à leurs prochains dans le besoin, d’une manière générale?