Alain Jean-Mairet » Affaire SAP/Covassi: à qui profite le doute?
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Affaire SAP/Covassi: à qui profite le doute?

En février dernier, un certain Claude Covassi, 36 ans, informait bruyamment la presse de la mission dont il aurait été chargé par les services secrets helvétiques: infiltrer le Centre islamique de Genève (CIG), dirigé par Hani Ramadan, le frère de Tariq, afin «d’inventer un lien entre certains jeunes salafistes partis se battre en Irak, via la Syrie, et le CIG».

L’homme déclarait alors craindre pour sa vie à la suite de menaces proférées «par un officier du Service d’analyse et de prévention (SAP), au point de se réfugier dans une capitale du Moyen-Orient, d’où il exigeait la possibilité de remettre ses preuves (enregistrements de conversations avec son contact du SAP et copies de ses propres rapports) à la Commission parlementaire chargée de contrôler les activités du renseignement suisse, sous peine de «tout publier sur Internet pour faire éclater la vérité». Et d’ajouter que «cela risque de faire des dégâts».

Quelle peut donc bien être cette vérité qui ferait des dégâts sur Internet mais pas auprès d’une commission parlementaire?

Trois mois se sont écoulés depuis la fuite de Covassi. L’affaire est relancée aujourd’hui par deux divulgations parallèles: – celle de Hani Ramadan, qui présente des extraits d’une lettre qui lui a été adressée par Christoph Blocher, chef du Département de justice et police (DFJP); et – celle de Claude Covassi, faisant état d’un courriel qui lui aurait été transmis «sur décision du président de la Délégation des commissions de gestion des Chambres fédérales, Hans Hofmann».

La lettre de Blocher «dément que le Service d’analyse et de prévention (…) ait jamais mandaté un ‹agent provocateur› pour infiltrer le CIG et compromettre son directeur». Et le courriel mentionné par Covassi lui aurait signifié qu’une «délégation des Chambres fédérales souhaiterait» l’entendre officiellement dès qu’il serait rentré en Suisse.

Mais qui peut croire que les autorités suisses aient monté un tel stratagème – charger un individu vivant de petits trafics de simuler une conversion à l’Islam et de fabriquer des preuves – pour impliquer Hani Ramadan? Quel responsable digne de ce nom irait risquer un tel geste, susceptible de discréditer son service, et fondé de surcroît sur la confiance en un individu tel que Covassi, pour faire passer le petit-fils du fondateur des Frères musulmans pour un partisan du terrorisme islamique?

Covassi nous dit, via oumma.com, que le SAP pensait utiliser la même tactique que la brigade des stupéfiants de Genève, qui l’aurait employé comme appât afin d’arrêter ses pourvoyeurs de drogue. Mais il s’agit ici de tout autre chose – de fabriquer un acte illégal inexistant. Il est acceptable que la police tende aux criminels des pièges qui n’attireront jamais que des criminels, mais naturellement pas qu’elle invente de toutes pièces des activités illégales pour faire inculper qui bon lui semble. Que certains s’y trompent, c’est possible – mais des agents entraînés, des responsables formés, des juristes spécialisés?

Si l’affaire profite à quelqu’un, ce n’est pas aux services de renseignement suisses. Ainsi, même si ce projet rocambolesque avait abouti, il resterait suspendu à la bonne foi ou à la discrétion d’un individu qui aurait dû mentir sur ses convictions religieuses pour le mener à chef – voilà qui serait bien fragile.

Le CIG, en revanche, dispose maintenant d’une assurance tout risque sous la forme d’une explication qu’un certain public acceptera sans broncher, pour le cas où, par exemple, à tout hasard, l’un ou l’autre des «noms des musulmans qui partaient depuis Genève en Irak» se retrouve un jour «dans le fichier informatique du Centre islamique», puisque c’était là, selon Covassi, le plan du SAP. Un plan que le SAP peut maintenant choisir de simplement nier, laissant ainsi planer un doute qui entachera sa réputation, ou de tenter de réfuter au grand jour et, ce faisant, de griller ses agents et ses plans réels.

29.5.2006 TdG
Covassi annonce aujourd’hui depuis l’Egypte qu’il ne parlera plus aux médias:

En coupant les ponts avec les journalistes, l’agent répond à l’une des deux conditions posées par la Délégation des commissions de gestion pour qu’il soit entendu par elle. La seconde est, selon «Le Matin Dimanche», qu’il amène dans ses bagages l’ensemble des documents en sa possession, afin de prouver ses dires.

La «taupe» est prête à se rendre en Suisse mais réclame des garanties supplémentaires. L’informateur affirme en effet que les services secrets israéliens s’intéresseraient à lui. Il ferait aussi l’objet d’une «attention manifeste des services de police égyptiens».

UPDATE: Un and plus tard, les soi-disant preuves de Covassi se sont évanouies.

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  1. October 17th, 2006 | 2:36 am