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Washington trahira-t-il les opposants au régime iranien?


par Daniel Pipes
Jerusalem Post, 17 juillet 2008
VO: http://www.danielpipes.org/article/5761

À mesure que le mandat des Nations unies légitimant la présence des forces américaines en Irak approche de son terme, le 31 décembre 2008, la perspective d’un désastre humanitaire et stratégique commence à se dessiner. Le sort de quelque 3500 opposants au régime iranien se décidera au cours des négociations sur le statut des forces entre Washington et Bagdad.

Des membres de l’OMPI affichent leur bannière en passant un point de contrôle américain en Irak, en 2003 (AFP).Il s’agit de membres des Mujahedeen-e Khalq (MEK; aussi appelé l’Organisation des Moudjahiddines du peuple iranien, OMPI), le principal groupe d’opposition iranien. Basés au Camp Ashraf, au centre de l’Irak, ils sont considérés comme des «personnes protégées» selon la Quatrième Convention de Genève (version française) et ont été placés sous la protection des forces militaires américaines depuis 2004. Selon la Convention contre la torture de 1984, dont le gouvernement des États-Unis est partie prenante, l’expiration du mandat des NU ne met pas fin à l’obligation américaine de continuer de protéger les membres de l’OMPI.

D’autre part, le réseau de soutien de l’OMPI en Iran a fourni de précieux renseignements. Par exemple, il a révélé les ambitions nucléaires de Téhéran et ses transports de pièges explosifs vers l’Irak. En reconnaissance pour cette assistance, un mémorandum du lieutenant-colonel Julie S. Norman daté du 24 août 2006 précise que «l’OMPI a toujours mis en garde contre les ingérences du régime iranien et a joué un rôle positif dans la mise en lumière des menaces et des dangers engendrés par ces interventions; ses renseignements ont été très utiles à cet égard et, à certaines occasions, ont contribué à sauver la vie de soldats [américains]».

Le Département d’État conserve l’OMPI sur sa liste des organisations terroristes étrangères, mais cela devrait changer en octobre prochain, car le groupe ne correspond plus aux critères du terrorisme – il a renoncé au terrorisme, il n’a plus procédé à aucune opération depuis de nombreuses années, il ne dispose pas des moyens d’effectuer des opérations futures et il ne menace pas la sécurité des États-Unis. Le général Raymond Odierno, bientôt le commandant en chef des forces armées américaines en Irak, avait déjà remis en question la présence de l’OMPI dans cette liste en mai 2003: «Je dirais que toute organisation qui a confié ses équipements à la coalition a clairement montré sa collaboration avec nous et je pense que cela devrait motiver une révision de sa désignation comme organisation terroriste.»

Depuis lors, un groupe inter-agence du gouvernement américain dirigé par le FBI a disculpé les Iraniens d’Ashraf de l’accusation de terrorisme. Après qu’un tribunal britannique ait décidé que le groupe n’était pas «concerné par le terrorisme», le gouvernement du Royaume-Uni a supprimé le groupe de sa liste de terroristes en juin dernier.

Naturellement, l’expulsion de l’OMPI d’Irak est considérée tant par Bagdad que par Washington comme la principale exigence de Téhéran. Le régime iranien est fermement décidé à détruire son principal opposant et il a déjà exercé des pressions, avec un certain succès, pour que le gouvernement irakien démantèle le Camp Ashraf et renvoie les membres de l’OMPI en Iran. Les politiciens irakiens favorables à Téhéran se sont joints à cet appel, avec parmi eux des dirigeants de l’Alliance irakienne unie et du Conseil suprême islamique irakien.

Puis, le 9 juillet, le ministre des affaires étrangères Hoshyar Zebari déclara que le gouvernement irakien avait décidé d’expulser les membres de l’OMPI. L’ambassadeur iranien en Irak, Hassan Kezemi-Qomi, précisa que le cabinet irakien avait approuvé rapidement l’expulsion de l’OMPI d’Irak. La chaîne de télévision iranienne Jame Jam annonça le 6 juillet 2008 que «les forces militaires américaines ont indiqué être prêtes à rendre» le Camp Ashraf à Bagdad, ce qui donnait six mois à l’OMPI pour quitter son territoire.

Si ces informations sont exactes (et il faut relever que de telles déclarations antérieures avaient eu peu d’effet opérationnel), elles impliquent le transfert des résidents d’Ashraf désarmés aux forces irakiennes ou leur expulsion vers l’Iran. Dans les deux cas, un massacre en règle est fort probable, soit par les hommes de Téhéran en Irak, soit par Téhéran directement. Un tel succès donnerait sans doute un nouvel élan aux ambitions iraniennes en Irak.

L’administration Bush est restée silencieuse sur ces événements, mais elle a à la fois le devoir et l’intérêt – selon ses engagements humanitaires, ses obligations légales internationales et son besoin d’alliés contre Téhéran – d’insister lors des négociations avec Bagdad sur le statut des forces pour que les membres de l’OMPI restent sous la protection de l’armée américaine et qu’ils soient libres de quitter le Camp Ashraf.

Après avoir supprimé les Mujahedeen-e Khalq de sa liste d’organisations terroristes étrangères, Washington devrait tirer parti des craintes quasi-pathologiques du régime de Téhéran en menaçant de rencontrer l’OMPI et de soutenir ses efforts de relations publiques. C’est là le moyen le plus aisé et le plus efficace d’intimider la République islamique d’Iran.

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