Alain Jean-Mairet » Oui, l’Islam est ce que les Musulmans en font
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Oui, l’Islam est ce que les Musulmans en font

Hugh Fitzgerald est un auteur prolifique, critique et extrêmement érudit, sur l’Islam. L’autre jour, il faisait la remarque suivante (je traduis):

Dans la première édition de sa série «Blogging the Qur’an» sur Hot Air (reproduite sur Jihad Watch), Robert Spencer écrit qu’il ne «pense pas que les textes religieux sont infiniment malléables et peuvent être interprétés au point de signifier tout ce que le lecteur souhaite les voir exprimer, comme semblent le croire certains (…)»

Cela fait immédiatement penser, par contraste, à l’opinion de Daniel Pipes selon laquelle «l’Islam peut être tout ce que les Musulmans souhaitent en faire».

L’une de ces opinions est beaucoup plus sensée que l’autre.

Je me sens appelé à creuser cette question, car il se trouve que je partage à la fois l’avis de Robert Spencer (les textes islamiques ne sont pas interprétables d’une manière pacifique) et celui de Daniel Pipes (les Musulmans peuvent décider librement de ce qu’est l’Islam).

D’abord, l’un parle des textes et l’autre de l’Islam. La différence est importante: même si les textes islamiques sont irrécupérables car trop débordants de haine et trop exempts d’arguments honnêtes en faveur d’une réconciliation (avec les non-Musulmans), il n’est pas exclu que les Musulmans choisissent d’en faire abstraction et de redéfinir leurs valeurs sur d’autres bases. Certains diront que ce ne serait plus l’Islam, mais que vaudrait une telle objection devant un fait accompli? Cette simple possibilité justifie à elle seule qu’on évite toute déclaration définitive à cet égard, car elle constitue sans doute l’issue la plus souhaitable. Et cette attitude permet de mettre indéfiniment l’accent sur les difficultés de la tâche sans pour autant verser soi-même dans le discours haineux.

D’autre part, même au-delà des termes et même si l’on veut croire que la religion islamique n’est décidément qu’un trou de honte creusé et entretenu de tout temps par des tortionnaires inspirés d’inculture tribale médiévale et que ses victimes, devenues consentantes par un asservissant mélange de lâcheté et d’esprit de sacrifice, préfèrent cacher au prix des pires mensonges et de la répétition des pires erreurs de leur histoire plutôt que de révéler leur infâme impuissance devant le mal, il peut être judicieux de laisser aux uns comme aux autres, ou à leurs descendants, autant que faire se peut, la possibilité de réparer cette ignominie par leurs propres moyens. Même si l’on ne parvient pas (encore) à y croire soi-même. La condition sine qua non de ce choix étant bien sûr de prioriser la protection des non-Musulmans contre l’influence de l’Islam.

Mais surtout, il est (presque) toujours de mauvaise politique de braquer un débat sur une impossibilité que la grande majorité des participants ne sont pas en mesure d’apprécier, d’évaluer. Pour être capable de poser une opinion éclairée sur la question, il faut avoir lu au moins tout le Coran, plusieurs fois, et une grande partie des textes qui l’accompagnent dans la conscience religieuse musulmane, sans oublier les principales approches non sacrées sur le sujet. Il est illusoire d’espérer que ce sera un jour le cas d’une majorité des gens ou des décideurs. Il faut même espérer ardemment que tant d’efforts si peu productifs ne seront jamais nécessaires. Il vaut donc mieux, si l’on veut vraiment participer  à un effort durable et susceptible de mener le problème jusqu’à sa solution, adopter un discours qui permette de réunir un consensus raisonnable sans exiger préalablement la diffusion à grande échelle d’une opinion à tel point informée et consolidée.

C’est pourquoi je suis de l’avis de Daniel Pipes: les Musulmans peuvent fort bien réformer leur vision de leur religion. S’ils se mettent d’accord. Les chances sont faibles, mais elles existent. J’ai même imaginé une structure qui écarterait les principales difficultés du débat et qui optimiserait la progression vers un tel consensus (mais c’est une autre histoire).

Et c’est pourquoi je suis aussi de ceux qui critiquent la religion islamique dans le même esprit que Robert Spencer et Hugh Fitzgerald, c’est-à-dire comme un corps de pensées que l’Occident doit absolument rejeter en totalité, au moins aussi longtemps que sa réforme ne sera pas achevée. Et il n’y a là pas la moindre contradiction.

J’ajouterai que si je préconise d’interdire l’Islam, en m’appuyant sur les particularités de la situation législative helvétique, ce qui peut en revanche aisément paraître contradictoire avec ma position ci-dessus, c’est pourtant dans ce même esprit, exactement. Si la Suisse, petit pays tranquille et sans problème musulman encore vraiment douloureux, parvient à tenir un débat national et surtout populaire sur les bonnes raisons d’éliminer une religion du domaine public occidental, le monde en général aura franchi un pas de géant vers la solution souhaitable esquissée plus haut.

Comments

  1. Nabila
    April 29th, 2008 | 3:35 pm

    Cela me semble évident qu’il faut prioriser la protection des non-Musulmans, des apostats et de construire une charte mondiale sur la liberté de religion. Révoquer la Charte des Drois de l’Homme en terre d’islam, qui est tout simplement la charia, ce qui évitera l’engouement pour des enclaves en Occident, régit par la charia et qui invaliderait celle de 1948 pour la population islamisée vivant dans les pays démocratiques.
    Car les populations dans les pays islamiques ne peuvent pas choisir…Par contre l’exemple qui peut influencer(?), c’est un modèle occidentale qui se tient debout.

  2. madimaxi
    May 5th, 2008 | 10:25 pm

    Réflexion intéressante, séduisante même qui mériterait d’être poursuivie et enrichie. Je ne vous surprendrais pas, cher AJM, en disant que je bute toujours sur cette “interdiction” qui me paraît à la fois irréalisable en pratique et contreproductive dans la réalisation de votre plan d’action tendant à provoquer des réformes que nous considérons comme salutaires. Je comprends la nécessité de fermeté à opposer à la propagation de l’islam comme religion mais je crains que cette intransigeance dans les termes, purement formelle de surcroît, ne reflète que notre frilosité et le manque de confiance en soi. En état actuel des passions exacerbées, rien ne garantit que le débat que vous souhaitez provoquer en prenant la Suisse comme point de départ ne se transforme en une condamnation unanime, favorisant la radicalisation et le repli des éléments les plus enclins au changement.

    AJM: La nature de l’Islam et son évolution actuelle le garantissent.

    L’islam est un seul texte mais l’Islam comme civilisation présente de multiples facettes qui se réfèrent à ce texte de manières des plus diverses. Essayons d’en tirer parti.

    AJM: Cela a l’air raisonnable, mais en pratique tout ce que vous ferez dans ce registre profitera toujours aussi aux forces rétrogrades de l’Islam (et le plus souvent davantage qu’aux réformistes), car le problème est dans les textes sans lesquels l’Islam n’existe pas (encore). Il faut donc commencer par répandre la compréhension de la nocivité de ces textes. Et le reste n’est pas vraiment du ressort des non-Musulmans.

    Pour avoir séjourné quelque temps en son sein, je prends à témoin la société mahoraise, musulmane à 97 % et pourtant attachée à la France et à ses institutions républicaines. Point de manifestation d’hostilité à l’égard du pouvoir “kouffar” là-bas, synonyme du bien être et de sécurité. Le comble du paradoxe est le fait que, en dépit de son message misogyne et de ses 10 siècles de présence sur l’Ile comme sur le reste de l’archipel des Comores, l’islam n’a en rien modifié la structure ancestrale de cette société matriarcale et matrilinéaire.

    AJM: Je ne connais pas l’endroit, mais je suppose que les gens y cultivent des croyances personnelles fortes, antérieures à l’Islam, réellement universelles (ou animistes au sens positif du terme), et qu’ils ont simplement ajouté la rhétorique islamique (apologiste) au discours religieux (que peu de gens écoutent) sans renoncer à leur culture populaire et familiale. En tout cas, à vous entendre, les lois de l’Islam n’y sont pas appliquées du tout. Il serait en effet intéressant de découvrir pourquoi, mais plutôt, à mon avis, comme moyen supplémentaire de protéger les gens de l’Islam que pour chercher un quelconque arrangement avec cette chose.

  3. madimaxi
    May 6th, 2008 | 8:33 pm

    1) L’engagement frontal sans soutien nécessaire mène souvent à l’encerclement, isolement, marginalisation… finalement implosion. De l’autre côté, il est vrai qu’une action ferme de minorités agissantes s’avère parfois déterminante. Vous semblez avoir fait votre choix, qui vivra verra. Dans tous les cas, je salue votre force de conviction et l’énergie personnelle qui animent votre combat.

    2) Dont acte.

    3) C’est le titre de votre billet qui m’a inspiré cette digression personnelle afin d’appuyer sa justesse. En fait, le statut de Mayotte se caractérise par sa dualité : droit commun et droit coutumier restreint aux activités notariales, sociales et, très occasionnellement, judiciaires (certaines affaires civiles et commerciales à l’excusion de la justice pénale). Ce droit coutumier se réfère à la charia d’Al-Nawawi, sunnite chaféite, avec des aménagements tenant compte des spécificités sociétales locales. Le Mahorais nait sous le statut personnel local mais il peut opter pour celui de droit commun à sa majorité. Les jeunes fréquentent l’école de la République en parallèle avec la coranique.

    Tout est en apparence islamique mais, tenant compte de vos remarques, il pourrait s’agir en pratique d’une sorte de syncrétisme que l’on retrouverait probablement dans d’autres endroits en terre d’islam, en Afrique Subsaharienne et en Asie de Sud-Ouest notamment.

  4. pierre champagne
    May 7th, 2008 | 3:00 pm

    Je partage totalement votre opinion, Mr Mairet,toujours en plein dans le mille comme on dit par chez-nous (quebec),je souhaite que vous pourrez etre au pouvoir en Suisse(gouvernement)et mettre en pratique tout ça,car y as plus de temps as perdre !!!…continuer votre super-travail Pierre