Alain Jean-Mairet » 2005 » June
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L’Islam a pris son tournant

Il y a encore quelques années, les islamistes étaient mal aimés par l’écrasante majorité de leurs coreligionnaires. Leurs actes barbares et leur impiété souvent manifeste leur valaient le rejet – bien que silencieux – des Musulmans pieux traditionnels. L’islamisme pouvait alors paraître sur le déclin et les atroces attentats de New York, de Madrid et de Beslan pouvaient être interprétés comme leur chant du cygne.

Puis on tenta d’introduire la «démocratie» en Terre sainte. C’était, et c’est encore, une bonne idée. Mais on y posa la pyramide démocratique sur la pointe: au lieu d’introduire lentement les bases de la démocratie – l’État de droit, les libertés individuelles, la protection des minorités, la participation politique – et d’en définir les élections comme l’aboutissement logique et naturel, on se contenta de distribuer le pouvoir à ceux qui se montraient capables, de n’importe quelle manière, de recueillir des voix en leur faveur. Et, bien sûr, les islamistes sont élus. Et la pyramide démocratique s’enfonce dans le sable.

En conséquence, les Musulmans traditionnels commencent à penser que l’islamisme, après tout, pourrait bien être la solution, qu’un effort vraiment strict et discipliné dans la voie de Dieu va permettre d’instaurer le règne divin. Et le projet islamiste prend toujours plus de vigueur au sein du peuple, acquiert des lettres de noblesse imméritées mais indéniables.

La démocratie ne perdure que lorsque la pente de sa pyramide est optimale: les pyramides trop pointues ou trop trapues s’effondrent vite. Aujourd’hui, chaque esprit scientifique sait calculer en un instant la pente optimale d’une pyramide. Mais les croyants préfèrent prendre une poignée de sable et la laisser couler doucement pour former un tas, dont la pente sera celle dictée par Dieu. Le résultat est le même, mais pas la voie. Il y a là une sagesse trop oubliée en Occident.

Pourquoi l’Islam est dangereux

Il est commun par ici de penser que les religions se valent, se ressemblent, procèdent du même processus. Depuis le cocon des cultures occidentales laïcisées, l’on voit volontiers les religions comme autant de manifestations sociales, ou de témoins, des recherches spirituelles de grande envergure.

Oui: une personne ou plusieurs travaillent longuement à comprendre et à assimiler l’essence de la réalité, puis transmettent leur message d’une manière si évidemment cohérente et intelligente que l’événement fait date dans l’histoire. Puis, d’autres, séduits par tant d’inspiration, s’appliquent à l’immortaliser, et créent une religion qui lui est dévouée.

Les religions apparaissent ainsi comme des entreprises humaines qui se donnent pour mission de préserver, voire d’optimiser le message de saints ou de divinités incarnées. Et dans cette optique, en effet, toutes se valent. Il suffit de choisir celle dont les dogmes s’accordent le mieux à ses aspirations personnelles, puis à en respecter les règles, à en étudier les voies, pour s’approcher de l’idéal qu’elles proposent, ou pour éviter de se perdre.

Cette approche est extrêmement gratifiante pour celui qui l’adopte, car elle place l’esprit comme au-dessus des religions et juste en deçà de la sagesse pure de leurs initiateurs. L’on se sent alors comme plus intelligent que les croyants, et comme capable, si l’envie nous en prenait, de tutoyer les dieux.

Cette attitude a aussi pour corolaire positif une grande tolérance envers les diverses religions, même envers celles qui inspirent à leurs fidèles des actes fort cruels. L’on accepte alors ces derniers comme de simples dérapages momentanés et l’on s’attend à ce que les vrais fidèles, ceux qui, à travers une religion, cherchent en fait l’inspiration initiale, l’élan vers le divin, finissent par prendre le dessus et assainissent leur propre religion de l’intérieur.

Mais l’Islam n’est pas une religion comme les autres. C’est une exception. C’est la seule religion qui ne se fonde sur aucune recherche de sagesse, sur aucune inspiration vers la vérité ultime. C’est la religion au sens strict.

Dès les tout premiers instants de l’Islam, à La Mecque, l’ambiance est à la soumission, à l’imposition d’une volonté. Mahomet est un marchand qui doit son statut à une femme plus âgée que lui. Il n’est pas un savant, il est même analphabète, et il n’est pas intéressé par la connaissance de Dieu. Il dit la subir, soudain, dans l’effroi.

Ses proches l’encouragent à en faire une religion car c’est là déjà un commerce florissant à La Mecque de l’époque. Il échoue car il en fait trop: il veut dominer tous les autres dieux de la place en reprenant à son compte l’idée monothéiste ainsi que de nombreux attributs de la religion juive (laquelle, comme les autres, n’est que le sédiment de la recherche judaïque initiale). On le chasse. Il se venge.

Pour imposer son dieu, Allah, Mahomet s’octroie tous les droits: attaquer pendant les trêves, assassiner ses détracteurs, calomnier ses concurrents, abattre ses prisonniers, tuer des civils, rompre ses engagements, guerroyer sans fin. Le prophète de l’Islam, dès lors qu’il eut autour de lui une cour de fidèles, participa personnellement ou dirigea en moyenne neuf campagnes militaires par an.

Si, au tout début de sa tentative, il reprenait des préceptes judaïques de base, en les dénaturant visiblement par simple manque de références, et imitait ainsi l’apparence d’une religion normale, son legs est essentiellement constitué de sa période guerrière, et c’est d’ailleurs celle-ci qui propulsa les premiers Musulmans jusqu’en Europe. L’Islam, en essence, est une guerre de conquête au nom de dieu, un djihad.

La religion musulmane, contrairement aux grands mouvements religieux et philosophiques mondiaux, n’a donc aucune racine propre dans une quelconque recherche originale de la vérité divine. Ses quelques qualités sont empruntées aux traditions juives populaires, c’est-à-dire superficielles, de l’époque. Et le reste n’est que le moyen d’imposer une volonté, celle d’Allah, qui se confond totalement avec celle de son prophète. Ce que nous sommes censés appeler aujourd’hui l’Islam radical est en fait l’Islam original.

Bien entendu, plus tard, des penseurs d’envergure apparurent au sein de l’Islam. Et, avec les siècles, et un lourd cumul de pieux mensonges, l’Islam prit l’allure d’une religion normale, avec ses faces sombres persistantes, certes, mais aussi avec ses beautés. Et, naturellement, l’Islam compte sans doute une proportion de gens pacifiques et profondément humains équivalente à celle de l’Occident.

Mais la particularité reste. Ceux qui étudient la religion coranique avec une grande ferveur retournent fatalement à ses sources, faites de terreur, de haine, de vengeance, de conquêtes. Le malheur est que ceux à qui cela plaît sont en meilleure posture que ceux qui s’en effraient. À celui qui l’adopte, l’Islam radical donne les mêmes droits qu’à Mahomet: il peut mentir sa vie durant, il peut tuer les infidèles et les mauvais Musulmans, Allah s’en réjouira. Et celui qui s’effraie, comment pourra-t-il seulement oser tenter de dire la vérité? Car le faire, c’est déclarer sa propre condamnation à mort. Les critiques de l’Islam sont donc rares, surtout en son sein.

L’Islam, donc, est dangereux tel qu’en lui-même. Il produit des extrémistes, des terroristes et des despotes en leur fournissant une foi et des motivations calquées sur leurs instincts.

À l’extérieur, en Occident, il faut s’en protéger, et en protéger les siens. Il y a là un devoir de précaution impératif. Et à l’intérieur, au sein de l’Islam, il faut en réformer les bases, ou, mieux, les créer. Car l’absence de fondements spirituels de l’Islam est en même temps sa force et sa faiblesse: c’est en les lui donnant qu’on le fera enfin chuter. Et ce qui jaillira alors à sa place pourrait bien être cet élan de foi auquel aspirent les croyants authentiques, ceux qui de tout temps ont anticipé les religions.

Le vrai djihad est celui qui réussira – lançons-le

L’Islam est bâti sur la terreur et la mort. Ses paix ne sont que le résultat de la soumission à un règne archaïque. Est-il raisonnable d’espérer que d’une telle horreur naisse une civilisation viable, acceptable, tolérable?

Je le pense, mais à la condition qu’il subisse une réforme d’une profondeur sans pareille. Il faut refondre le Coran, en supprimer de nombreux passages, en récrire la majeure partie et en faire valider le nouveau contenu, en de très nombreuses langues, par une instance assez puissante pour imposer la nouvelle mouture à la grande majorité des croyants. Afin qu’ensuite, les textes historiques islamiques puissent devenir ce qu’ils sont – des pièces de musée, des témoins de temps révolus.

Et tout cela doit, naturellement, être fait essentiellement par des Musulmans. Le mieux serait donc de le faire à La Mecque, ou tout près de là. Et je pense que le moment est bien choisi pour lancer cette idée.

Au sein de l’Islam, le terrorisme a maintenant épuisé les bonnes volontés. L’islamisme soutenu et encouragé depuis des décennies par le Wahhabisme saoudien a lamentablement échoué et ses réminiscences moins extrémistes dérivent à présent vers une démocratie de façade qui ne fera pas illusion bien longtemps. D’ailleurs, sur le terrain du «démocratiquement correct», la Turquie prend une solide avance sur le royaume.

D’autre part, et surtout, la mouture iranienne chiite, hostile à l’Arabie sunnite, se porte bien mieux et devrait disposer bientôt de l’arme nucléaire.

Dans ces conditions, je pense que des Saoudiens intelligents pourraient voir d’un œil soudain ouvert la perspective de profiter de leur position de centre historique et géographique de l’Islam pour abriter sur leur sol une sorte de «conférence des sages» chargés de redéfinir la stratégie moderne de l’Islam. Si les meilleurs esprits de notre temps leur prêtent main forte, nous pourrions alors assister à une renaissance religieuse et spirituelle d’une portée encore inégalée.

Du printemps de l’islamisme à l’été de la foi

Note:
Cet article a été réalisé pour Strix Americanis, une revue canadienne dont le premier numéro paraîtra cet automne. Je recommande vivement de le lire sur le site de Strix, où Claude Marc Bourget, du groupe Égards, lui assurera une compagnie d’une rare qualité d’âme.

Ce printemps, l’action américaine au Moyen-Orient semblait porter ses fruits et faire progresser la démocratie. Huit millions d’Irakiennes et d’Irakiens votèrent, et leur Parlement fonctionne, à peu près. Les Libanais ont reconquis une partie de leur indépendance politique. En Syrie, la dynastie autoritaire des Assad n’est plus qu’un leurre. Des élections, modestes, eurent lieu aussi en Arabie saoudite. En Égypte, les prochaines élections présidentielles devraient comporter plus d’un candidat. Le colonel Kadhafi renonça à certains programmes d’armements. En Israël, on parla de paix, de trêve, d’accords.

Partout on loua ce «printemps arabe». Toutes tendances confondues. Et même une gauche qu’on pouvait croire perdue à la raison reconnaissait certaines qualités aux initiatives militaires de la coalition. Mais cet optimisme, même prudent, n’était-il pas qu’illusoire, né de l’euphorie d’un espoir de victoire facile? Car si l’action américaine au Moyen-Orient était justifiée, elle n’était pas optimale, surtout en raison des réactions de rejet et de condamnation qu’elle déclencha dans une Europe largement acquise à la cause des dictatures moyen-orientales.

Il faut se souvenir que si les Américains – soit le Congrès et le Sénat – décidèrent d’envoyer leurs troupes en Irak, c’était pour faire respecter les résolutions onusiennes, pour éviter de laisser cette institution, les Nations unies, en perpétuelle quête d’elle-même, perdre toute légitimité et encourager ainsi d’autres dictateurs à donner libre cours à leurs ambitions malsaines. Il s’agissait de faire une guerre afin d’en éviter plusieurs autres. Rien de moins n’aurait su convaincre les Américains d’envoyer les leurs au combat.

Après les cris d’orfraie de la gauche droits-de-l’hommienne et les chipotages mercantiles, notamment, de la France et de l’Allemagne, Colin Powell perdit son temps et une partie de l’honneur de l’initiative américaine à tenter de convaincre les Nations unies que Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive. C’était une erreur que de suivre ainsi le discours de la gauche et de défendre le projet irakien en de tels termes. Cela diluait les vraies raisons de l’intervention, et ce, semble-t-il aujourd’hui, dans l’esprit même de ses instigateurs.

Ainsi, que fait aujourd’hui l’Amérique en Irak? Elle aide un Parlement et un gouvernement islamistes à s’installer aux commandes du pays. Or tout indique que si elle parvient à ses fins, la démocratie, la vraie, celle des droits et de la responsabilisation du peuple, aura un ennemi de plus.

La démocratie détournée,
instrument de l’Islam contre l’Occident

En effet, pour tout son clinquant, la démocratie qui s’exprime aujourd’hui au Moyen-Orient signale plutôt que le cancer islamiste est en phase de métastase et qu’il menace plus que jamais les valeurs, les droits, les libertés et les idéaux qui forment la substance réelle des civilisations dignes de ce nom, quel que soit leur système politique.

Car tout indique que l’élan démocratique arabo-musulman va profiter à l’islamisme. Ce fait est confirmé jusque par les membres du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud). Mais ceux-ci, contre tout bon sens, et à l’instar d’un grand nombre d’analystes de la Turquie, veulent espérer que les mouvements islamistes, en s’impliquant davantage dans le processus politique, perdront leur venin et feront leurs les préceptes essentiels de la démocratie.

Seuls des individus très troublés nient à haute voix que l’islamisme soit un totalitarisme inacceptable. Mais dès lors qu’il se propage démocratiquement, n’est-il pas légitime de saluer ses progrès? Et n’est-il pas vrai que le monde occidental souffre de perdre ses valeurs morales, éthiques, religieuses? Le souffle vibrant de la foi islamique pourrait sans doute y raviver une spiritualité ternie. Certes, en évitant l’affrontement, on favorise un échange profitable. Mais comment espérer de bonne foi que de telles adaptations cosmétiques apaisent l’appel au djihad que trouvent tant de Musulmans dans leurs livres saints et dans les actes de leur prophète? La civilisation islamique est religieuse et hégémonique par définition, par foi, par vocation, par injonction divine – et nous devrions croire que les lois permissives de la démocratie vont permettre de changer cela?

Communion totalitaire
de l’Islam et du communisme

Dans cet esprit, mélange nauséabond de défaitisme devant la menace et d’ersatz de foi, d’importants efforts sont produits, en Occident, pour vanter les mérites de l’Islam, la sagesse de son prophète. Et l’on ne s’étonne pas de voir que les piliers occidentaux de ce prosélytisme sont d’anciens chantres du marxisme.

L’islamisme et l’utopie communiste ont des choses essentielles en commun. Ces deux théories promettent un paradis au prix d’une révolution. Toutes deux, aussi, ont un programme précis d’imposition du pouvoir, mais aucun système de gouvernance qui ait jamais fait ses preuves. À toutes deux, il faut commencer par croire, sans contestation, pour qu’elles puissent mener à un monde meilleur. Toutes deux, alors, assurent qu’un gouvernement d’inspiration supérieure, dirigé par des préceptes enfin purs, instaurera un règne de paix et d’abondance.

Beaucoup veulent y croire en France. Dans ce pays en même temps si impliqué au Moyen-Orient et si volontiers imprégné de centralisme étatique, une réflexion analogue fleurit, quoique pour d’autres raisons, chez nombre d’édiles, pour qui elle revêt la forme d’une certaine habileté politique. Et la France, c’est l’autre porte de l’Europe que franchit l’islamisme aujourd’hui. En France, et, de plus en plus, en Europe, en effet, on a adopté l’Islam sans espoir de retour, et l’on craint l’Islamisme, à juste titre, avec lucidité même, mais sans courage. Alors, pour calmer la bête furieuse, on renonce autant que possible à l’héritage judéo-chrétien, à des conditions claires à l’adhésion de la Turquie et à un soutien tangible à Israël et à la communauté juive, dans l’espoir que les Musulmans, sinon l’Islam, deviennent raisonnables.

Mais les Musulmans doivent constater que si le terrorisme leur donne mauvaise réputation, l’islamisme ne leur apporte guère que des avantages. Tout les incite donc à soutenir un Islam fier et conquérant – que ce soit par l’épée ou par une persuasion religieuse douce et vaguement démocratisée n’y change que peu de chose.

Nous savons tous quel désastre fut le communisme partout où il a été tenté. L’islamisme veut faire mieux avec une recette politique similaire et un détail idéologique supplémentaire: Dieu, représenté ici par une ex-divinité lunaire recyclée dans le monothéisme. En vérité, ce à quoi l’Occident fait face aujourd’hui n’est autre que le spectre tourmenté du communisme affublé du manteau poussiéreux d’un prophète et chef de guerre médiéval et d’une banderole arborant le mot «démocratie» en lettres fluorescentes.

La foi, problème et solution

Comment négocier cette opposition entre l’Islam, ou la démocratie islamiste, et l’Occident, ou la démocratie conservatrice, c’est-à-dire basée non pas sur une foi ou un projet de société précis, mais sur le respect et l’équilibre de valeurs fondamentales telles que l’État de droit, les libertés individuelles, les traditions, la pluralité, la compétition transparente pour le pouvoir?

D’abord, nous devons renoncer à l’image d’un choc des civilisations. Les lignes de confrontation réelles ne suivent les tracés politiques et civilisationnels qu’à un niveau insignifiant pour l’issue de l’affrontement. L’idéal démocratique authentique est bien présent chez les intellectuels du monde arabe, et la foi en la légitimité de l’ascension islamiste est fort bien représentée en Occident. Ainsi, de même qu’une grande partie du monde universitaire américain, notamment, peut être considérée comme acquise au projet islamiste, et que des voix s’y élèvent même aussi pour prédire le retour de la doctrine marxiste-léniniste, les pires ennemis de ces deux aberrations sont ceux qui les ont vu à l’œuvre dans leur pays, leur civilisation, leur famille, leur chair. Ce sont donc deux visions du monde, plutôt, deux attitudes fondamentales face à l’existence, qui se rencontrent aujourd’hui, toutes frontières géographiques confondues, dans ce printemps de l’islamisme.

Ensuite, il faut chercher dans ces dangers, au-delà de leur perversion, les éléments positifs qui leur fournissent leur énergie. Dans le monde acquis à la foi, on exige trop volontiers des guides, pour toutes les choses de la vie, jusqu’aux plus infimes. Et on les veut inspirés par une perfection – l’immanent, le non remis en question. Il y a là un symptôme d’immaturité, dangereux par sa propension révolutionnaire, mais aussi un signe de grande disponibilité, de sens du service et du sacrifice, de la dévotion à un projet qui dépasse sa propre personne.

Dans le monde laïc, on se désintéresse trop volontiers des principes moraux, de la justesse intrinsèque du pouvoir; on ne s’inquiète plus guère, à travers les lobbies, les syndicats, les faiseurs d’opinion, de ses intérêts particuliers ou de ses théories favorites. Il y a là un symptôme de désinvolture, de laxisme, d’immoralité – tel l’arrière-goût laissé par l’utopie froide de l’amoralité. Mais il y a aussi une confiance réconfortante et surtout pacifiante dans le système en place, dont on a de bonnes raisons de penser qu’il saura empêcher les pires excès.

Il faut, enfin, séparer le bon grain de l’ivraie. De l’essor de la jeune démocratie islamiste, il faut récupérer l’élan de la foi, et de la démocratie occidentale blasée, le bons sens et la maturité. Du côté musulman, il faut détruire la source d’énergie du spectre menaçant de l’islamisme. Pour cela, il faut le montrer, le révéler comme tel, c’est-à-dire dévoiler enfin l’inanité de la parole du prophète aux Musulmans grâce à une recherche scientifique intensive sur les origines de la foi musulmane.

En réunissant l’ensemble des documents et des pièces documentant la création de l’Islam et en en vulgarisant très largement l’étude dans le monde musulman, on permettra de constater que les valeurs positives de la religion islamique sont en fait constituées, depuis l’origine, des réactions d’apaisement des Musulmans devant la foi pervertie et forcenée de criminels terroristes aveuglés par la folie du désert – celui des sables et celui des cœurs.

En terre d’Islam toujours, pour éviter le risque du «un homme, une voix, une fois», il faut répandre ou, mieux, raviver la bonne compréhension des processus associatifs qui surent, aux époques bénies des différentes civilisations concernées, offrir un équilibre fructueux entre les gens et les peuples. Il faut plonger dans les trésors de sagesse populaire ou élitaire que l’histoire a pu sauver et restaurer les forums, les groupes de débats, les lieux neutres, les endroits protégés où les femmes et les hommes de notre temps pourront bâtir un avenir qui ne devra rien, enfin, aux fondamentalismes bornés, aux rigueurs sourdes, aux raisons mortes mais tranchantes de l’intégrisme islamique.

La défense de l’Occident
comme réveil des consciences

Ce travail sera long et difficile et ses résultats ne seront évidents qu’après un changement, un rafraîchissement de génération, soit quelques décennies. Mais il est chimérique de croire que les populations arabo-musulmanes, aujourd’hui extrêmement jeunes, sous-éduquées et constamment abreuvées de théories du complot excusant l’indigence coupable de leurs dirigeants, pourront se constituer en nations validées par leurs populations avant d’avoir fourni un tel effort.

En Occident, en revanche, il faut raviver la foi. Il faut ajouter une piété nouvelle aux activités trop sécularisées, l’économie et la politique notamment, et favoriser une recherche active des valeurs qui encouragent un retour à la morale, à la moralité, au «bien», tout simplement. Avec ou sans les religions, grâce à elles ou malgré elles, la foi en la vie et en l’avenir doit reprendre ses droits.

Car si l’islamisme est sans doute le pire danger actuel, un Islam pacifié ne suffira pas à assurer la pérennité des civilisations. La montée en puissance de la Chine, les multiples conflits régionaux qui ne manqueront pas de l’accompagner, les formidables défis posés par les problèmes écologiques et l’intégration de populations et de cultures nouvelles dans le concert des nations requerront des dirigeants, pour traverser ce siècle sans catastrophes évitables, une qualité d’âme bien supérieure à ce que le monde occidental exige aujourd’hui, usuellement, de ses modèles.

En même temps, cet affrontement contre une religion malsaine, contre la mauvaise foi, peut sauver l’Occident de la lente perdition à laquelle il ne résiste que mal, peut lui permettre de retrouver son honneur. L’islamisme, en profitant des faiblesses des démocraties occidentales, leur donne une chance de se réveiller, de réagir, de prendre le dessus. Par son alliance impie avec la gauche, qui incarne la faiblesse idéologique de l’Occident, l’islamisme lui permet d’extérioriser ses propres errances, d’en visualiser l’aboutissement, et ainsi le risque, la menace. Il faut donc, du danger, faire un tremplin vers l’avenir. Et cela est possible.

Tout est là, à portée de la main. Les compétences, le matériel, l’énergie, les instruments de communication, la volonté de bâtir un monde meilleur. Se rendre compte de cette chance, ne pas la laisser passer, prendre les bonnes décisions, ne pas commettre d’erreurs irréparables et réparer toutes les autres, inlassablement, en cherchant toujours non les culpabilités, mais les solutions.

Atteindre la maturité, l’été de la foi.

L’Europe est mesquine

Au lendemain de l’acceptation par le peuple suisse des accords avec l’UE sur l’ouverture des frontières, l’Europe, par la voix de la commissaire européenne aux relations extérieures, laisse clairement entendre que si la Suisse ne ratifie pas aussi, en septembre prochain, l’extension de la libre circulation des personnes aux nouveaux États de l’UE, elle ne pourra pas profiter de l’effet positif de l’accord.

Comme le résume éloquemment l’Agefi, «Pas de Schengen/Dublin si c’est non le 25 septembre!». La NZZ fait chorus avec «Pas de Schengen sans libre circulation des personnes». Et même la RSR doit titrer «Schengen dépend du 25 septembre» avant, toutefois, d’adoucir le message avec une photo d’archive montrant une commissaire souriante, qui «espère» que le peuple suisse sera gentil et raisonnable.

L’argument invoqué est une «clause guillotine», incluse dans une première série d’accords entre la Suisse et l’UE, et pouvant être interprétée comme l’obligation d’accepter certaines décisions de l’UE pour maintenir la validité du paquet d’accords entier. C’est la position que vient d’adopter l’Europe à l’égard de la Suisse. Une autre interprétation consisterait à considérer que cette clause n’est applicable qu’en cas de manquement de l’un des partenaires à ses engagements. Au-delà, nous entrons dans le domaine de l’argutie, c’est-à-dire dans une zone feutrée et climatisée, réservée aux experts.

Si bien qu’en septembre, le peuple suisse, en disant oui ou non à l’extension de la libre circulation, dira en fait une nouvelle fois oui à Schengen/Dublin, en baissant la tête en signe de soumission, ou il dira non à un large ensemble d’accords péniblement négociés avec l’administration européenne au cours des dernières années. Sa décision, du fait même de la position péremptoire prise par l’Europe, ressemblera furieusement à un oui ou non à l’Europe.

Au fait, l’Europe, c’est oui, ou c’est non?

La Suisse est grande

Donc, le peuple l’a décidé, la Suisse va ouvrir ses frontières aux personnes.

Si l’expérience des dernières années a quelque chose à nous apprendre, quelques dizaines de milliers de personnes pénétreront désormais chaque année dans notre pays qui en auraient sinon été empêchées.

Par ailleurs, en échange, nous espérons disposer d’informations qui nous permettront d’effectuer un meilleur tri des personnes qui souhaitent séjourner sur notre sol et nous devrions même pouvoir exclure la possibilité que certaines d’entre elles tentent de s’y installer.

Le peuple suisse a préféré se montrer confiant, accepter les promesses de ses voisins européens, en dépit du fait que leurs politiques de l’emploi et de l’immigration n’aient guère fait leurs preuves au cours des dernières décennies.

C’est une bonne décision. Moi, qui ai voté non, et qui ne le regrette pas, je l’admets volontiers. Oui, le peuple a raison. Car sa décision nous permet de clore le débat par une démonstration.

Lorsque des avis s’opposent sur des questions mettant en cause des possibilités, des hypothèses, des espoirs, des promesses, rien ne vaut une démonstration.