Alain Jean-Mairet » 2005 » May
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L’humanité contre le prophète

Récemment, des Musulmans sont morts en manifestant trop brutalement leur indignation à l’annonce d’une profanation présumée du Coran. C’était une réaction monstrueusement outrancière, sans équivalent connu. Pourquoi?

Il y a de bonnes raisons. Le Coran est un livre très spécial. Ce n’est pas, comme la Bible («les livres»), un recueil de textes et de témoignages historiques fascinant, ni, comme la Bhagavad-Gîtâ («le chant divin»), un poème épique enthousiasmant, ni, comme le Yi King («livre des mutations»), un traité quasiment mathématique de la sagesse inhérente à la création. C’est la parole de Dieu, littéralement.

Si tous les livres saints sont par définition des ouvrages renfermant la parole de Dieu, le Coran est la parole de Dieu. Cette nuance est mal comprise en Occident, où il ne viendrait à l’idée de personne de se procurer les textes bibliques dans leur version originale, en des langues oubliées, dans le but d’y retrouver les mots mêmes prononcés par Dieu.

Mais pour le Musulman, le Coran, en arabe, est l’exact libellé de la parole divine – on est tenté de dire «des ordres de Dieu». C’est ce qui donne à ce livre son pouvoir supérieur sur les âmes. Car quel croyant ne sacrifierait pas volontiers sa vie pour faire respecter la volonté clairement exprimée de Dieu, le Maître de l’Univers, le Créateur du Ciel et de la Terre?

Et c’est ce qui donne au prophète de l’Islam, Mahomet, l’homme choisi par Dieu pour transmettre ses dernières instructions, son caractère unique et son pouvoir absolu. À travers Mahomet, Dieu parle à l’humanité, directement, sans intermédiaire.

Imaginons cette proximité fantastique: le Créateur, l’Être primordial et ultime qui s’adresse à l’humanité toute entière, qui parle, proclame, ordonne, par la personne d’un marchand arabe orphelin et analphabète du VIIe siècle.

De prime abord, il peut paraître insensé qu’un être tout-puissant qui souhaite répandre sa parole se serve pour cela d’un homme aussi peu brillant, par ailleurs, que Mahomet. Mais d’un autre côté, le fait qu’un tel individu fonde bel et bien une religion d’envergure mondiale peut être considéré comme un signe des plus probants de sa prédestination divine.

Ainsi, le fait acquis, la réussite, la présence de l’Islam dans le monde, est la meilleure preuve de sa valeur divine authentique. Au vu de quoi le Musulman se sent légitimé à croire, à accorder foi à l’origine même de sa religion.

Et cela renforce le Coran, le prophète, l’Islam. Cela justifie que l’on sacrifie tout à la préservation de cette manifestation divine la mieux prouvée, la mieux démontrée qui soit, et ce par les moyens les plus concrets, sans aucun autre miracle que son triomphe éclatant.

De fait, l’Islam est la manifestation de la religion et de la foi la plus achevée, la plus efficace, la plus puissante et profondément ancrée dans les rouages psychologiques humains qui soit. Quitte à être croyant, de cette manière qui consiste à vouloir croire que le créateur de l’univers souhaite interagir «personnellement» avec ses créatures, alors il faut croire en l’Islam. L’Islam est la révélation ultime, insurpassable, de cette foi-là. Personne, jamais, ne pourra apporter de témoignage plus direct de ce contact avec ce dieu-là.

La prochaine étape, dans cette logique, ne peut être que la venue de Dieu en personne. Avec le Jugement dernier, qui précéderait une éternité à passer au paradis ou en enfer. Et, de fait, l’Islam ne promet le paradis qu’après la mort, après l’apocalypse. Et quoi de plus désirable que le paradis?

C’est aussi la raison pour laquelle ceux qui croient en ce dieu n’hésitent pas à tout risquer, à abandonner toute humanité, à se faire terroristes, assassins, tortionnaires, polygames, pédophiles, esclavagistes et menteurs, comme le fut le prophète Mahomet, pour répandre leur foi. Car si lui, le prophète d’Allah, a prouvé que sa religion était la plus forte, que Allahu akbar (Allah est le plus grand de tous), qui sont donc toutes les autres créatures pour juger que de tels actes sont répréhensibles?

Dans cette optique, l’Islam radical, qui profite de manière éhontée d’une certaine veulerie occidentale pour faire progresser un programme politique porté par la force de l’Islam, n’est que le signe révélateur d’un conflit dont l’origine et l’enjeu sont la nature même de la foi.

Ainsi, à l’heure où des États et des organes parallèles acquis à l’Islam sont pratiquement en mesure de détruire la vie sur la planète, où la population musulmane la plus importante de l’histoire est constituée en énorme majorité de jeunes gens sans autre espoir ni sagesse que la voie d’Allah, récitée quotidiennement à même le Coran, il faut que la raison, enfin, l’emporte sur cette foi-là. C’est une question de survie.

Mais il en faudra, de la foi, vraie, authentique, humaine et non divine, pour vaincre la dernière de ces fois-là. Il faudra pour cela les plus authentiques des croyants – des Musulmans. Eux seuls en sont capables.

En Occident, le mieux que nous puissions faire est de prouver notre foi dans nos valeurs les plus centrales. Parlons-en. Votons-en.

Les droits de l’homme contre le Coran

La famille Ramadan fait encore parler d’elle. Le frère de Tariq, Hani, l’homme pour qui «l’injonction divine» prévue par la charia et qui consiste à lapider les femmes adultères est une forme de purification, vient de gagner une manche dans la lutte qui l’oppose au gouvernement genevois sur la question de son emploi d’enseignant dans le canton.

À la suite d’un comportement critiquable de l’État plutôt que d’une habile manœuvre de Hani Ramadan, ce dernier pourrait être à nouveau autorisé à enseigner dans les classes genevoises.

Et la polémique reprend: faut-il laisser un apologiste de lois islamiques contraires aux droits de l’homme faire figure de modèle dans nos écoles. Et si non, comment l’en empêcher?

La FAPECO, la Fédération des associations de parents d’élèves du cycle d’orientation du canton de Genève, a pris clairement position ce matin sur les ondes de la radio romande (19.5.2005 6h47): si Hani Ramadan est réintégré dans le corps enseignant genevois, la FAPECO proposera à ses membres de débattre et de décider de recommander aux parents de ne pas envoyer leurs enfants à l’école.

Faudra-t-il que des citoyens recourent à la désobéissance civique pour faire respecter les principes les plus essentiels de la civilisation? Mais la question est plus profonde encore. Si Hani pose problème, c’est qu’il a commis l’imprudence d’étaler publiquement ses convictions. On sait dès lors qu’il représente un danger. Mais il n’a fait qu’exprimer les convictions de tout bon Musulman. Même Tariq, soi-disant progressiste, et son fameux moratoire, ne remettent nullement en question la lettre du Coran, laquelle enjoint très clairement les croyants à enfreindre les lois suisses et à ne respecter ni notre Constitution ni les droits de l’homme.

En effet, une étude même brève du contenu du Coran (par exemple ici, ici, ici, ici ou encore ici) montre que le simple fait de se déclarer musulman et d’affirmer vouloir agir en tant que tel équivaut, par exemple, à se rendre coupable d’infraction aux articles 261, 261bis, 275, 275bis et 275ter du Code pénal suisse.

Les dispositions pénales suisses, appliquées à la lettre, suffiraient ainsi à faire emprisonner les frères Ramadan et sans doute à faire fermer toutes les mosquées de Suisse, pour commencer.

Il serait certes fort désagréable d’en arriver là. Mais il faut comprendre qu’en tolérant ces non-dits, qui dissimulent une opposition fondamentale entre les lois de la civilisation et celles de l’Islam, l’on prépare à nos enfants un avenir autrement plus inquiétant que la perspective de retrouver Hani Ramadan dans les écoles publiques de Genève.

Seul un mouvement citoyen est à même de lancer enfin le débat sur les causes du plus grave danger de notre époque – la montée en puissance de l’Islam (radical). Il faut que les gens en parle, qu’ils s’informent. Il faut que le peuple se prononce. Ou pour le moins qu’il y réfléchisse.

Dire non à l’Europe des élites, pour donner une chance à la démocratie

En partie par la force des choses (géographie et histoire communes), en partie par idéalisme mou (multiculturalisme) et en partie par un mélange de lâcheté (crainte du terrorisme), d’opportunisme (ressources pétrolières du Moyen-Orient) et de jalousie mal digérée (anti-américanisme), les dirigeants européens ont, au cours des quelques dernières décennies, quasiment livré leurs pays, nos pays, à la «civilisation» islamique.

L’intolérance absolue du monde musulman quant à ses valeurs – ancrées dans un livre proclamé, en dépit du bon sens, incréé et parfait – et l’idéal moderne de tolérance et de progrès mènent les civilisations européennes à la dhimmitude, l’asservissement à une religion dont les textes fondateurs, récités inlassablement aux fidèles dès la prime enfance et tout au long de l’existence, prônent la guerre sainte, les décapitations de masse, l’exécution des prisonniers, les châtiments corporels, l’esclavage, la discrimination religieuse, l’inégalité entre les sexes.

Le dialogue euro-arabe, mené par la France (ou plutôt par le résidu d’une aristocratie préservée – le Quai d’Orsay), a conduit l’Europe politique à faire à peu près toutes les concessions souhaitées par le monde arabo-musulman.

Au nom des échanges culturels (qui ne fonctionnent guère que dans un sens), de la tolérance (non partagée), des intérêts économiques et/ou démographiques, des gens déconnectés de la réalité – c’est-à-dire des besoins et des aspirations quotidiennes de tout un chacun – et évoluant dans un décor trompeur fait de concepts directeurs, de programmes d’études, de déclarations d’intention, de plans de négociations, de catalogues d’argumentation, de méthodes d’information, de hiérarchisation de priorités politiques et autres confortables bulles intellectuelles, font de l’Europe, lentement mais sûrement, une Eurabie.

De temps en temps, les peuples sont amenés à voter sur l’Eurabie – sa monnaie, ses procédures douanières, ses prérogatives, ses spécificités techniques en somme. Mais le moins possible car l’Europe de l’UE est avant tout le projet de certaines élites.

Ainsi, ces prochains jours, les Français devront voter sur une constitution européenne qui éloignerait encore le peuple de ses décideurs, entérinerait mieux encore le clivage entre les besoins de la base et les objectifs des dirigeants.

Accepter cette constitution, ce serait supprimer tout espoir que le peuple puisse intervenir pacifiquement dans les décisions des puissants. Ce serait une erreur monumentale.

En Suisse, un gouvernement déchiré nous recommande d’accepter des accords qui, selon toutes probabilités, auront pour conséquence d’accroître la présence de délinquants et de personnes en situation irrégulière en échange de promesses de collaboration avec des instances européennes notoirement débordées par leurs problèmes d’immigration.

Il est normal que des élites, des experts d’un même sérail, se trompent. Les instruments de la démocratie directe constituent alors sans doute le meilleur moyen de leur ouvrir les yeux à temps. Car des dirigeants dignes de ce nom doivent être dévoués au bien du peuple, pas aux théories de penseurs d’un autre âge – de cela, il faut au contraire protéger le peuple.

Et si, par le passé, il fallait des êtres inspirés, et des codes de conduites stricts pour y parvenir, il suffit aujourd’hui d’améliorer et de répandre les instruments permettant aux gens de communiquer comme l’on vote, c’est-à-dire seul face à sa conscience.

Le véritable choix confié aujourd’hui aux électeurs français et suisses est celui du modèle de l’Europe du XXIe siècle. Ils doivent trancher entre la dictature des élites et la démocratie, le lien direct entre le citoyen et l’État.

Si les Suisses et les Français veulent vraiment la démocratie, tiennent à conserver et à assumer leur droits et leurs devoirs de citoyens, ils voteront non ce printemps à l’Europe des élites. Ils diront Non à la constitution européenne. Non à Schengen.

Et ce faisant, ils donneront une chance, tardive, à une Europe libre, plurielle, consciente, vivante. Démocratique.

L’Europe, c’est non

Sur le principe, en théorie, l’Europe est un bon projet. Et les esprits positifs et confiants sont tentés de le favoriser, ne serait-ce que pour aller de l’avant, pour progresser dans le sens naturel de l’histoire. Même si la Suisse se défend extrêmement bien dans son soi-disant isolement, contrairement à l’UE qualifiée de «claudicante» par un Nicolas Hayek fort déçu.

Ainsi, comme l’écrit un professeur de droit français, Etienne Chouard, en préambule à une analyse édifiante de la constitution européenne, «je crois vraiment que l’immense majorité des Européens, au-delà des clivages gauche/droite, aiment cette belle idée d’une Europe unie, plus fraternelle, plus forte. C’est un rêve de paix, consensuel, très majoritaire.»

Mais est-ce suffisant pour garantir un résultat positif? Il est permis d’en douter en examinant les principales critiques qu’Etienne Chouard développe dans son analyse:

Une Constitution doit être lisible pour permettre un vote populaire: ce texte-là est illisible. Une Constitution n’impose pas une politique ou une autre: ce texte-là est partisan. Une Constitution est révisable: ce texte-là est verrouillé par une exigence de double unanimité. Une Constitution protège de la tyrannie par la séparation des pouvoirs et par le contrôle des pouvoirs: ce texte-là n’organise pas un vrai contrôle des pouvoirs ni une réelle séparation des pouvoirs. Une Constitution n’est pas octroyée par les puissants, elle est établie par le peuple lui-même, précisément pour se protéger de l’arbitraire des puissants, à travers une assemblée constituante, indépendante, élue pour ça et révoquée après: ce texte-là entérine des institutions européennes qui ont été écrites depuis cinquante ans par les hommes au pouvoir, à la fois juges et parties.

Doit-on accepter l’Europe qui se construit actuellement simplement pour ne pas compromettre la réalisation d’un rêve en soi louable? Ou doit-on exercer son esprit critique, se demander si les propositions avancées sont valables? Ou si les erreurs commises, car il y a toujours des erreurs, sont graves au point de motiver un rejet?

En Suisse aussi, on votera une nouvelle fois «sur l’Europe» le 5 juin prochain. Le Peuple suisse devra alors dire oui ou non à un dossier prévoyant une collaboration plus étroite entre les forces de l’ordre suisses et européennes, avec notamment l’accès à un fichier informatique, le SIS, répertoriant toutes les personnes recherchées en Europe, et le libre franchissement des personnes aux frontières suisses.

C’est «un tien contre deux tu l’auras»: la Suisse cesserait de contrôler les personnes à ses frontières en échange de la promesse de disposer à tout moment de l’identité des personnes indésirables.

Pour l’instant, les Suisses sont plutôt pour. Malgré les cris d’indignation des adversaires, qui soulignent, notamment, que la Suisse refoule aujourd’hui beaucoup plus d’indésirables à ses frontières que le fichier européen ne promet de leur signaler, que le dispositif sécuritaire de l’Europe ne fonctionne tout simplement pas, que la Suisse serait alors envahie par des délinquants, des travailleurs au noir et des étrangers qui en menaceraient la sécurité, la prospérité et l’emploi.

Le fait est que nous serions alors réduits à pourchasser sous nos fenêtres les délinquants que nous retenons aujourd’hui aux frontières (en 2004: 35000 transferts à la police, 7000 clandestins, 1180 détenteurs de faux papiers, 88735 renvois pour non-respect des conditions légales d’entrée en Suisse).

En réponse, les partisans du projet n’ont guère dans leur manche que des déclarations enthousiastes mais gratuites, des promesses de paradis eurosécuritaire et des chiffres maigrichons (11000 à 14000 arrestations par an en Allemagne grâce au SIS).

Mais il y a pire.

Jusqu’à hier, nous étions censés penser que les policiers et les gardes-frontière suisses, en prise directe avec les réalités du terrain, soutenaient le projet. Ainsi, la Fédération suisse des fonctionnaires de police (FSFP) fait campagne pour le oui au nom de 95% des quelque 20000 agents de police suisses.

Or un groupe de policiers et de gardes-frontière, «Police contre Schengen», le conteste ouvertement, et affirme que les agents, loin d’avoir approuvé le projet au niveau des sections, comme le prétend la FSFP, n’ont été interrogés que sur l’adéquation de l’outil informatique proposé, et jamais sur les questions d’ouverture des frontières.

Lors d’une conférence de presse tenue hier à Berne ils déclarèrent que la majorité des policiers et gardes-frontière sont en fait opposés aux accords (72% de non lors d’un vote consultatif auprès de 537 gardes-frontière romands), critiquèrent très vivement certains responsables qui auraient «attaqué» les sections souhaitant organiser des votes cantonaux et qualifièrent de «totalement fausse» l’information répandue par la FSFP.

Il semble bien qu’en matière d’«Europe» on cherche à manipuler l’opinion publique, à lui faire croire que tous les experts et même la majorité des votants ont en fait d’ores et déjà approuvé ce projet fondamentalement bon, sans reproches, et que les votes ne sont que de simples formalités sur la voie d’une réalisation foncièrement bénéfique. L’Europe, le rêve de l’Europe, est en marche, et seuls des esprits chagrins peuvent s’y opposer.

Mais ce rêve est malsain. Car le vrai progrès est celui qui profite au peuple. Et, au XXIe siècle, personne n’a plus à décider à sa place de ce qui est bon pour lui. Or c’est précisément ce que l’«Europe» cherche à faire: donner à diverses élites très vaguement définies et légitimées le droit de décider à la place du peuple.

Ainsi, si le choix du peuple, aujourd’hui, doit se résumer à un oui ou à un non, alors l’«Europe», décidément, c’est non.

Le royaume des cieux

À première vue, le dernier film de Ridley Scott paraît inoffensif. Il contient peu de talent et beaucoup de bonnes intentions, ce qui permet en principe d’obtenir un impact neutre à positif. Pourtant ces propriétés en font un objet dangereux.

Ce n’est pas que le réalisateur ait veillé à ne jamais montrer d’acte cruel ou barbare de la part des Musulmans, tandis que les Chrétiens y sont menteurs, sarcastiques, veules, bigots et j’en passe. Non, car les Chrétiens y font également montre de grandes qualités d’âme.

La vocation de chevalier y est présentée sous un jour très favorable, empreinte d’esprit de sacrifice, d’amour de la vérité, de sens des vraies valeurs («protège le roi, et puis, protège le peuple»).

Ce n’est pas qu’il ait réservé à Saladin le rôle le plus confortable qu’un dictateur ait pu jouer dans un film de guerre depuis des décennies. Le fait est que Saladin, bien que sensiblement plus cruel que Scott veut nous le faire croire, fut un souverain très clément pour l’époque.

Ce n’est pas qu’il ait totalement négligé de mentionner la rançon exigée (et touchée) par Saladin pour prix de sa magnanimité à Jérusalem, ni le fait que plusieurs milliers de jeunes gens, pour lesquels personne ne put payer de rançon, furent vendus sur les marchés d’esclaves de la région.

Ce n’est pas qu’il n’ait montré les visages des assaillants arabes que dans des situations où ils constituent ou vont juste constituer des victimes (bien que leur armée remporte la victoire). Après tout, il n’est pas si mauvais de montrer que la guerre fait des victimes.

La séquence où l’on voit Saladin redresser avec soin et précaution une croix chrétienne tombée sur le sol dans les ruines de Jérusalem, a toutefois de quoi révulser un Chrétien amateur d’histoire.

Et l’insistance systématique et exclusive sur les qualités spirituelles de l’Islam, à l’exception des récriminations d’un prince vaguement efféminé, ne fait rien pour souligner l’honnêteté intellectuelle qui présida au tournage ou au montage du film.

Mais dans l’ensemble, on se sent incité à croire en l’honneur, à rejeter la bigoterie, à respecter la vie humaine, à constater que les hommes sont les mêmes partout et donc qu’ils peuvent s’entendre, dès lors qu’ils veulent bien renoncer à certaines convictions malsaines et revenir, ensemble, à des valeurs profondément humaines. Oui.

Mais le film, d’une part en occultant totalement la nature de l’Islam («la paix soit avec toi» et «Dieu est grand» exceptés) et d’autre part en prenant à tel point le contre-pied de la situation actuelle (notamment lorsqu’un Chrétien lance aux croisés «Tuer un infidèle, c’est aller au Paradis»), commet une erreur grave.

En effet, il donne l’impression que les errances véhiculées par les religions sont aisément maîtrisables et propose l’exemple de Saladin comme une preuve. Cela est trompeur, car la religion islamique présente à cet égard une différence essentielle que le film semble vouloir ignorer.

À l’époque des croisades, ni les Chrétiens ni les Musulmans moyens ne savaient lire. Il appartenait alors aux lettrés et aux ecclésiastiques chrétiens de répandre ce qu’ils considéraient comme la parole divine. Le film rend bien cet aspect, mais il sous-entend que la situation était identique parmi les Musulmans et que ceux-ci, à cette période, maîtrisaient mieux ce danger.

Or le Coran n’est pas vraiment un livre – comme la Bible, qui a été conçue comme un ouvrage écrit – mais d’abord et surtout un recueil de récitations dont le contenu a été collecté, classé et unifié une fois pour toutes après la mort du prophète. Depuis lors, tous les Musulmans récitent et – surtout – lisent le même Coran.

Durant des siècles, l’Islam a progressé par vagues, mû par certains principes coraniques essentiels tels que celui voulant que le Coran soit le tout dernier mot de Dieu, qu’une terre qui fut islamique doive le rester jusqu’au Jugement dernier, ou que le bon Musulman soit celui qui quitte sa maison et combatte pour la cause d’Allah.

Jusque récemment, le djihad nécessitait encore des chefs de guerre, des stratèges, des actions de propagande et de motivation pour rassembler une armée musulmane et la lancer sur les chemins. Aujourd’hui, tout le monde ou presque sait lire et il suffit de répandre le Coran et les textes des premiers historiens de l’Islam, ce qui, de plus, se fait tout naturellement grâce aux principes inhérents à la civilisation. Qui voudrait interdire la propagation de l’instruction?

Or les esprits fanatiques trouvent dans les Écritures islamiques brutes toute la motivation dont ils ont besoin: Dieu les envoie au combat directement, sans clergé, sans organisation structurée, sans autre ligne de démarcation entre ennemis et amis que la soumission à ces textes, justement.

Et s’il y a un film à faire aujourd’hui, absolument, urgemment, c’est bien celui qui expliquera cela, aux Musulmans. Tous les autres, qui veulent faire croire que de montrer un idéal suffit à vaincre l’erreur, sont des alliés, plus ou moins innocents, de cette méprise fondamentale, de ce risque effroyable, de ce cheval de Troie barbare que la civilisation s’impose aujourd’hui à elle-même – la parole du prophète Mahomet.

De la préséance de la religion sur l’État

Je reproduis ici, avec sa permission, la réaction au projet d’initiative populaire pour des religions au service du peuple de l’écrivain Claude Marc Bourget (du groupe d’Égards), avec qui j’entretiens une correspondance pour une nouvelle revue à naître du nom de Strix Americanis:

La situation qu’annonce [la proposition d’initiative pour des religions au service du peuple] équivaut pour les religions, et donc aussi pour le Christianisme, à devoir négocier leur légitimité auprès de l’État. Or les religions sont antérieures à l’État (comme d’autres institutions telle la famille) et le rôle de l’État ne peut être que de les constater, de les reconnaître, rien au-delà. Or donc, ce qui semblerait au départ un rempart contre l’Islam, par exemple, deviendrait en bout de course la geôle du Christianisme. Si l’État doit être gardien des libertés, il ne peut ni ne sait les peser une à une. Certes, mais le projet, me répondras-tu, parle de légitimation auprès du peuple, non de l’État. Mais alors que l’homme existe, et même l’État, qu’est-ce que le peuple, ainsi utilisé? Un concept, une facilité de langage, une chimère politique. Qui a vu le peuple? Il monte aux barricades? Mais ce sont des hommes qui montent aux barricades, lesquels ont figures et portent des noms, ceux de leurs pères. Le peuple parle-t-il autrement que par ceux qui, y mélangeant toujours un peu ou beaucoup d’eux-mêmes, lui prêtent voix, et cela plus souvent qu’à leur tour? Et peut-on lui prouver quelque chose, ou lui à nous? Oui, mais par métaphore, par abstraction, par littérature. Si le peuple, c’est-à-dire, je sais bien, l’ensemble des simples particuliers (et plutôt une élite des particuliers, et la plus politique ou la plus intéressée), s’incarne, ce sera dans les institutions. Or aujourd’hui, pour faire court, les institutions n’existent toutes ou presque que par l’État et dans l’État. Les religions auront donc à établir leur légitimité auprès des mandataires, des porte-parole du peuple, lesquels seront des fonctionnaires de l’État, payés par l’État, habituellement technocrates ou autres spécialistes énarquiens. De bien petits juges, en fait, quant aux choses de Dieu.

L’on ne peut, cher Alain, nationaliser la religion. Pour peu que la religion doive obtenir un aval, il sera celui de chaque homme, c’est-à-dire des âmes. La religion s’adresse et se déclare à chacun, en son fort intérieur, par le cœur, la conscience et la lumière, non pas à une abstraction générale et à ses émissaires inventés. Elle est affaire de CONVERSION et non de quelque jeu de démocratie ou autre action temporelle. Je comprends le bien-fondé de [ce projet d’initiative], mais je le crois trop risqué, comme un remède pire que le mal. L’instrument du Droit, des droits, peut être fort avantageux, tout comme les politiques de laïcité, sans doute, mais ici, au lieu d’être un paravent contre l’Inoccident, il étoufferait l’Occident véritable, historique, Chrétien. Mais je conçois que tout est dans la façon de concevoir cet Occident. Pour moi, le Christianisme en est la rose, les roses qu’on cultive en jardin, tandis que le Droit en est, disons l’enclos. Si cet enclos est à César, point à Dieu, les roses y sont à Dieu, point à César.

 
Oui.

Mais la situation est différente, et conforme à cette approche, là où règne une démocratie directe authentique, car le peuple, chacune des personnes formant le corps des électeurs, peut alors se prononcer individuellement, secrètement, guidé par sa conscience. L’État est ici court-circuité, soumis directement à la décision de ses «sujets», qui, en Suisse, pays sans doute le plus démocratiquement direct qui soit, est appelé communément, et fort justement, le «souverain».

Et si les valeurs de la démocratie caractérisent l’Occident, c’est parce que l’essence de la démocratie (le pouvoir au peuple) consiste précisément à adapter le pouvoir, quel qu’il soit, aux besoins du peuple, des humains.

C’est cela, l’Occident, les droits de l’homme et de la femme, de l’individu. Et les religions qui y ont largement contribué, qui ont accompagné ce processus, n’ont certainement pas à craindre l’établissement d’un lien ferme, constitutionnel entre leurs valeurs et celles du peuple, car ce sont au fond les mêmes, et tout ce qui peut les protéger en raffermira bien plutôt les liens.

Ainsi, la religion occupe des positions très variées dans les différents pays d’Europe: l’Église d’Angleterre est dirigée par une reine, l’enseignement théologique est étatisé aux Pays-Bas, il y a des religions nationales dans les pays nordiques, les Allemands paient même des impôts ecclésiastiques, et pourtant la démocratie fleurit dans tous ces pays, incontestée, de même que les droits de l’homme. Et rien de tout cela n’est remis en question non plus en Suisse, dont la démocratie directe est un pilier central depuis des siècles.

Le point commun est le respect de la laïcité des institutions publiques, lesquelles sont guidées par des Constitutions civiles basées à leur tour sur les droits de l’homme, c’est-à-dire sur les libertés fondamentales dont doit jouir un être humain pour vivre et exprimer la part d’humanité et peut-être de divinité qui est en lui.

Si cela, cette volonté basique du peuple, peut sembler s’opposer à une religion, c’est donc soit par un malentendu, soit par une perversion de cette religion, laquelle doit alors être réformée pour participer valablement à la civilisation occidentale.

Mais il faut, pour bien comprendre ce processus, établir une différenciation tranchée entre la conscience (ou la croyance ou la foi), la religion et les vecteurs de la religion. Il faut cesser d’amalgamer, comme c’est trop souvent le cas,

la foi, ou croyance, soit le corps de pensées, d’émotions ou de certitudes que chacun crée, ou reçoit par inspiration, en sa conscience;la religion, soit l’ensemble constitué d’un message central, de préceptes, de cultes et, parfois, des règles d’un système ecclésiastique; et

la communauté religieuse, ou Église, soit le corps social que constituent les fidèles d’une religion donnée.

L’initiative pour des religions au service du peuple part du principe que la conscience, cet organe spirituel, individuel, permettant de vivre le message de la religion, est ce que le législateur doit protéger. C’est d’ailleurs ce qui ressort très nettement d’une lecture attentive de l’article constitutionnel correspondant de notre pays, que voici, pour mémoire:

Art. 15 Liberté de conscience et de croyance1 La liberté de conscience et de croyance est garantie.

2 Toute personne a le droit de choisir librement sa religion ainsi que de se forger ses convictions philosophiques et de les professer individuellement ou en communauté.

3 Toute personne a le droit d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir et de suivre un enseignement religieux.

4 Nul ne peut être contraint d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir, d’accomplir un acte religieux ou de suivre un enseignement religieux.

Le sens le plus appuyé de cet article, car figurant dans son dernier alinéa, est d’exclure toute contrainte, toute coercition en matière de participation à une communauté religieuse. Sagement, l’article constitutionnel évite de qualifier les religions d’une quelconque manière. Cela est sage, car, en effet, les religions précèdent l’État; l’État n’a donc pas à statuer sur leur substance.

En revanche, rien n’interdit à l’État de statuer sur les formes sociales que peuvent revêtir les communautés religieuses. Il doit pouvoir exiger que les corps sociaux que forment les Églises restent conformes aux dispositions civiles et pénales fondamentales.

Pour légitimer cette restriction, il doit cependant, c’est vrai, dans certains cas de figure, adopter une position qui serait supérieure à celle d’une religion dont les lois spécifiques prévoiraient des dispositions contraires, par exemple, à la liberté de conscience. Alors, l’État doit faire appel à une autorité précédant non seulement la sienne propre, mais celle des religions.

Deux approches me paraissent alors possibles. D’abord, l’approche spirituelle, religieuse:

Un croyant dira peut-être ici que seule l’autorité divine est nécessaire et suffisante pour trancher une telle question. L’initiative pour des religions au service du peuple propose de révéler cette autorité à travers le secret des urnes. Dans l’isoloir, chaque votant pourra dire si telle et telle communauté religieuse lui paraît légitime en regard de sa conscience et, le cas échéant, de sa religion. Si Dieu décide d’intervenir, quoi de plus aisé pour Lui que d’inspirer le cœur des votants?

Ensuite, l’approche s’inscrivant dans le domaine du droit:

La Confédération helvétique, en inscrivant dans sa Constitution fédérale les droits d’initiative populaire et de référendum en matière fédérale dans l’article d’introduction sur les droits politiques, et qui plus est en alinéa final, accorde à «tous les Suisses et toutes les Suissesses ayant 18 ans révolus qui ne sont pas interdits pour cause de maladie mentale ou de faiblesse d’esprit» le droit de proposer puis de voter des modifications de cette même Constitution fédérale.

Ainsi, le peuple suisse est parfaitement en droit de définir, en usant du droit d’initiative populaire, ce qu’il entend considérer comme une communauté religieuse légitime dans son pays. Il ne doit pour cela toucher à aucun droit constitutionnel existant, ni enfreindre aucune loi, ni prendre un ascendant illégitime sur la substance des religions, il ne fait qu’exercer le droit que lui confère sa qualité d’être humain et de citoyen de son pays.

Une communauté religieuse qui professe d’une part la valeur de la foi et des qualités divines et d’autre part le respect de lois visant à garantir le respect des droits de l’homme peut-elle légitimement souhaiter se soustraire à ce jugement des consciences? Le cas échéant, une Église rejetée au terme de ce test ne devrait-elle pas se remettre en question – n’y aurait-il pas là, même, pour elle, un caractère salutaire?

Les jugements de Dieu

Pour faire suite à l’une de mes notes du mois passé et pour signaler cette courte et lumineuse interview de Sami Abou Zohri, porte-parole du Hamas (dont voici la charte), organisation islamiste qui aurait obtenu 33% des voix aux élections municipales de l’Autorité palestinienne:

Les Occidentaux assimilent l’islam avec l’amputation des mains pour les voleurs. Mais l’islam est une religion de paix et les amputations sont des détails. De toute façon, ces jugements viennent de Dieu.

Voulons-nous vraiment d’une telle paix, ou les amputations des membres sont de simples détails de la volonté divine? Et au fond, existe-t-il une seule nation, une seule communauté formant une démocratie authentique, qui en voudrait, de cette paix-là?

Liberté? Quelle liberté?

Plusieurs réactions à la proposition d’initiative pour des religions au service du peuple abordent la question de la liberté de conscience pour affirmer que l’initiative y serait opposée. Qu’en est-il?

Les critiques en question confondent conscience et communauté religieuse. Examinons le libellé de l’article constitutionnel concerné:

Art. 15 Liberté de conscience et de croyance1 La liberté de conscience et de croyance est garantie.

2 Toute personne a le droit de choisir librement sa religion ainsi que de se forger ses convictions philosophiques et de les professer individuellement ou en communauté.

3 Toute personne a le droit d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir et de suivre un enseignement religieux.

4 Nul ne peut être contraint d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir, d’accomplir un acte religieux ou de suivre un enseignement religieux.

 

En garantissant la liberté de conscience, le législateur veut s’assurer qu’aucune doctrine religieuse ne pourra être imposée aux citoyens. Le droit d’appartenir à la communauté religieuse de son choix en est le corollaire, de même que l’exclusion très explicite (alinéa 4 final) de toute contrainte en la matière (comparer ce point avec son équivalent coranique).

Le texte prévoit également que chacun est libre de professer ses convictions en communauté. Mais aucun critère ne permet de définir ce qu’est, ici, une communauté religieuse.

Or qu’en est-il d’une communauté religieuse qui répandrait des propos opposés à ces mêmes dispositions constitutionnelles, tels que l’obligation d’adhérer à une communauté religieuse, l’interdiction de la quitter (sous peine de mort), l’injonction à combattre, à tuer, à assujettir les infidèles ou les autres croyants?

Quelles dispositions priment, alors? Est-il légitime, sous couvert de la liberté de conscience, de saper cette même liberté? La parole d’un prophète prime-t-elle sur notre Constitution? Comment résoudre ce dilemme? À quelle autorité faire appel pour trancher un tel cas?

L’initiative pour des religions au service du peuple propose de demander à la plus haute autorité de notre pays, le peuple souverain, s’il veut que l’État

favorise la lettre des religions, même lorsque celle-ci incite à la coercition religieuse, laquelle est anticonstitutionnelle; oudéfende le sens des dispositions constitutionnelles, et interdise que des préceptes opposés à leur esprit ne puissent être prêchés dans son pays au nom de la religion.

 

La question pourrait être oiseuse, et il serait au fond normal qu’elle le soit. Mais le fait est que d’ignorer ce choix revient, aujourd’hui, à opter pour la première alternative.

L’initiative pour des religions au service du peuple propose de ne reconnaître comme telles que les communautés religieuses qui respectent la liberté de conscience et de croyance garantie par la Constitution, en laissant le peuple décider librement de ce qu’il souhaite entendre par là.

Libre, aussi, bien entendu, aux communautés religieuses de prouver qu’elles respectent cette liberté, si nécessaire en réformant certains aspects de leur textes fondateurs et de leurs préceptes.

Au nom de quoi peut-on s’opposer à cela?

Condensé des premières réactions critiques à la proposition d’Initiative populaire fédérale pour des religions au service du peuple

Est-il bien nécessaire, ou sage, de créer un rempart à l’Islam? Cette religion est le choix de centaines de millions de gens dans le monde, pourquoi intervenir, pourquoi ne pas laisser les choses se faire d’elles-mêmes?

L’initiative n’a rien à objecter ni à la religiosité en elle-même, ni aux piliers de la foi musulmane traditionnelle, ni à l’esprit de tolérance qui inspire l’objection en question. Elle tient à garantir la possibilité de choisir en connaissance de cause, ce qui n’est pas le cas actuellement.

L’Islam dit être la dernière religion, la perfection en la matière, et attaque sévèrement les autres religions, dans la lettre même de ses textes fondamentaux, les accusant de constituer des polythéismes coupables.

Il y a là un conflit fondamental avec la notion de tolérance: accepter l’Islam au nom de la tolérance revient à tolérer la condamnation des autres religions, ce qui est déraisonnable.

Certes, il doit rester légitime de choisir l’Islam pour sa religion au nom de la liberté de conscience, mais alors que ce soit clair: cette décision revient à qualifier toutes les autres religions, notamment judéo-chrétiennes, de tromperies, de théories mécréantes.

Une telle décision revêt une importance extrême et doit faire l’objet d’un large débat. L’Initiative pour des religions au service du peuple veut lancer ce débat et propose d’en laisser le dernier mot au Peuple.

Il s’agit ici de donner l’occasion aux religions représentées dans notre pays de défendre leurs valeurs, leurs principes, leurs idéaux, dans le cadre d’une campagne dont l’enjeu est leur survie sur le plan social. Et cela nous amène à la deuxième objection la plus fréquemment exprimée:

L’Initiative aurait pour conséquence de remettre en question la légitimité d’Églises aujourd’hui reconnues. Ces communautés n’ont pas intérêt à soutenir un projet qui risquerait de les priver de reconnaissance officielle.

À cet égard, l’initiative ne fait qu’anticiper une situation qui se dessine toujours plus clairement, et une action précoce, telle que celle déclenchée par l’Initiative pour des religions au service du peuple, donnerait très probablement aux Églises en question de meilleures chances de perdurer.

En Suisse comme partout en Europe, seule l’immigration permet de maintenir la population à un niveau et à un âge suffisants pour assurer la pérennité des activités socioéconomiques. Or, la religion islamique domine nettement parmi les candidats à l’immigration dans les pays européens. Et si la religion est un libre choix dans nos pays, elle est obligatoire dans l’Islam (où l’apostasie est passible de la peine de mort). Il n’est aucun exemple de pays où l’Islam s’est imposé sans exclure, chasser, brimer ou assujettir les membres d’autres religions, ce qui conduit systématiquement à la marginalisation de ces dernières.

La question peut être débattue de savoir si les conséquences historiques de l’islamisation sont inhérentes à la religion islamique ou seulement à certaines de ses franges extrémistes, ou politisées. Dans le cœur des croyants, le fondamentalisme islamique ne va pas forcément de pair avec l’aspiration à un islam politique dominateur. L’on peut être un Musulman fervent et tolérant.

Mais le fait reste que l’effet social d’une forte présence islamique a pour corollaire l’exclusion des autres religions. L’Initiative pour des religions au service du peuple souhaite prévenir cet effet en ancrant dans la Constitution une relation directe entre la liberté de conscience et la reconnaissance des communautés religieuses: l’Initiative oblige l’État à protéger les Églises que le Peuple dit approuver, dans le secret des urnes.

Ainsi, plus tôt le débat comparatif, semble-t-il inévitable, entre l’Islam et les Églises judéo-chrétiennes, sera engagé, meilleures seront les chances de ces dernières. Et il est dans sans doute dans l’intérêt de tous qu’un tel débat puisse se dérouler dans un climat empreint de calme et de recueillement. Quel autre pays que la Suisse s’y prêterait mieux?

La troisième objection la plus largement exprimée à ce stade est apparentée à ce dernier point:

Le projet a plusieurs décennies de retard. L’Islam est déjà trop présent en Europe, en Eurabie. Il n’y a plus rien à faire à ce niveau. Il faut au contraire tenter de promouvoir la tolérance, la compréhension, l’accueil, l’adaptation. Il faut faciliter la progression de l’Islam en Europe afin d’en désamorcer les tendances violentes et de favoriser une rencontre pacifique et mutuellement profitable. Il faut vanter les mérites spirituels, philosophiques de l’Islam, afin de faire pencher la balance vers une version progressiste et pacifique de cette religion.

Parlons-en. Organisons un grand débat public sur les mérites comparatifs de l’Islam. Donnons la parole aux experts, vulgarisons les connaissances historiques, philologiques dont nous disposons. Après tout, il s’agit de notre avenir, et de celui de nos enfants. Il est crucial de prendre de bonnes décisions en la matière. Et peut-on prendre de bonnes décisions sans une information et une discussion approfondies? L’Initiative pour des religions au service du peuple tente précisément de réunir les conditions nécessaires à l’instauration d’un tel débat. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Proposition d’Initiative populaire pour des religions au service du peuple

Considérant

  • que les composantes subversives et intolérantes de l’Islam prennent une importance croissante dans le monde;
  • que la propagation de l’Islam traditionnel favorise la diffusion de messages, tirés des écritures coraniques, qui inspirent les mouvements terroristes, remettent en question les piliers des démocraties occidentales et sont en partie opposés au droit de notre pays;
  • que la présence de Musulmans en Suisse et en Europe devrait s’étendre largement au cours des prochaines décennies;
  • que la législation actuelle n’offre pas une protection suffisante aux valeurs fondamentales de notre pays;

l’initiative populaire pour des religions au service du peuple propose d’ajouter l’article suivant à la Constitution fédérale de la Confédération suisse

Article 15, alinéa 5
Une communauté religieuse, pour être légitimée en tant que telle, doit démontrer sa nature d’utilité publique, prouver son adéquation avec les lois en vigueur et recevoir l’aval du Peuple.

L’ajout de cet article obligerait les communautés religieuses à obtenir l’approbation du législateur et du Peuple, en vertu de quoi les groupements n’ayant pas obtenu cet aval seraient tenus pour directement responsables des conséquences de leurs déclarations, écrites et orales.

Cette situation favoriserait les versions bienfaisantes des religions et permettrait de lutter plus efficacement contre les éléments extrémistes ou subversifs qui agissent en leur nom.

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Voir aussi:
Condensé des premières réactions critiques à la proposition d’Initiative populaire fédérale pour des religions au service du peuple
De la préséance de la religion sur l’État
Et surtout:
Le devoir de précaution — Concept
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