Alain Jean-Mairet » 2004 » December
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L’eau, source de vie, symbole de l’esprit

Pendant des jours, des multitudes de vivants ont fait couler leurs pensées à rebours d’une même vague meurtrière.

Peut-on réformer l’Islam?

Toutes les religions ont leur part de violence. Dieu se serait révélé aux Hindous à l’aube d’une bataille décisive, et pas pour prôner la réconciliation. Les Juifs durent souvent se battre et en tirèrent des titres de gloire. Les Chrétiens firent nombre de conquêtes au nom du Christ.

L’Islam est-il différent? Après tout, malgré les violences qui le caractérisent aujourd’hui, nombre de ses fidèles le présentent comme une «religion de paix». L’Islam, donc, peut-il être assagi?

Je ne crois pas.

Je pense que la violence de l’Islam est de telle nature que sa disparition marquera celle de la religion toute entière. Car elle en constitue l’âme même, l’impulsion vitale. Tandis que sa forme placide est la réaction naturelle de ses fidèles, poussés par le bon sens et par leur instinct de survie à lui conférer des attributs pacifiques pour se protéger de son agressivité intrinsèque.

Comment devient-on musulman? Par un double serment d’allégeance, une déclaration affirmant qu’«il n’y a d’autre divinité que dieu et [que] Muhammad est son prophète». Quel état d’esprit peut inciter un guide spirituel à exiger des fidèles un tel engagement, une telle soumission?

Qu’en est-il des fidèles des autres religions? Ceux qui révèrent également un dieu unique, une version considérée comme antérieure et encore imparfaite du dieu musulman, sont tolérés, mais paient un impôt. Quel état d’esprit?

Qu’en est-il des autres gens? À l’origine, ils doivent être soumis ou tués. Quel état d’esprit?

L’islam, à la base, est un mouvement politique totalitaire mené au nom de dieu. Son noyau dur est l’imposition d’un gouvernement et de règles de vie de droit divin.

Les premières victoires de l’Islam ont fait couler le sang des «infidèles» et des adeptes d’une autre religion du livre. Et ce sont ces succès qui ont établi la soumission des âmes simples de l’époque à leur prophète, à la nouvelle religion.

Mahomet démontra la légitimité de son message en apportant des victoires et de juteux butins à ses premiers adeptes, dans une société où les razzias faisaient partie de l’héritage culturel commun.

Et ce n’est que plus tard que s’installa l’aspect «pacifique» de l’Islam. Comme, sous l’Islam, il faut être musulman pour être «tranquille», et parfois simplement pour rester en vie, les gens naturellement pacifiques, dont je suppose qu’ils forment une majorité silencieuse, sont devenus musulmans partout où les conquérants de l’Islam furent victorieux.

Ensuite, pour satisfaire leurs propres aspirations, ces gens parèrent la religion à laquelle ils durent se soumettre, contraints et forcés, des attributs d’une foi respectant la paix et la fraternité.

Ensuite, ces attributs séduisirent à leur tour des gens sincèrement pieux, qui donnèrent à l’Islam son vernis de religion authentique.

Cela est particulièrement évident dans la tradition juridique islamique, où les docteurs de la loi ont fermement tenu tête aux dirigeants «politiques», des siècles durant, se réclamant directement de dieu, par opposition à une quelconque autorité terrestre, pour édulcorer systématiquement la sévérité des sentences «divines» en les rendant inapplicables à force de conditions pratiquement impossibles à réunir et autres artifices de fortune.

La «paix de l’Islam» est le résultat de l’effort des Musulmans qui, au cours des âges, s’efforcèrent de donner un visage humain à la grimace mortelle qui constitue l’âme originelle de cette religion.

Mais cet effort pacifique, fait de retenue plutôt que d’élan, de restriction d’agressivité plutôt que d’expression d’affection, conduisit l’Islam à l’immobilisme où le trouvèrent les Chrétiens, il y a quelque deux siècles.

Et depuis, soit que l’Islam originel reprenne sa vigueur, soit que les errances totalitaristes et conspirationnistes de l’Occident l’aient récupéré, soit que les Musulmans pacifiques aient été distraits de leur effort par les attraits du monde moderne, depuis, l’Islam semble se transformer en une machine de destruction, de coercition, de haine et de confusion qui menace l’équilibre mondial promis par l’éclosion des droits, des principes et des libertés démocratiques.

L’Islam, certes, est une religion mondiale, une culture, une tradition, édifiée au cours des siècles et qui, à ce titre, a soutenu les plus hautes inspirations religieuses, accompagné des civilisations avancées et, donc, mérite le respect, l’intérêt, l’admiration.

Mais, si le monde, de toute évidence, pourrait se passer d’elle, il ne survivrait pas à l’avènement de ce qu’elle est devenue. Et, la condition sine qua non de sa réforme étant le renoncement à ses principes constitutifs – la soumission, le prosélytisme –, je pense que l’Islam devra disparaître.

À moins, bien sûr, que l’utopie de l’Islam ne se réalise, que chacune et chacun, individuellement, librement, décide en conscience de se soumettre au divin, concrétisant ainsi, peut-être, le rêve, ou l’inaccessible étoile, du dernier des prophètes.