Alain Jean-Mairet » 2004 » September
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Pourquoi les Neinsager ont raison. Et comment les faire changer d’avis

Le week-end dernier, les Suisses (dont une bonne part d’ex-étrangers) ont, une nouvelle fois, dit «non aux étrangers».Aujourd’hui, «les Suisses» sont montrés du doigt par les bien-pensants, sont qualifiés d’otages du populisme, voire pire. Mais peut-être «les Suisses» ont-ils mieux réfléchi, du fond de leur foyer douillet, que les autorités et les groupes politiques qui leur demandaient de cautionner une réflexion en fait largement étrangère à leurs préoccupations réelles.

Que veut le citoyen Suisse en matière d’immigration? Le lui a-t-on jamais demandé, au-delà d’un oui/non aux conséquences souvent incertaines? Et à quoi disait-il non? – aux étrangers? – aux détails techniques des projets de lois? – à l’inadéquation de certaines solutions?

Je pense que le peuple suisse a dit non à l’absence d’une prise en charge du problème de l’immigration.

Dans le bon sens populaire, pas toujours politiquement correct mais souverain en démocratie, il y a des étrangers agréables et d’autres qui le sont moins.

Certains, par exemple, viennent de régions où la violence physique est un aspect sensiblement plus présent de la vie quotidienne que dans notre paisible Helvétie. Nos retraités en veulent le moins possible – faut-il les traiter de xénophobes pour autant?

Certains autres ne pratiquent aucune de nos (quatre) langues et tendent à former des communautés soudées, d’abord réfractaires à l’assimilation. Or il y a une limite au pourcentage d’élèves issus de telles familles au-delà duquel la qualité de l’enseignement scolaire est compromise. Est-il vraiment impossible d’en tenir compte?

Certains, aussi, ont dans le regard des certitudes qui mettent mal à l’aise, dans la bouche des éloquences qui rappellent un âge que l’on souhaite révolu, et le goût de l’uniforme, surtout celui des femmes. Chacun peut croire en le dieu qui lui convient, bien sûr. Mais ici, les dieux, on les aime discrets, personnels, limités à la sphère privée.

Certains, enfin, ne sont visiblement pas intéressés à partager les valeurs de notre terroir. On les voit faire la navette entre les lieux d’accueil provisoires et les endroits chauds de la ville, le regard fuyant ou au contraire provocateur, les intentions manifestement glauques.

Bien sûr, il faut accueillir les réfugiés, les intégrer, leur donner du travail, leur donner une chance réelle. Mais n’est-il pas déjà trop tard lorsqu’ils arrivent sur notre sol, après un long et tortueux voyage, sans papiers d’identité, sans souvenirs précis, sans projet concret?

Or il est pourtant des étrangers «agréables». Chacun, ici, en connaît. Ce sont des gens, le plus souvent, qui ont voulu venir en Suisse, qui s’y sont préparés, qui y ont noué des contacts, ont en partie adapté leur mode de vie, bref ont fourni un effort proactif pour favoriser leur assimilation.

Ces étrangers-là sont plus qu’acceptés, ils sont bienvenus, ils sont nécessaires, ils sont enrichissants. Que ne facilite-t-on pas leur venue en Suisse?

Car nous pouvons choisir. Nous pouvons mener une politique d’immigration active. Nous pouvons dire quels immigrants nous voulons, de quel type de pays, de quel niveau d’instruction, et même, oui, pourquoi pas, de quelle religion.

L’élément clé consiste à prendre l’initiative. Il est bien sûr intolérable de refuser catégoriquement l’entrée dans notre pays aux fidèles d’une certaine religion, aux ressortissants de certains pays, aux membres de certains groupes ethniques. Mais personne ne peut nous reprocher de choisir qui nous souhaitons aider à s’installer chez nous.

Alors, les choses sont claires. Les pays concernés peuvent prendre des mesures pour faciliter à leurs nationaux l’émigration en Suisse. Dans les pays où cela n’est pas envisageable, pour une raison ou une autre, le gouvernement de notre pays et diverses institutions privées peuvent prendre le relais. Sachant quelles conditions sont exigées, ils sont libres de créer des dispositifs qui permettront aux candidats sincères d’acquérir à peu de frais, voire gratuitement, les qualités nécessaires (aptitudes linguistiques, civisme, contacts préalables) à leur bonne intégration en Suisse.

Il ne faut pas ouvrir davantage la porte aux étrangers – non, trois fois non, a dit le peuple. Mais aller chercher les étrangers dont nous avons besoin, oui, mille fois oui, dit le bon sens.

20 octobre 2004
Les Pays-Bas prévoient de consacrer 100 millions d’euros durant les cinq prochaines années à la promotion de leur pays comme lieu d’étude et de travail auprès d’étrangers talentueux. Le projet s’adresse aux ressortissants de nations occidentales modernes (USA, Canada, Finlande, Norvège, Suisse) comme à ceux de pays de culture différente (Brésil, Mexique, Russie, Inde, Thaïlande, Malaisie, Viêt-Nam).

Parallèlement, La Haye s’apprête à restreindre les conditions du regroupement familial et prépare une série de mesures visant à lutter contre les mariages de complaisance et l’immigration d’étrangers réfractaires à l’intégration.

Quelle est la mission du Peuple Élu?

Les Juifs sont à nouveau, et de plus en plus, les victimes de la mauvaise foi, de l’hypocrisie, de l’ignorance, de la veulerie morale – carburants de la haine.

Il faut agir.

À l’extérieur, il faut rappeler les qualités de ce peuple, l’héritage dont il témoigne, l’apport de ses principes, son aspiration à l’excellence, sa contribution aux civilisations. Il faut défendre ses valeurs, sa valeur.

Et mettre en lumière les mécanismes de l’ombre, dénoncer la subversion, les rhétoriques malsaines, les partis pris malhonnêtes, les lâchetés coupables, la paresse intellectuelle.

Et redresser la compréhension, raviver le discernement, encourager le raisonnement, stimuler l’attention, aiguiser l’intelligence.

Mais le principal effort doit venir de l’intérieur, du Peuple Élu lui-même.

Il faut réfléchir.

Que signifie, aujourd’hui, la notion de peuple élu? Quelle est la responsabilité actuelle du peuple élu? Et surtout, quelle devrait être son action, dans notre temps et notre situation?

Je souhaite faire une proposition: renier dieu.

L’idée, admirable, du monothéisme a fait son temps. Aujourd’hui, sa dernière version, éprise de mort violente, intoxique les âmes, menace la civilisation. Il est temps de tourner la page. De dire que dieu, quels que soient les attributs dont on le glorifie, n’est, dans notre réalité d’humains, qu’une idole. De dire que la valeur de la religion réside d’abord dans la foi, dans la qualité de l’être libéré des mots. Dans la conscience. Tout simplement.

Je pense que si les Juifs s’engagent dans cette voie, ils la verront s’ouvrir devant eux, car

… un tel débat permettra de remettre au jour les fondements de la foi, de réveiller les énergies endormies de la pensée juive, de toutes les pensées juives;… la remise en question d’un pilier spirituel aussi essentiel fascinera le monde entier, et protégera ainsi de nombreux esprits des relents antisémites;

… la fraîcheur, l’aspect novateur d’une telle initiative aura d’autant plus d’attrait que la religion, aujourd’hui, est souvent traitée comme une chose immuable et rigide;

… il faut un courage exceptionnel pour renoncer à son dieu – tous les esprits éveillés le comprendront et se sentiront portés à saluer cet élan.

 

Et, si l’entreprise réussit, et que le peuple élu, officiellement, renonce à ce statut, renonce à dieu, et en explique les raisons avec cohésion, cohérence et talent, alors

… les principales bases spirituelles de l’antisémitisme s’écrouleront comme du sable sec;… une nouvelle foi, sans religion ni culte, sera née, celle de ceux qui auront, en conscience, dépassé le monothéisme – or il se peut fort bien que leur nombre soit élevé et aille croissant;

… une issue supplémentaire, pour l’instant totalement imprévue, sera disponible pour ceux, nombreux aussi sans doute, à qui la religion pèse, mais qui tiennent à rester attachés à la foi;

… les valeurs de la foi quitteront le domaine du cloître religieux pour rejoindre ceux du bon sens, de l’expérience vérifiée, de la concertation, soit des repères qui, aujourd’hui, doivent guider la civilisation – la foi aura ainsi une chance de fournir directement son concours au progrès global; < … ce succès prouvera le bien fondé de la foi en l'avenir – il pourrait marquer le début d'une ère nouvelle.

 

Ainsi, ce pourrait aussi être la mission ultime du Peuple Élu, qui se fondrait alors dans un acte de piété sublimée. Mais ce serait, non un terme, un geste plein de vie, créateur, fructueux. Exemplaire.

Culture ou religion – peut-on choisir?

Le mois prochain, la littérature arabe sera l’«invitée d’honneur» de la Frankfurter Buchmesse. Qui en profitera?

L’effort sera d’envergure: outre l’aspect purement littéraire, dont on espère notamment qu’il stimulera la traduction et la production des œuvres arabes en Allemagne et en Europe, le monde arabe sera à l’honneur dans un grand nombre de musées et d’institutions culturelles de Francfort.

Le projet est en soi justifié. La littérature arabe est en devenir et elle peine à s’épanouir dans le climat culturel restrictif des pays arabes. Le coup de pouce de la Frankfurter Buchmesse entend favoriser l’ouverture, l’esprit de découverte, la compréhension interculturelle – toutes choses dont personne ne niera la nécessité, la légitimité.

Et, évidemment, le sujet est d’une actualité brûlante. Conscients de cet aspect, les organisateurs et les parties prenantes évitèrent soigneusement de mentionner l’Islam dans les déclarations de juin dernier. Même le terme de religion n’était alors utilisé qu’en marge d’explications rappelant sans cesse la nature culturelle de l’événement. Il s’agit de rapprocher les cultures, pas les religions, de créer des liens, de susciter des rencontres, pas d’entretenir le climat d’affrontement. Bien sûr.

De l’ensemble du projet se dégage une impression de sincérité et d’espoir de contrer la tempête de sable islamiste en lui opposant un vent de culture et de diversité.

Mais pourquoi à Francfort? Si déficit culturel il y a, est-ce bien en Occident? Avons-nous besoin de mieux connaître la culture arabe, dont même des experts qui y consacrent le plus clair de leur temps, comme Stefan Weidner (auteur de «Mohammedanische Versuchungen»), nous disent qu’elle n’est en fait «pas à la hauteur»? Si nous la connaissons bien, résisterons-nous mieux pour autant à l’islamisme, la forme hégémonique, totalitaire, de l’Islam?

Certes, du bagage arabo-musulman, il faut favoriser la culture, créative, moderne, amie de la réforme et des libertés, au détriment de la religion, contaminée par l’idéologie de mort qui accapare l’actualité.

Mais pas ici.

En Occident, chaque ouverture, chaque geste amical de ce type constitue un risque: il permet peut-être quelques échanges culturels souhaitables, mais il est certainement récupéré par le mouvement de subversion islamiste.

Ainsi, un symposium beaucoup moins str ictement culturel, avec la participation de Tariq Ramadan (et ici, ici et ici) et le soutien de la Prince Sultan Foundation, a été annoncé ce mois-ci. Intitulé «L’Orient et l’Occident – un nouveau départ», il se propose d’«ouvrir le dialogue avec (…) le monde arabe» et de créer «un moment de recueillement» dans le cadre et en préambule du Salon du livre de Francfort. On y évoquera notamment «le Christianisme vu sous l’angle islamique», «l’Islam et l’Occident», et la «tolérance des croyants».

En outre, et pour revenir à l’aspect en principe positif de la manifestation, la célébrité des écrivains arabes en Occident est hélas à sens unique. Les belles lettres arabes s’inspirent de mouvances culturelles occidentales et sont limitées, dans les pays arabes eux-mêmes, à des cercles intellectuels sans impact parmi la population.

Ainsi, je crains fort que cette initiative culturelle arabo-allemande, pour louable qu’elle puisse paraître, ne se révèle au mieux qu’un coup d’épée dans l’eau et au pire un encouragement à la véritable culture populaire arabe, laquelle est actuellement très clairement concentrée autour d’une chose: l’islam(isme).

L’effort vraiment nécessaire, actuellement dans le domaine culturel et en l’occurrence littéraire, consiste plutôt à répandre les valeurs occidentales qui ont fait leurs preuves – compétition pacifique pour le pouvoir, libertés individuelles, esprit d’entreprise, tolérance – dans les pays arabes que de s’intéresser aux prémices de leur littérature romanesque.

Que ne traduit-on pas plutôt les œuvres des penseurs occidentaux en arabe! Que ne les distribue-t-on pas, gratuitement ou presque, partout où des Musulman(e)s savent lire! Voilà le défi socioculturel à relever aujourd’hui dans ce domaine.

Daniel Pipes et Tariq Ramadan – deux hommes décidément très différents

Les lamentations de Tariq Ramadan, dont le Département américain de la sécurité intérieure a fait annuler le visa d’entrée aux États-Unis en août dernier, deviennent lancinantes. Dans l’interview publiée hier par saphirnet.info, l’intellectuel genevois, petit-fils du fondateur égyptien des Frères musulmans, s’en prend notamment à Daniel Pipes, dont nous sommes censés apprendre qu’il s’agit d’un «islamophobe» endurci, à la déontologie douteuse et au bras long.

Or il se trouve que je connais un peu Daniel Pipes, son parcours, ses écrits, ses idées et sa position face à l’Islam et à l’islamisme. Daniel Pipes est un intellectuel extrêmement honnête, intègre et rigoureux. On s’en rend d’autant mieux compte en observant les critiques qu’il doit subir aujourd’hui dans l’affaire de l’annulation du visa de Tariq Ramadan.

Mais reprenons le fil des événements.

L’article de saphirnet.info cite une déclaration de Daniel Pipes, à propos de Tariq Ramadan, qui se trouve à l’origine de la controverse en question: «j’ai bien peur qu’il soit engagé dans un jeu complexe qui consiste à se faire passer pour un modéré alors qu’il a des liens avec al Quaida.» Et l’interviewer d’ajouter que Daniel Pipes se baserait ici sur des «lectures des journaux français». Tariq Ramadan continue ce travail de persiflage en affirmant, sans citer aucune source, que Daniel Pipes serait

«connu pour produire un travail qui, sur le plan scientifique, est pour le moins léger. Il se base sur des éléments (…) de seconde main [ou] de pas de main du tout. Il a publié dans le New York Sun (un journal très néo-conservateur et qui tient parfois des propos extrêmement durs sur les Musulmans), un article dans lequel il avançait onze points qui constitueraient la preuve évidente de ma condamnation définitive.»

Revenons à la réalité. Apprenant que le visa de Tariq Ramadan avait été annulé, sans publication de motifs, par le Département américain de la sécurité intérieure, un journaliste du Chicago Tribune, ostensiblement bien disposé à l’égard de Tariq Ramadan, prépare un papier sur le sujet. Dans ce cadre, il interroge Daniel Pipes, expert reconnu aux États-Unis sur les questions islamiques et moyen-orientales.

Daniel Pipes fait alors deux déclarations: d’abord, en répondant à son interrogation, il nie avoir connaissance de quelconques groupes juifs américains qui se seraient opposés à la venue de Tariq Ramadan. Il ajoute que des doutes avaient en effet été émis sur la justification de la nomination de Tariq Ramadan dans une université américaine, mais ceci par des individus isolés, et en France.

Puis il donne son sentiment, résumé dans la phrase citée plus haut et qu’il vaut la peine de restituer en anglais – «I worry that he is engaged in a complex game of appearing as a moderate but has connections to Al Qaeda» – et de retraduire: «Je crains qu’il ne soit engagé dans un jeu complexe visant à apparaître comme un modéré mais qu’il n’ait des liaisons avec Al-Qaida.»

Sur cette base, Daniel Pipes devint, dans l’argumentation de Tariq Ramadan et de ses partisans, la figure centrale d’opposant à sa venue aux États-Unis. Tariq Ramadan déclara ainsi le lendemain à swissinfo: «Daniel Pipes a d’ailleurs déclaré qu’il voulait s’opposer à ma venue aux Etats-unis». Le Temps alla plus loin, présentant «le jeune Pipes» (Daniel Pipes est né en 1949) comme l’instigateur d’une «chasse aux sorcières» contre tous les intellectuels «favorables aux Palestiniens» et profitant de l’occasion pour dénigrer au passage un site français, proche-orient.info, qui aurait mené contre Tariq Ramadan une «campagne encore plus décidée encore».

Il n’est que trop vrai que Tariq Ramadan n’a pas que des amis en France. Mais une chasse aux sorcières à l’Américaine? Avant l’affaire du visa, le nom de Tariq Ramadan n’apparaissait nullement sur le site incriminé (campus-watch.org, qui dénonce les excès manifestes de professeurs et de responsables censés tenir un discours informatif sur le Moyen-Orient) et n’était mentionné sur celui de Daniel Pipes que dans le cadre d’une critique plutôt élogieuse de l’un de ses ouvrages, parue dans le trimestriel Middle East Quarterly, une publication du Forum du Moyen-Orient dirigé par Daniel Pipes.

Non, il fallait à Tariq Ramadan une «tête de Turc» et Daniel Pipes, célèbre pour avoir su comprendre, bien avant le 11 septembre 2001, l’ampleur réelle de la menace islamiste et, de ce fait, violement pris à partie par les islamistes américains, semblait très bien faire l’affaire.

C’est à la suite de ces allégations que Daniel Pipes se vit contraint d’exposer sa position avec plus de précision dans l’article du New York Sun dont Tariq Ramadan prétend qu’il contiendrait une «condamnation définitive».

Qu’en est-il? Les onze points en question sont en fait présentés par Daniel Pipes comme «quelques-unes des raisons pour lesquelles le visa de M. Ramadan aurait pu être annulé». Daniel Pipes précise également que le Département de la sécurité intérieure «en sait beaucoup plus long que moi, mais il garde le silence».

Tariq Ramadan fit alors passer cet article de Daniel Pipes comme la confirmation de ses allégations antérieures. Et de s’étendre longuement dans les colonnes accueillantes du Chicago Tribune (qui a entre-temps retiré l’article en question de son site Internet) pour se disculper d’accusations desquelles il est vrai qu’il s’était déjà défendu avec succès à de nombreuses reprises.

Depuis lors, Ramadan et ses amis sont omniprésents, de même que leurs affirmations gratuites, concernant notamment le prétendu droit de Ramadan à connaître les raisons de l’annulation de son visa (voir à ce sujet la mise à jour du 31 août du weblog de Daniel Pipes) et autres «groupes juifs» fantômes. Nous assistons maintenant à la classique dérive vers la théorie du complot.

Tariq Ramadan confirme ainsi que l’annulation de son visa, quels qu’en furent les motifs, a été une bonne chose pour l’Amérique.

13.12.2004
Tariq Ramadan démissionne du poste qui lui avait été offert par l’université de Notre-Dame. Il semble que les preuves, qualifiées d’«accablantes», réunies contre lui par le Département américain de la sécurité intérieure (DHS) aient fait le poids.

Attention à l’islamisme modérant

Ceci est un commentaire du dernier discours télévisé de Tariq Ramadan. La première partie, qui relate les faits et rappelle les arguments parus dans la presse, est laissée de côté pour examiner les conclusions et les implications proposées (avec insistance) par Tariq Ramadan.

«Nous [Musulmans] devons absolument [nous] libérer de cette (…) paralysie des suspects, de cette paralysie des victimes.»

Les Musulmans (d’Occident) seraient des victimes. Il faudrait les plaindre pour leurs tourments face à la suspicion des Occidentaux alors que leurs coreligionnaires font couler le sang par baquets entiers. Oui, l’image est horrible, et je ne m’en excuse pas, car ce n’est qu’une image et en s’insurgeant contre l’image, on a une (meilleure) chance de résister à la réalité, car il y a une réalité. Il y a des centaines et des milliers de litres de sang répandus. En écoutant Ramadan, on adopte une attitude de brebis soumise, et ceci tant à l’égard des terroristes (et alors on perd sa vie, celle de ses parents, de ses enfants) que des islamistes civilisés, c’est-à-dire à peu près respectueux de la vie humaine mais sans aller jusqu’à la modération extrême de Ramadan (et alors on perd sa liberté).

«Il faut fondamentalement refuser que l’on jette le doute sur notre loyauté à l’endroit de notre pays, qui est la France, (…) la Belgique, (…) la Suisse, l’Angleterre ou les États-Unis, sous prétexte que nous exerçons notre esprit critique.»

Si la loyauté des Musulmans est mise en doute, ce n’est pas parce qu’ils exercent leur esprit critique, mais parce que la (quasi-)totalité des terroristes actifs actuellement sur la planète se réclament d’Allah. Ramadan est libre d’exercer son esprit critique, et il ne s’en prive pas, loin de là. Et c’est très bien ainsi.

«Il est vraiment nécessaire, je le dis depuis des années, mais il faut le répéter avec force, de pouvoir s’exprimer, de dire explicitement ce que nous sommes, ce en quoi nous croyons, que nous avons des valeurs universelles, que nous n’avons pas honte d’être musulmans, que nous le portons avec dignité et avec sincérité.»

Quelle attitude une conscience doit-elle adopter pour affirmer la dignité de l’appartenance à une religion qui inspire le terrorisme actuel? Que Ramadan ait une approche plus raffinée et humaniste du Coran, de la charia et de la tradition islamique ne change rien à leur substance, hélas. Certes, il condamne avec force les prises d’otages et autres barbarismes commis au nom de l’Islam, et il s’applique à définir un Islam exempt de telles horreurs. Mais qu’est-ce que cela change? Qui écoute ses discours lénifiants? Qui en est modéré, adouci, ramolli?

«Car s’il ne peut pas être question pour moi (…) d’entrer aux États-unis, c’est (…) finalement des voix de modération, des voix qui prônent (…) l’exercice de la justice, [qui] se [seront] tues.»

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la voix de Ramadan ne se tait pas. Au contraire. On l’eut peut-être moins entendue s’il avait reçu son visa pour les États-Unis. Mais surtout, on peut légitimement se demander si nous avons besoin de voix de modération en Occident? Certes, de telles voix devraient se faire entendre – en maints endroits, notamment là où prévaut un Islam ou un autre, l’exercice de la justice n’est qu’une chimère –, mais ici, précisément dans les nations qui fournissent les meilleurs efforts connus dans ce sens? La dernière chose dont nous avons besoin ici, c’est bien des leçons de modération de Tariq Ramadan.

«Nous demandons à Dieu que finalement la voie s’ouvre. (…) Si c’est une bonne chose que d’aller aux États-Unis pour nous, que les portes s’ouvrent. Et si finalement c’était plus dommageable que bénéfique, et bien que ces portes restent fermées. Dieu seul le sait.»

Est-ce là une prière? Je prie, moi, que disparaissent enfin les religions des hommes afin que la foi s’impose. Que chacune et chacun découvre le divin, directement, et avec tant de force que personne, jamais, n’ose seulement en parler. Que la majorité des hommes apprennent à témoigner de leur foi uniquement par l’expression des qualités qu’elle leur inspire. Que les idoles meurent enfin pour de bon, et aussi celles qu’on appelle les dieux «uniques». Car parler d’eux, c’est toujours tromper un peu.

La maladie de la France

L’élan de soutien manifesté – surtout en France, mais aussi dans le monde arabe – par la communauté musulmane en faveur de la libération des deux otages français retenus en Irak est une bonne chose. Mais pas pour les raisons avancées généralement.

En fait, cette évolution est même tout à fait regrettable. Certes, il serait heureux que cela conduise à la libération des deux journalistes et de leur chauffeur. Certes, il faut se réjouir de ce que les Musulmans de France, notamment, fassent ainsi front contre le terrorisme islamiste.

Mais les interprétations qu’on en fait en France sont des plus inquiétantes. Le ministre français des affaires étrangères Michel Barrier loue la «solidarité et l’émotion qui s’expriment unanimement des plus hautes autorités de l’Islam». Le Hamas et Téhéran y compris? Gilles Kepel, islamologue et auteur d’un récent ouvrage sur le sujet, expose avec assurance sur Europe1 que les «groupes extrémistes islamistes sont isolés (…). Ils ont échoué dans les années quatre-vingt-dix, ils ont échoué en Algérie, (…) en Égypte, (…) en Bosnie, (…) au Cachemire (…).» Bref, ils sont finis. Depuis les années 1980, cette prédiction revient avec chaque belle saison dans la bouche des experts.

Le terrorisme djihadiste, une nouvelle fois, est présenté comme un phénomène mineur au sein de l’Islam, provoqué par quelques rares fanatiques sans aucun soutien populaire. L’Islam aime la paix, l’Islam est beauté, piété, sens de l’essentiel, voie vers le divin. L’islam est foncièrement bon, veut-on nous dire, et seuls quelques esprits faibles, écœurés sans doute par les persécutions incessantes de l’Occident, se laissent aller à des actes totalement étrangers à la substance de l’Islam et, naturellement, contraires à sa loi sacrée, la charia.

Balivernes. Le prophète Mahomet pratiqua l’assassinat politique (Al Nader, Ocba, Asma bint Marwan, Abu Afak, tout cela justifié par la sourate VIII.67: «Il n’appartient pas au prophète de faire des captifs, tant que sur Terre, il n’a pas complètement vaincu les incrédules») et ordonna lui-même l’exécution de centaines de civils, femmes et enfants, par égorgement (Sir W. Muir. The Life of Muhammad. Edimbourg, 1923. Cité dans Ibn Warrack, Pourquoi je ne suis pas Musulman, pp. 129–130):<

Durant la nuit, des fosses suffisamment grandes pour contenir les corps furent creusées de l’autre côté de la place du marché. Au matin, Muhammad ordonna que les hommes captifs soient emmenés par groupes de cinq ou six à la fois. On les faisait asseoir sur un rang au bord de la tranchée qui deviendrait leur tombe. On les décapitait et les corps étaient précipités dans la fosse. (…) La boucherie, commencée tôt le matin, dura tout le jour et se prolongea dans la soirée à la lumière des torches. Après avoir ordonné que le sol détrempé par le sang des sept à huit cents victimes fût aplani sur leurs restes, Muhammad abandonna l’horrible spectacle pour aller se consoler avec les charmes de Rihana, celle-là même dont le mari et tous les parents mâles venaient juste de périr dans le massacre.

S’il est vrai qu’Oussama Ben Laden est davantage un personnage télégénique qu’un leader idéologique, son succès n’en reste pas moins éclatant. Et si le réseau Al-Qaida historique n’existe plus, son influence est plus que persistante. En 2001, 72% des Palestiniens soutenaient la destruction totale d’Israël. Le dernier attentat réussi s’inspirant de ce soutien populaire «dépérissant» a fait 16 victimes à Beersheba le 31 août – voici leurs visages. Et des références sur le terrorisme palestinien, les dernières nouvelles du terrorisme international, un dossier plus général, une liste des plus éloquentes et une visite guidée édifiante.

Ainsi, comme le dit Abdel Rahman al-Rashed, le directeur d’Al-Arabiya, dans le titre arabe (le titre anglais est plus politiquement correct) d’un cri de désespoir repris aujourd’hui par le Sunday Telegraph de Londres: «La dure vérité est que tous les terroristes du monde sont des Musulmans!»

Cet appel est une première du genre et il constitue un signe très positif, dans la mesure où l’on peut espérer qu’il marque un tournant, mais pour l’instant, il signale surtout l’ampleur énorme du problème (je pense quant à moi que le message dont les Musulmans ont besoin est celui-ci).

Alors, pourquoi tant d’aveuglement? Pourquoi tant d’obstination, chez les Français, d’une manière générale, à ignorer les faits?

Historiquement, il y a sans doute d’abord ce qu’Alexis de Tocqueville appelait «le principe de l’égalité» faisant, entre autres, que des «peuples voisins (…) se ressemblent (…) en ce point qu’ils redoutent également la guerre et conçoivent pour la paix un même amour». À cela s’ajoute, toujours selon Tocqueville, «la lassitude extrême que les guerres de la Révolution et de l’Empire ont laissée». Et le fait est que, depuis lors, la France n’a cessé de se montrer coupablement frivole face à l’éventualité d’une guerre.

Ensuite, le gauchisme. En France, la rationalisation de la pensée marxiste a atteint des sommets bien visibles dans les structures politiques et administratives tentaculaires de l’hexagone. Or le gauchisme a donné naissance au tiers-mondisme: la révolution de Marx étant restée en panne, on a minutieusement adapté sa théorie pour en faire celle de l’oppression non plus des travailleurs par les propriétaires, mais du tiers-monde par les pays développés. Et il reste des intellectuels français attachés à cette fable.

Autres héritières, sinon du gauchisme, du moins de ses dissidents tardifs, les organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits humains entretiennent également une vision faussée du monde et celle-ci est très sensible dans le berceau des droits de l’Homme.

Aujourd’hui, les ONG sont largement institutionnalisées par les Nations Unies. Comme le déclare Kofi Annan, les ONG sont «des partenaires essentiels et indispensables pour les gouvernements et pour la communauté internationale et constituent un moteur de l’élaboration et de la mise en œuvre des décisions prises lors des principales conférences des Nations Unies». Mais même les plus importants poids louds parmi les ONG ne font l’objet d’aucun contrôle indépendant contraignant. Seuls des organismes privés tentent de conserver une vue d’ensemble de leurs activités.

Or, les principales ONG de défense des droits humains sont profondément noyautées par des idéologies proches de celles auxquelles s’abreuvent, par exemple, les supporters des ambitions palestiniennes («Libération totale de la Palestine»), comme en témoignèrent, par exemple, la Conférence de Durban – qui devint un unique acte d’accusation contre Israël – en septembre 2001, les mensonges patents diffusés par certaines de ces ONG lors de l’opération de Tsahal à Jénine en avril 2002 ou la campagne de discrédit qu’elles menèrent pour dissuader Israël de construire une barrière de sécurité dont tout indique qu’elle permet de sauver des vies humaines.

Et puis, la France a eu le malheur de confier, des décennies durant, à des hommes de caractère douteux des positions d’autorité sur les questions arabes. Ainsi Louis Massignon (1883–1962), un Catholique converti à l’Islam à la suite d’une «révélation» dans un moment de grande précarité, un mystique plus qu’un scientifique, qui consacra sa thèse à une obscure figure médiévale et qui fut connu pour laisser déraper ses cours de loi islamique ou de littérature arabe (au Collège de France, de 1926 à 1954) vers de virulentes attaques marxistes contre les sociétés multinationales, les souverains ou l’État, et qui attribuait, contre l’évidence la plus manifeste, toutes les tares de l’Islam à l’influence occidentale.

Mais cet homme, pour égaré qu’il paraisse à un observateur moderne attentif, reste adulé par les gens en place: un colloque lui était encore consacré au Centre de recherche français de Jérusalem en mai et juin derniers.

Autre géant de l’enseignement de la civilisation arabo-musulmane en France: Jacques Berque (1910–1995), conseiller personnel de Jean-Pierre Chevènement, qui déclarait (El Moudjahid, Alger, 5 juin 2004) à propos de Berque qu’«il aurait été conforté par la courageuse position du président Jacques Chirac» sur la guerre en Irak.

Jacques Berque fut officier français au Maroc de 1934 à 1953. Pendant ses loisirs, il rédigea une étude anthropologique des Berbères qui lui valut, en 1956, la chaire d’histoire de l’Islam contemporain du Collège de France, chaire qu’il occupa jusqu’à sa retraite en 1981.

Dans ses mémoires, Berque révèle comment il s’éprit de l’Islam, notamment à travers ses premières amours, une «amie attitrée» des quartiers chauds de Casablanca. L’homme souffrait d’un complexe de culpabilité envers l’Islam, s’y sentait un hôte indésirable et, travaillé par ce dilemme entre les penchants de son cœur et les impératifs de ses origines, finit par prendre parti pour les premiers.

En 1953, il devint un officiel de l’UNESCO en Égypte où, selon ses propres termes, il se «tiers-mondisait». Son parcours consista ensuite à marteler la superficialité de la civilisation moderne et les valeurs bafouées d’un «humanisme authentique» qu’il voulait déceler en terre d’Islam.

Pour lui, le terrorisme était une péripétie, un pas vers un monde meilleur, au pire une phase désagréable. Il admirait la Révolution culturelle chinoise, clamait la supériorité d’un système à parti unique, affirmait que les Arabes constituaient une force de résistance contre l’injustice, qu’ils étaient les vrais alliés de la démocratie et du socialisme. Il donna son soutien au FLN algérien.

Cet amoncellement d’erreurs reste presque intact, tel un monument, et continue d’inspirer l’action du gouvernement français et la pensée de beaucoup de Françaises et de Français, comme le montre cette petite enquête sur le comportement auto-subversif des internautes lorsqu’ils mentionnent les villes irakiennes de Nadjaf et Kerbala.

Bref, la France est comme infectée par la maladie de l’Islam. Elle aussi succombe à la «mauvaise foi» de l’Islam qui se manifeste dans des revendications religieuses fantaisistes, l’attachement à des attitudes autodestructrices, la propension à créer des chaos indescriptibles, le refus obstiné d’affronter la réalité, des comportements puérils et primitifs et l’absence quasi-totale de réaction positive à cette situation.

Si comme le veut l’adage, à quelque chose malheur est bon, à quoi la maladie de la France est-elle bonne?

Cette évolution a conduit la France à conserver et entretenir une diplomatie surdimensionnée et des contacts privilégiés dans le monde arabe. Et ce dispositif vient de prouver son efficacité sur le terrain, avec un coup de pouce discret des forces américaines. Ainsi, lorsqu’elle bouge, la diplomatie française avance. Je pense qu’elle devrait bouger plus, beaucoup plus.

Lorsque l’Amérique se préparait à envahir l’Irak, je rêvais d’une entreprise dédiée à la bonne gouvernance. Une année plus tard, j’en dessinai l’esquisse technique.

Cette année, Francis Fukuyama, l’homme qui prévoyait, à tort certes, mais avec talent et à-propos, la «fin de l’histoire», ou plutôt la fin des idéologies, en observant la chute du rideau de fer, désigne une nouvelle fois les réflexions qui devraient occuper le devant de la scène. Il se pourrait bien qu’il voie plus juste, cette fois ¨[UPDATE: il semble qu’il faille bel et bien oublier Fukuyama]. Et si la France se réveille, elle peut retrouver sa superbe dans le cadre de cet effort.

Se réveillera-t-elle?

Quatre thèses contre l’islamisme modéré

À l’heure où les groupes terroristes les plus sanglants de la planète s’accordent à souhaiter que leurs collègues épargnent certains otages sous prétexte que le gouvernement de ces derniers aurait adopté une attitude politique qui leur serait favorable, il est judicieux de reconsidérer cette question fondamentale pour l’Occident: existe-t-il de bons islamistes?

Certains sont de toute évidence très «bons» – intelligents, érudits dans les deux mondes, mesurés, profonds, clairvoyants. Leurs solutions incluent tout ce que l’on peut attendre d’un revirement positif de l’Islam: – relecture des textes sacrés et de la tradition conforme aux valeurs modernes inspirées des droits humains et des caractéristiques sociopolitiques de l’Occident; – reprise des traditions dans ce qu’elles ont d’universellement grand et valorisant; – définition d’une approche culturelle permettant une intégration douce et un échange des meilleures qualités des cultures en présence; – promotion d’une attitude visant au renouveau, à la réconciliation, à la fraternisation.

Que souhaiter de mieux? – rien. Justement. Pour l’instant.

1ère thèse: La critique de l’Islam est purement gratuite en Occident
Tout islamiste intelligent qui envisage de vivre ou d’intervenir en Occident et d’y acquérir une certaine audience condamnera très volontiers toutes les manifestations d’un comportement moyenâgeux, ou seulement contraire aux valeurs politiquement correctes, dont se rendent coupables les islamistes typiques. Cela ne prouve pas qu’il réfute les principes dont ils sont animés, mais seulement qu’il en a une idée plus élevée, plus moderne, plus raffinée. Seuls les islamistes les plus frustes ou les moins vigilants se laissent aller à des déclarations en elles-mêmes condamnables.

2e thèse: Un islamiste chanteur ne fait pas le printemps de l’Islam.
Il existe, malheureusement, un large fossé entre les idées des islamistes progressistes et celles véhiculées par l’Islam actuel. Si l’Occident se laisse charmer par de belles paroles, et ouvre les bras aux images qu’elles évoquent, c’est l’Islam concret qui s’engouffrera par l’ouverture. Et rien ne dit que les Musulmans sont en majorité charmés par les refrains islamistes qui nous semblent harmonieux.

3e thèse: L’islamisme est d’essence totalitaire et hégémonique.
Il y a certes un Islam dépouillé de ces défauts, mais de celui-ci personne ne parle, car l’Occident ne l’intéresse pas et il ne pose aucun problème à l’Occident. Le seul Islam qui se manifeste dans des pays «étrangers» est celui qui tend à l’expansion. Même sous ses formes les plus séduisantes, l’Islamisme est une conquête. Il s’appuie sur la certitude intime, la foi, que l’Islam est la religion ultime, la vraie voie vers Dieu, le vrai guide de l’homme le plus digne de ce nom. Or, si chacun est, naturellement, libre de le croire et d’y consacrer sa vie, toute acceptation publique, communautaire, à quelque niveau que ce soit, de telles valeurs dans une démocratie occidentale constitue une atteinte inacceptable aux piliers de la civilisation qui s’est révélée, aux yeux de l’histoire, comme la solution la plus respectueuse des valeurs humaines essentielles, contrairement, et c’est peu dire, à la civilisation islamique moderne.

4e thèse: Il n’y pas d’islamiste pacifique et honnête à la fois.
Il découle des trois premières thèses qu’un être conscient de la nature de l’Islam actuel ne peut pas honnêtement espérer répandre la foi musulmane, sous une forme si perfectionnée soit-elle, en Occident sans comprendre que son action constitue une forme d’agression. Au fond, même le mieux intentionné des islamistes ne souhaite que la victoire de sa religion, et cela signifie, peu ou prou, l’abandon des valeurs des sociétés occidentales. Même si ce dernier point ne fait pas partie de son programme, et qu’il est sincère à ce sujet, ayant élaboré des éléments de solutions permettant de mettre en place un échange consensuel et fructueux entre les civilisations, il est coupable d’ignorer le risque qu’il y a à promouvoir l’Islam en Occident, à un moment où tout laisse entendre qu’il n’est pas prêt à respecter son programme.

En conclusion, il n’y a pas de bon islamisme à l’heure actuelle. La seule attitude raisonnable de l’Occident consiste, pour l’instant, à refuser catégoriquement et systématiquement toute approche islamique, c’est-à-dire inspirée par l’Islam (référence à la religion, au dieu de l’Islam, à sa loi sacrée, à sa tradition religieuse et à tous ses représentants et ceux qui s’en réclament d’une manière ou d’une autre).

Les idées réformatrices lancées au nom de la foi musulmane doivent d’abord faire leurs preuves au sein de l’Islam.